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mardi, 08 septembre 2009

Réponse à "Pourquoi les oeuvres des autoroutes sont-elles si laides ?

Pourquoi les oeuvres des autoroutes sont-elles si laides ?

Ce titre est la formulation classique du critique d'art. Elle est tirée de Délires de l'art, plateforme qui promeut un art contemporain en tant que pur produit de consommation, et qui en reste toujours à l'aspect esthétique de la chose représentée. Alexia, la modératrice, ne trouve aucun problème à le clamer. Ses idées sur l'art contemporain se voit réduites sur son site à un accomodement, un produit à consommer pour le plaisir, pour la culture. Avec elle, l'art se dissout dans le visuel, plus rien de politique dans l'art, juste un plat culinaire agréable. Mais son sujet reste le scandale. Or, comment le scandale peut-il se reproduire sans absorber la chose politique? L'art contemporain reste dans une tradition artistique du scandale, comme l'art moderne a poursuivi une tradition. Si on suit à la lettre les idées d'Alexia, l'art comtemporain devrait rester dans cette tradition du scandale sans trop déranger l'institution et le pouvoir. Mais la situation de l'art rejoint la situation politique générale car ces deux domaines ont un seul dessein : communiquer et promulger une pédagogie de la relation à l'œuvre, de la relation du citoyen comme il faut devant le pouvoir et sa police. Et Alexia joue ce rôle dans le milieu de l'art, peut-être ne s'en rend-elle pas vraiment compte? Si la politique déserte peu à peu son terrain depuis longtemps, pour être en définitive quasiment coupée de ce dont elle parle (ce dont la gauche se  targue aujourd'hui de raccomoder et de restaurer), l'art se voit soumit à son tour à une même logique. Et l'art d'autoroute semble remplir à ce titre la même fonction que le monde politique : une fonction décorative.

Néanmois, l'art d'autoroute est un sujet non dénué d'intérêt, passer à côté pour continuer son chemin serait lui faire insulte. Mais le regarder comme catégorie agréable ou désagréable n'est pas suffisant pour aborder l'art d'autoroute. Quelques généralités sur l'art, dont l'art d'autoroute serait une sous catégorie de l'art en général. Compte tenue de la dimension non esthétique de l'art en général, ou de l'art contemporain, l'art d'autoroute n'implique pas qu'il soit beau, ou agréable, contrairement à ce que le prétend continuellement Alexia, sur son site. Une œuvre d'art, ou l'art n'a pas pour nature ou fonction d'être beaux pour exister en tant qu'art. Qu'elle est cette fonction qui fait que ça reste de l'art? Est-ce la commande institutionnelle ou alternative qui fait le caractère artistique, le statut de l'art comme art?

Le présupposé selon lequel un artiste fait à chaque fois (toujours) de l'art n'est pas évident. Les artistes ne font pas toujours de l'art, et il semble que plus un artiste entre dans un processus de commande, moins il fait de l'art, parce qu'il ne fait pas cet art librement. Le simple fait qu’il répète son style est un conformisme dont doit se méfier l’artiste. S’il entre dans cette compulsion de répétition, il est bon pour aller consulter. Mais en même temps, si il était complètement libre, il n'y aurait aucun enjeu à faire de l'art. Donc la question de l'art d'autoroute est une alternative "in situ" de l’art, mais une alternative tout de suite soumise à un soupçon, qui ne manque pas de rappeler celui de l'art moderne ou du courant postmoderne. On se souvient de l'expérience esthétique faite par Tony Smith sur une autoroute, qui a modifié sa production et son approche de l’art. On peut aussi interroger l’art comme chose autonome ou mélée au monde réel, mais pour l’identifier, il faut au minimum l’appeler par un nom qui échappe à toute convention admise. Les « choses » de l’art sont la première phase de dé-identification et de ré-identification de l’art…


Est-ce de l'art? Comme l'a très bien fait remarqué Thierry De Duve, ce qui identifie une qualité artistique ne tient plus tant à son médium (peinture, sculpture) et on ne peut plus depuis bien longtemps revenir à la question incompressible "est-ce de la peinture?", "est-ce de la sculpture?", voire même « est-ce de la photographie? ».

