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lundi, 01 décembre 2008

L’oubli de l’art à la télévision, internet et les galeries d’art

 

On rattache en général le thème de l'oubli par rapport aux grands événements historiques. Qu'en est-il de l'oubli ordinaire, de l'oubli quelconque, de celui qui nous travaille quotidiennement, dans nos faits et gestes les plus ordinaires? Le rappel de cet oubli latent du proche et du familier peut nous permettre de reconsidérer la place de l'art aujourd'hui, dans l'enchevètrement marketing qui nous le masque et nous fait oublier ce qu'il peut être.

L’oubli est le problème incontournable de la télévision. Il est un fait assez commun d’oublier ce qu’on a vu la veille à la télévision. On ne se rappelle plus trop de ce qu'on a vu. On ne cherche même pas à se rappeler de quoi que ce soit : la plupart des contenus télévisuels tombent dans l’oubli. Non pas tant parce que globalement les programmes sont ennuyeux, mais par la profusion des programmes que nous pouvons visionner. Cette profusion fait qu’on ne sait plus de quoi se rappeler. A force de tout voir, on n’y voit plus rien. C’est un « lightmotiv » qu’on peut facilement vérifier autour de nous quand nous questionnons notre entourage sur ce qu’il a pu voir la veille sur le petit écran. Chacun peut en faire l’expérience aussi pour lui-même d’ailleurs.

Dans le domaine de l’art, la même impression peut se produire. On ne se rappelle plus trop de « sa » dernière exposition, peut-être parce qu’il y a trop d’expositions à voir. Pourtant, devant la profusion des expositions qui se montent chaque mois à Paris, devant l’essor des événements culturels, l’intérêt du public pour l’art contemporain est trop faible, et celui-ci sent l’inutilité de cette posture culturelle. Les vernissages sont en général les seuls moments importants du succès, car au-delà de cet instant décisif (défini comme l'instant le plus significatif d'une réalité donnée), l’exposition ne se réduit plus qu’à une morne attente pour l’artiste de galerie d’art. Il faut donc créer une relation nouvelle avec le public pour que ce dernier consente à arpenter les cimaises de l’art pour lui-même, en dehors du rituel social que signifie le vernissage, quand il consent à s’y rendre. Mais pour quels buts et quelles intentions ? Comment produire ce consentement culturel qui doit non seulement servir des fins consuméristes mais surtout lui faire adopter une opinion, un parti pris?

images-1.jpgSur ce point, le guide pratique d’Edward Bernays du très instructif « Propaganda, comment manipuler l’opinion en démocratie » donne tous les trucs pour parvenir à ses fins. Ce Monsieur est l’inventeur des « relations publiques » aux Etats-Unis, il fera notamment fumer les femmes américaines pour augmenter la consommation de cigarettes. Petit-neveu de Freud, il a élaboré avec brio l’encadrement des masses à des fins manipulatoires. Il n’est pas inutile de préciser que Goebbels a été influencé par ce manuel pour son action contre les juifs. Il n’est pas inutile non plus de préciser que la « médiation culturelle » semble issue de ces pratiques mises au point pendant les années trente pour convertir les masses à adopter des points de vue antinomiques.
On comprend ainsi le fil directeur du projet engendré par les « relations publiques ». Comment faire consommer plus les gens ? Comment faire adopter telle opinion contre telle autre ? Edward Bernays arrive au moment où le monde politique, noyé dans la corruption engendrée par la Commission Creel, ne savait plus parler aux masses. Il fallait donc demander de l’aide aux journalistes qui selon lui, savaient comment lui parler.

La médiation artistique reproduit le malaise d’un monde de l’art qui ne sait plus trop parler au public. Parce qu’il est supposé qu’en France, au regard des politiques culturelles inaugurées par André Malraux pendant les années soixante et Jacques Lang pendant les années quatre-vingt, que l’art doit à tout prix être démocratisé. La « médiation culturelle » a eu pour tâche d’établir le lien, comme le faisait Edward Bernays en son temps, du public ciblé pour un art bidon et les fausses problématiques artistiques. Les expositions thématiques sur tel type de bien de consommation, expositions des us et coutumes de tel modèle culturel élargi la panoplie de l’art fonctionnel. La conséquence se ressent à considérer la baisse des contenus culturels en terme de qualité. Cette attitude culturelle ne concerne pas seulement le monde de l’art, mais la consommation « culturelle » totale. Et la télévision est paradigmatique d’une époque qui se termine, certes, mais qui va continuer avec internet. La diversité des blogs déterminera si la critique est possible sans être reléguée aux mouvements d’humeurs occasionnels.

Dans ce fatras culturel, les expos à thèmes retrouvent leur équivalent avec le type d’émission de divertissement du style « guide pratique » qui « encadrent » nos soirées. Julien Courbet (Service maximum sur France2) signifie la tendance de cette cuvée fort discutable, qui renvoie à peu de chose près au blog Délire de l’art que nous pouvons consulter pour être mis au courant de l’actualité artistique. Son animatrice, Alexia, experte en médiation artistique, ne fait pas partie des chroniquers de chez Julien Courbet. Pourtant, Alexia aurait indiscutablement sa place dans l’équipe, parce que chacun des chroniqueurs a trop peu de chose à dire en si peu de temps. Elle aurait à nous narrer les scandales artistiques qui font la pluie et le beau temps de la capitale ou d’ailleurs, peut importe…

Ce type d’approche de l’art et de sa médiation, dans sa version fonctionnaliste, forge une mentalité de consommateur « chébran », mais fait beaucoup de mal à l’art authentique. C’est malheureux de parler comme Adorno, mais la « camelote culturelle » qu’il dénonçait en son temps préfigurait la masse d’événements qui prennent pour prétexte un objet, un fait, ou un événement quelconque pour le monter au rang de phénomène incontournable.

 
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