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samedi, 09 décembre 2006

L'après novembre 2005 : le tableau rhinocéros

medium_camiontagg.jpgFaites le tour des marchés, les camions dans la capitale sont de plus en plus taggés. Cet usage du tag semble fait dans un but décoratif, ce qui n'est pas le cas du graffiti quant à lui qui souille plus qu'il ne s'accomode de son support. En général, les taggs décorent les 3 faces planes du camion avec l'accord du propriétaire semble-t-il. Il en est de même d'ailleurs pour les vitrines métalliques, chacune arbore sont tagg, se protégeant en même temps dans les "zones franches" des quartiers dits sensibles d'un vandalisme urbain aveugle. Situé aux antipodes du "bunker décoré"medium_essai5.jpg, le camion décoré fait office de palissade mobile, qui a pour avantage de médiatiser comme ces camions publicitaires ridicules un message. Bien que le message d'un tagg s'avère dans la plupart des cas difficilement compréhensible pour les lecteurs urbains que nous sommes, comme les messages publicitaires souvent confus du reste, le message disparaît sous l'acte de se présenter lui-même, comme une volonté narcissique jetée à la mer.

Nous ne nous posons d'ailleurs pas trop la question de ce qu'un tagg signifie, ou bien si tel artiste, tel nom d'artiste est dépositaire de "ce" tagg en particulier, ce qui remet en question par ailleurs le statut de la signature en art. Encore faudrait-il reconnaître la teneur artistique d'un tagg, même si une certaine valeur esthétique est revendiquée (le style typique du dessin à la bombe avec ses contours infinis, ses dégradés, ses ombrés redondants...). Si la Rennaissance picturale a fait apparaître la notion d'auteur au sein de l'art, le signataire (qui ne me semble pas être du même ressort qu'une signature) et la signature vernaculaire semblent aujourd'hui avoir complètement perdus leur valeur de prestige pour n'importe quel auteur de tagg en tout cas. Est-ce à dire que le tagger ne sera jamais un artiste? Il est pourtant dans les musées, et veut être intégré au champ de l'art, et quand il sait abuser de la fonction de commissaire d'exposition, a sa marque de reconnaissance dans les institutions, surtout en cette période de campagne électorale, ou les associations des quartiers dits sensibles sensibilisent leurs habitants au vote citoyen.

Après les évènements de novembre 2005, cette mâne d'électeurs est devenue un enjeu de taille pour la plupart des candidats politiques. On imagine mal quand même un tagg comme décorum officiel d'un meeting UMP, mais les limites claires de la démagogie politique en matière de séduction sont toujours inconnues. Historiquement, a-t-on toujours constaté des réunions spécifiques entre junior et sénior pour effacer les contradictions que poserait un mélange des générations? Ceci dit, les décorums de fonds des meeting politiques ont malgré tout un point commun avec les taggs qui jonchent les plans ternes des camions : tous deux offrent au regard un slogan et une signature (UMP, PS que sais-je!!) dans un processus de tournée, une volonté de nomadisme électoral (1). Dans un jeu ironique de renversement des valeurs, la dimension supposée apolitique des taggs ne démontre en fait qu'il n'en est rien, que ce tagg non contestataire au premier abord est avant tout politique, comme ce message de meeting poltique est évidement désensibilisé de sa dimension de réalisme politique. Pour les deux, aussi bien pour les taggs que pour n'importe quel parti quelconque, leurs volontés ne se comprend pas du premier coup d'œil, compte tenue de la naïveté mythique véhiculée par des slogans convenus : "fuck la police", "changer la vie", etc... Elle produit un réenchantement d'impuissance.

medium_camion2.jpgJamais peut-être en France dans le domaine des arts populaires on avait pensé à l'usage systématique des plans monochromes blancs des camions comme surfaces à peindre, dans un esprit de franche camaraderie aussi affirmée. La customisation des surfaces privées et mobiles n'étant a priori pas plus du genre national qu'elle ne l'était du vandalisme urbain. Mais juridiquement parlant, la surface d'un camion a-t-elle le même statut qu'une palissade ephémère, vouée à disparaître? Il reste que dans un pays ou l'appauvrissement touche de plus en plus de populations, la possibilité de se divertir de plus en plus gratuitement augmente (2). Une activité urbaine telle que la peinture taggée ne pouvait pas passer à côté de ces monumentales toiles à peindre que sont les flancs neutres des camions de transports, un peu comme ces oiseaux qui utilisent le dos des rhinocéros pour se nourrir, en leur rendant pour le coup un fier service contre la décrépitude du temps et des parasites inaccessibles.
medium_camion.jpg

Toile rhinocéros prête à l'emploi
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(1) Le récent adoubement médiatique d'un célèbre rappeur au parti de l'UMP montre en apareté l'enjeu symbolique commun pour l'accès au pouvoir ou pour l'accès au monde institutionnel qui se joue entre les tenants d'un certain rap démagogique et la politique spectacle.
(2) Contradictoirement à cette idée, la filiale Vivendi communique principalement l'idée que le divertissement est une notion vitale pour l'homme, donc un principe incontournable pour ingurgiter de l'intertainment comme du fast food, etc... Elle reste oublieuse du fait que l'amusement n'est absolument pas du ressort de la comsommation, tout comme l'acte sexuel n'est pas non plus réductible au consumérisme de prostitution de masse réelle ou symbolique (pornographie, etc..)

 
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