 

art de route / art d'autoroute

retourvacances51.jpgL'art d'autoroute renvoie mécaniquement à la société de consommation. On file la métaphore de "l'autoroute de l'information," comme une consommation facile de l'info. Autoroute, flux, non-lieux (distributeurs de carte-bleue, etc...) sont des notions inscrites dans notre quotidienneté, mais nous ne les abordons pas de façon critique. Nous passons à travers eux sans nous en aperçevoir, avec la gestuelle qui lui correspond. Banale, elle nous incite à ne pas les considérer comme un plein-lieu. Ce que le paysage de mer ou la plage avec son coucher de soleil offrent sont apparemment inoubliables. Or rien ne dit que ceux-ci ne soient pas, à leur tour des non-lieux, tellement il est banal de se répandre de banalité devant un coucher de soleil : "Que le monde est beau!".  A l'instar du coucher de soleil, la vie poursuit sa route, comme on le dit de manière figurée. La vie exemplaire dans le monde du travail par exemple est entièrement considérée comme une ligne droite sans écueil. Les zones creuses sont à effacer du CV acceptable. On ingurgite l'info quotidiennement sans répondre, alors que les instances pour le faire sont partout., les dispositifs de l'interactivité sont toujours disposés à nous entendre, nous écouter, nous fliquer...Le simulacre de la "réponse" est de toute façon vouée à l'échec car comme l'affirmait Baudrillard, la réponse est une non-réponse, une canalisation en cul de sac, aussi bien sur la radio généraliste que dans l'art générique d'autoroute mal interprété. Il semble paradoxalement que l'écoute ne soit seulement possible sque dans des situation de solitude : sur les routes, lorsqu'il n'y a plus personne, aux abords des voix serpentines, les cul-de-sac, les chemins égarés... La route sauvage et là où peut toujours s'exercer le regard à l'état sauvage (d'André Breton), là où ce regard semble se vouer à notre salut : notre voie sauvage et cannibale du monde.

Les « choses » de l'art, parfois pas très faciles à identifier, à défaut d'un système institutionnel capable de le faire, se perdent dans le monde réel. C'est bien un scandale artistique que l'institution a de faire admettre aujourd'hui pour le grand public que l’art se résume tout bonnement à un défilé de mode, avec ses mondanités, ses vernissages savament préparés. A la limite de notre perception, ces choses questionnent par elles leurs statuts. Mais le "statut" de quelque chose implique pour qu'il existe une convention de ce statut et que toute la société soit présente : les publics, les artistes, sinon, l'art est amputé de sa tête, de sa sphère publique. Or la sphère publique de l'art est quasiment inexistante dans notre pays, même si elle existe formellement. L'expression publique de l'art est toujours plus ou moins malmenée par des intérêts privés. Le fait par exemple que les légendes géographiques étaient absentes à propos des photos de la Cisjordanie de Sophie Ristelhueber, un art non moins  de route que d'autoroute, (« Opérations », Jeu de paume l'année dernière, 2009) montre que des intérêts privés et politiques amputent les modalités minimales d’un art autrement esthétique, proto-politique. Cette disparition de la critique d’un art dit critique montre que nous ne sommes plus dans un espace public. Les autoroutes en France, si elles sont devenues un réseau privé, revient à dire que l'art d'autoroute n'est pas actuel, il doit rester formel et donc simplement esthétique. Il doit divertir autant que l’autoradio, en plus de son aspect culturel rafraîchissant. Après Stephen Shore pour la photographie (The road trip journal), un art de la route est donc toujours à réinventer, sinon on parlera toujours d'art d'autoroute pour satisfaire la galerie.

 

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Sophie Ristelhueber, Cisjordanie

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Sophie Ristelhueber, Cisjordanie

samedi, 05 septembre 2009

Comment Patrick Morandini entretient son "buzz".

Ai revu en rediffusion l'émission d'hier soir (vendredi 4 septembre), avec Morandini aux manettes. Il dévoile à lui tout seul la production de toute la duplicité du narcissisme télévisuel.

Une télévision qui louche sur elle-même.

A chaque personnage sa fonction. L'émission, dans son cheminement, est la parabole parfaite de notre société, dans son fonctionnement le plus corrompu, mais néanmoins cool. D’une corruption doucereuse, souriante et conviviale, sauf que comme toujours, les femmes sont plutôt choisies pour leur sex-appeal, plutôt que pour leurs compétences journalistiques. Comme personne n’a vraiment rien à dire de sérieux, on vit la télé réalité du journalisme de communication comme si nous étions dans un tunnel sidéral. Le stéréotype de nos valeurs actuelles s’exprime en toute liberté, on connaît la chanson… mais la chose s’amplifie, gagne du territoire, exhibe ses brochettes culturelles sans honte... on atteint le comble de l'hypocrisie quand Morandini questionne Picouly sur l'impact d’un conflit ouvert qui a eu lieu sur un plateau littéraire entre Fadela Amara et un spécialiste des prisons, pour qui la Secrétaire d'Etat chargée de la Politique de la ville serait d'une incompétence notoire en la matière... Les extraits de l'échange sont rediffusés, Morandini soupçonne insidieusement Picouly de faire du spectaculaire pour faire monter le buzz, et donc la promo de son émission sur tout le PAF... L’innocence de Morandini est atteinte, alors qu’il participe sciemment de ce même phénomène, en attirant vers lui l'évènement pour susciter ce qu'il serait sans eux : rien... Morandini relègue, il n’apporte aucune information qui soit extérieure au monde de la télévision. Ce n’est plus un journaliste qui va juger, qui va développer son opinion, mais un banal conduit d’information, un véhicule degré 0 du média. Un chien dans sa niche est moins indigne, mais ce n'est qu'animal me direz-vous… Alors logiquement, avec le pouvoir symbolique (et pas seulement on s'en doute) que cumule cet animateur, on peut se demander comment il peut encore se contenter de cette médiocrité. Au sommet on pourrait s'attendre à plus d'exigence sur la ligne éditoriale. A moins qu'il soit complètement dominé par le système Bolloré, qui détient Direct8...


