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mercredi, 02 août 2006

Stoneland

Au concert des Stones qui a eu à Paris au Stade de France, un agent de la sécurité m'a proposé une place de concert gratuite. J'ai dû soit lui faire pitié, ou alors cherchait-il à contrer le marché noir autour du stade. De toute façon aucune spéculation ne semblait avoir lieu, les places étaient proposées au tarif initial. Mais à l'intérieur du stade rien n'était joué, j'ai eu l'obligation de laisser mon appareil moyen format au vestiaire. Depuis le point où j'étais situé, c'est-à-dire au fond du stade, un son piteux et décevant m'a incité vingt minutes après le premier morceau à vouloir quitter le concert, doublement vaincu par l'angoisse d'avoir laissé à la consigne mon appareil photo. Etait-il complètement en sécurité? J'ai donc choisi de retourner au vestiaire pour le récupérer afin à pouvoir au mieux circuler plus librement dans tout le stade qui semblait en interne apparamment complètement sécurisé et divisé en zones.

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Au vestiaire, j'ai dû m'aperçevoir avec étonnement que les agents de la sécurité avaient été "rangés", qu'il n'y avait plus personne autour du périmètre extérieur de l'enceinte, et que tout acte délictueux pouvait à partir de là s'envisager. Que la question de la sécurité qui a très certainement un coût est une mesure plus dissuasive qu'effective, et qu'à partir de l'entrée dans le stade, on suppose que les attentions du public ou des potentiels terroristes sont portées vers la scène où l'évènement agit comme une possession. Ainsi, la sécurité autour du stade s'évanouissait brutalement. Au plan sécuritaire, ce concert des Stones a été très instructif bien que je me sois ennuyé à plusieurs moments du concert : des morceaux incontournables qu'un des leaders du groupe prétend modulable à l'infini, masque plutôt l'obligation de jouer le sempiternel hit afin de ne pas décevoir un public incommodant. C'est une loi de la réception, de l'"horizon d'attente". Mais les Stones n'en sont plus là depuis bien longtemps, et il me paraîssent malgré la logique financière indéniable de l'évènement, prendre un plaisir intense à jouer et à reconnaître un public de presque troisième âge. Jouer est pour eux une sorte de sacrifice, c'est sympa pour nous, qui les devinons satisfaits de perdre leur temps avec nous.

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Leur côté disneyland attractif pour adulte attardé, avec sa succession équilibrée d'attractions sur toute la longueur du concert vient aussi trahir un complexe musical qui est un invariant chez les Stones : les vidéos de synthèse, la langue gonflable géante, la scène mobile qui avance jusqu'au milieu de la pelouse, les petits lampions fluorescents donnés au public avant l'entrée amenuisent le côté supposé rebelle d'un groupe qui se prétend depuis 40 années l'incarnation d'une jeunesse désœuvrée de l'ére post-industrielle. La contre partie ironique fait que mon côté rebelle s'est traduit par l'impératif de ne surtout pas participer financièrement à un évènement comme celui des Stones, réactivité rockn'roll, quoique cherchant à entrer par effraction négociée - la proposition perverse du vigile - pour m'incliner à partager au commencement un espace avec des "gogos" qui avaient laissé quatre vingt euros pour encaisser un son pitoyable. Pourquoi n'avaient-ils pas eu l'idée de changer d'emplacement?

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Mais le comble du système se trouvait architecturalement réalisé dans la partie vip des privilégiés qui avaient laissé 350 euros pour finir tout près des Stones mais derrière eux et au-dessus, dans une rampe "poulailler" typique de la scène théâtrale classique. Le pire est qu'ils n'avaient même pas accès aux écrans qui montraient le concert. Ils avaient payé 350 euros des places qui leur rendaient impossible la vision des Stones, même en se trouvant tout près de la scène... Que l'on soit situé près ou trop loin des Stones, on ne les voyait pas, encore moins si l'on avait pas sous les yeux les écrans. C'est un paradoxe abouti de la société de consommation qui les rend encore plus auréolés de présence-abscence, d'"aura" pour ainsi dire.
 
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14:50 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : hir

 
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