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samedi, 12 septembre 2009

Paris 20, porte de Montreuil

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vendredi, 11 septembre 2009

Sur la polémique antiraciste "Hortefeux"

Indfrisable (...au Parti de gauche se mobilisant pour une manifestation contre les propos d'Hortefeux) :
Pensez-vous que l'objet de cette mobilisation soit vraiment bien choisi. Avec tout l'intérêt que j'ai à vous suivre, j'ai l'impression d'être pris en otage par des intérêts de parti : qu'une certaine gauche se doit de faire oublier son "antisémitisme" supposé par beaucoup de médias et d’intellos actuels (comme lorsque Hortefeux a voulu rabibocher son image antiraciste en évincant un préfet soit disant raciste). Ainsi, le Front de gauche agirait comme Hortefeux, sur son image, l’agitprop politique ne doit pas à chaque fois tourner en opération de communication.

Thierry :
Clairement il n'y a pas d'antisémitisme au Front de Gauche, il est composé d'organisations internationalistes et humanistes où le racisme quel qu'il soit n'a aucune place. Si vous le voulez bien laissez cet espace polémique pitoyable aux journalistes "brasseurs de merde " qui le feront parfaitement bien.

Indfrisable :
..mais la classe médiatique récupèrera cette histoire comme je viens de le faire...
et l'ump vous traitera de manipulateurs... de toute façon les effets de la mondialisation vont engendrer du racisme à tous les niveaux, et il faudra intégrer cette donnée aux luttes, comme conséquences et pas comme combat frontal. Il faudra lier le racisme au ressentiment, qu'il faudra bien distinguer. Le ressentiment comme mal national. C'est sur cette thématique qu'il faut mobiliser. Le fléau c'est un certain ressentiment général : contre les "faibles" si possible...

Thierry :
Précisément là est la question et c'est la conscience de chacun qui fonctionne : Le débat républicain appartient-il aux médias ou aux citoyens ? Même si l'UMP et plus généralement la droite et parfois certains membres du PS décident actuellement qu'il est détenu par les médias, doit-on nous citoyens choisir également. Prenons garde, à mon sens cette option sonnerait le glas de notre République.

Indfrisable :
Si nous décidons de choisir, nous faisons un travail contre-médiatique ou nous choisissons d'aller manifester... tu as raison...mais il faut surtout passer à travers eux pour se faire entendre.

mercredi, 09 septembre 2009

Le glamour mémoriel. A propos du film Apocalypse, la seconde guerre mondiale.

Le glamour mémoriel.
A propos du film Apocalypse, la seconde guerre mondiale.

Nous sommes, en cette rentrée 2009, en pleine période mémorielle. France2 diffuse en ce moment une série sur la deuxième guerre mondiale, Apocalypse, la seconde guerre mondiale, d’Isabelle Clarke et Daniel Costelle, commentée par Mathieu Kassowitz, et conçue comme une série en six épisodes pour la télévision. Dans la tourmente écolo, l’Apocalypse s’est substituée à l’Holocauste, ce qui reviendrait presque à sous-entendre que les grandes tragédies humaines sont, à l’instar des phénomènes météorologiques, les conséquences des causes naturelles, voires divines… L’Apocalypse me semble, pour rendre compte des évènements tragiques de la seconde guerre mondiale, une métaphore sur-jouée, qui se rattache davantage à une opération de communication, un slogan de fin de soirée. Les témoins de Jéhovah ont dans leur stratégie de communication suffisamment déposé la marque "Apocalypse", même s'ils ont eu à subir de la part des nazis leur extermination…