Un buzz quotidien qui masque les "vrais" évènements.

Le propre du buzz est-il d'être grossièrement entretenu ou spontané? Buzz !!On misera sur le un... Au cinéma, quand un film « prend », c’est spontanément. On dit que ça provient du bouche à oreille. Ce sont les spectateurs qui décident. C’est la version classique du buzz. Or, aujourd’hui, la télévision, qui a toujours entretenu la passivité du spectateur, en dépis des façons de le faire participer, a une emprise trop grande sur sa conscience. Le buzz entretenu ne peut être que simulation, il ne « prend » que si ses animateurs l’autorisent. Le spectateur est ainsi éjecté de la participation, malgré les gadgets de l’interactivité qui lui « répondent ». Tout ce dispositif ne cachent qu’un fait : que la parole du spectateur, on s’en fout. Le but des chaînes de télévision qui se prétendent pourtant « généralistes » est de buzzer chaque soirée pour la même soirée, de reprendre en boucles les évènements du moment, afin que se répandent en longueur les scoops les plus croustillants. Le lendemain, on passe à autre chose. L’expérience en tant que telle de la télévision en général est nulle : qui se souvient de ce qu’il a vu la veille ? Le buzz télévisuel comprend que l’oubli est sa fonction, et qu’il doit combiner avec cette tare sur la fin de soirée… Le spectateur fatigué du lendemain peut recommencer à zéro, il est, nous sommes pris dans cette dépendantce, qui n'a rien à voir avec les drogues classiques à mon sens. On peut faire soi la maxime de Pascal qui consiste à regarder ou observer pour comprendre.

Si la confrontation est, sur une émission à la Morandini (Morandini!, direct8), sans cesse mise en scène, la critique peu amène peut-elle à son tour accéder au forum, ou à l'écoute de l'émission? Bien entendu, non!... cet autre problème de l'internet touche les radios, télés, et presse (Direct8 a aussi son "gratuit") dites "généralistes"... Il faut revoir les termes, c'est une redite, mais la culture d'entreprise et les désastres du management nettoient les conditions minimales pour qu'en démocratie, coexistent les vrais conflits, les vrais enjeux...

lundi, 17 août 2009

En France plus qu'ailleurs

A propos d'une Enquête : Sarkozy préfère-t-il la 4 fromages ou la pepperoni ? (sur Rue89)

En France plus qu'ailleurs, la plupart des médias (et surtout la presse) sont pris dans une tourmente du « people » qui contamine un show maintenant planétaire. Presque toutes les grandes personnalités politiques s'entourent aujourd'hui d'un professionnel de l'image ou de la com », ce qui donne un discours artificiel et calculé. On peut se demander comment nos modestes députés qui n'ont pas encore assez de visibilité dans la presse n'ont pas encore vendu la mèche du scandale du monde politique actuel : les spectateurs, les lecteurs sont méprisés par un système que ne les prend plus en compte. Le médium s'est retourné sur lui et, comme le disait Mac Luhan, le message c'est maintenant le medium. L'homme politique est providentiel, il ne sait parler que de lui, que de ses goûts. Il revient tout simplement au mode aristocratique, où l'auditeur et le téléspectateur ne sont là que pour le regarder, admirer sa simplicité, à défaut souvent de réelle compétence culturelle. Qu'on me prouve par exemple le goût de Jacques Chirac pour l'art primitif. Le fait que le fonds André Breton ait été disséminée à Drouot en 2003 pour une vente privée semble confirmer plutôt le dégoût de notre ancien président pour la production artistique se référent à l'art primitif. Un mythe a été complaisamment entretenu par les médias sur les goûts privés de Chirac sans aucune preuve, ni conférence de l'intéressé dans le champ de l'art par exemple. Ceci dit, à cette époque, nous n'étions pas totalement dans la vie réelle, le camping et les pizzas…

Pourquoi en somme les élites méprisent autant le peuple français ? Par quels critères judicieux a-t-on les électeurs qu'on mérite ? Déjà, l'objectivation nulle des sondages sur la question de l'opinion est l'une des formes radicale de ce mépris. Avez-vous remarqué aussi qu'il n'y a plus de grande émission politique en prime time, en présence « d'échantillon » de français qui trouveraient un temps d'expression pour décrire leurs expériences. C'est si ennuyeux…

Il n'y a pas une émission de divertissement où un homme politique n'est pas invité. Les journalistes, honteux de ne pas appliquer ce qu'ils ont appris en théorie à l'école, effleurent trente secondes la question politique pour faire bonne figure (Emmanuel Vals devra répondre lors d'une émission musicale de haute volée à l'articulation politique/musique, très très vite). C'est à croire que les marathoniens du discours universitaire s'arrangent mieux du temps cours que de la raison et du savoir. Il faudrait comparer les réponses chronométrées des interventions verbales télévisuelles pour peut-être s'apercevoir qu'aujourd'hui la brièveté des démonstrations est désormais banalisée. Le temps de la télévision arrange bien les politiques, c'est cet état de fait qui a nivelé les discours sur l'image de soi et l'anecdotique, tous à leurs priorités. Pour sa part, Sarkozy vient d'entrer en campagne présidentielle, et cherche à casser sa désastreuse image du bling-blng. Il fait comme Mr Hulot, il est à la plage, achète le papier toilette comme tout le monde…
Cool…
Une des lois du storytelling : comme il lasse très rapidement, il doit se renouveler avec de nouveaux personnages, un nouveau casting, et de nouvelles idées, avec les mêmes acteurs.

mardi, 14 juillet 2009

Paris, 11 juillet 2009

 

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lundi, 13 juillet 2009

Martin Paar au Jeu de Paume : bonnes touches

En réaction à l'attaque de André Rouillé, "Du Parr à gogo", 09 juil. 2009, Numéro 285.

Martin Paar lance, par le biais de l'exposition du Jeu de Paume, des piques contre les curateurs d'exposition, car il cherche à mettre en place depuis quelques années une histoire de la photographie faite par les photographes, et même une biennale organisée par un photographe, lui-même. Il organisera à Brigthon en 2010 une biennale de photographie sans curator.

Il reçoit en riposte avec le texte ci-dessus, l'anathème de l'anti-humanisme, ce qui reste, me semble-il assez malhonnête dans sa formulation.

Martin Paar n'est pas forcément « anti-humaniste ». Il photographie, glane, collecte ce qu'il voit à la place où il est, à tel instant... après comme il le dit sur la vidéo de présentation, il sait précisément où il se positionne politiquement et de quelle classe sociale il provient. Ce qui n'est pas le cas de pas mal des artistes actuels qui, formés au management et au marketing de certaines écoles d'art, naviguent entre deux eaux, ne savent plus vraiment d'où ils proviennent, vampirisés par le discours ambiant de la réussite et des champions.

Martin Paar montre une certaine classe moyenne (en l’occurrence les touristes ou les britanniques) qui a ses propres codes, ses valeurs, son propre « mauvais goût ». Il montre surtout qu'un certain kitsch réunit toutes les classes sociales, contrairement au mauvais goût, beaucoup plus personnalisé et sectorisé. Martin Paar montre davantage l'homogénéité des valeurs adoptés par des hommes et des femmes qui, avec le temps, deviennent leurs propres caricatures. En quoi est-ce un anti-humanisme que de projeter un regard critique sur le fonctionnement de notre société de consommation, de prestiges?

Aussi, le temps de la caricature touche de plein fouet les curateurs et spécialistes de l'Exposition qui, touchés par une crise conjoncturelle cherchent, depuis quelques années déjà, à créer de faux débats, des diversions polémiques anti/pro, ce qui ne manque pas de nous rappeler la naissance des relations publiques, pour bien encadrer les masses américaines trop chaotiques dans leurs opinions...

Si la photographie documentaire s'est complu comme trop souvent à exalter la misère sans la dénoncer réellement (l'œuvre dont la force somme les pouvoirs politiques de prendre leurs responsabilités pour arriver concrètement à des lois est beaucoup plus rare), le choix de Martin Paar a été de photographier la richesse extrême, les accoutrements codés somme toute assez kitsh, aussi bien de la classe moyenne que des classes populaires, en dépit de l’extinction des experts en exposition.


Pourquoi l'image photographique devrait-elle devenir humaniste? L'innocence voulue par les adultes est contredite si on laisse faire l'humanisme spontané des enfants, plutôt doté de cruautés arbitraires?

 
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