En ouverture, on présuppose que ce qu’on va suivre est inédit : «vous croyiez tout savoir sur la deuxième mondiale ?... vous vous trompiez». Le principe de l’approche documentaire a consisté à restaurer les documents choisis au moyen de la colorisation et de la sonorisation numérique, et ce à partir de séquences filmées ou de photographies qui ont trait à la seconde guerre mondiale, en laissant néanmoins intact et en noir et blanc les archives qui correspondent à la Shoah. Ce procédé à deux vitesses du traitement des images laisse perplexe. Pour quelle raison épargnerait-on les séquences de la Shoah de l’artifice du « réalisme » que semble promettre la couleur et la haute-fidélité? En dépit du fait que ce qui reste difficilement compréhensible de l’Evénement n’est pas sa représentation mais son apparition contextuelle, il reste que l’image imparfaite, ou l’image résiduelle suffisent à elles seules pour dire avec justesse, sans en rajouter. Ce n’est pas au niveau de la représentation ou du « réalisme » qu’on doit rendre compte de cet évènement, sinon, la technique participe au travail négationniste qui rejoint la terminologie de l'inimaginable. Si on ne peut pas s'imaginer ce que c'était, la technique vient confirmer cette position en recouvrant superficiellement ce qui restait pour en définitive masquer ce dont elle voulait rendre compte. La technique fait ainsi disparaître l'évènement derrière ses fastes. Toute chose jouée, remise en scène est particulièrement fausse, c’est la critique que fait Platon du théâtre et des artistes. Pourquoi alors rajouter au film ce qui lui fera de toute façon défaut ? Et remplir les images d’archives de précisions techniques superflues, qui augmentera sensiblement son inauthenticité.

Ceci dit, la conservation du noir et blanc ne garantit pas pour autant de la supercherie. On se souvient à cet égard des retouches Photoshop faites sur des documents du camp d’extermination d’Auschwitz, documents volés et en noir et blanc, représentant des femmes attendant de se faire gazer. Certaines de ces femmes, qui n’avaient pas le galbe et l’allure suffisamment glamour et informative, ont subi une série d’opérations, pour le coup esthétiques : la poitrine remontée et le visage retouché, « améliorées » par les hardiesses d’un technicien trop zélé. Le travail de Georges Didi-Huberman dénonçait fort justement ce type de normalisation, car le procédé visait à purifier « la substance imageante de son poids non documentaire » (Georges Didi-Huberman, Images malgré tout, Paradoxe, Paris, Les éditions de Minuit, 2003). La décision d’ajouter une couleur absente aurait visé d’une autre façon à enlever la brutalité du document pour une information secondaire. On imagine bien que si nous nous trouvons en présence d’une image dramatique, de n’importe quelle image qui représente une tragédie, le fait qu’elle soit en couleur reste un élément secondaire. On ne cherche pas à s’apesantir sur la couleur du thee-shirt ou du pantalon que la victime portait ce jour-là, sauf à des fins judiciaires, mais surtout pas esthétiques. Ce n’est manifestement pas ces détails qui restent en mémoire mais le visage de la personne, son expression, son silence. Ces informations, même imparfaites, fait justement que nous pouvons leur donner un sens…C’est parce que c’est imparfait qu’il y a du sens. Or la technologie numérique et l’attitude de ceux qui l’utilisent semblent méconnaître cette faculté de l’imperfection du monde. Pour le coup, Disneyland est parfaitement réalisé, en tant qu’utopie, et Apocalypse est, de ce point de vue, parfait technologiquement, parfaitement réalisé, refait.

L’argument donné par Isabelle Clarke pour expliquer l’hyperréalisme technologique adopté (le choix pour la colorisation et le bruitage numériques) est que le noir et blanc aurait été trop élitiste, là où la couleur et l’ambiance sonore pâliraient à l’ennui qu’aurait produit le film à une heure de grande écoute. C’est le même genre de présupposé qui fait croire aux présentateurs qu’on est forcément en quête de bonheur ou de détente lorsqu’on l'on regarde ou participe physiquement à un divertissement télévisuel. Que dire alors des millions de spectateurs qui ont vu La liste de Schindler de S.Spielberg, film à grand budget tourné spécialement pour l’occasion en noir et blanc ?
Aussi bien pour la simulation en noir et blanc de La liste de Schindler ou celle d’Apocalypse, on a un même effet rétroactif de travestissement de la réalité. En effet, on peut reprocher à ces artifices technologiques une même critique qui porte sur le fait de transformer l’archive, pas du point de vue de sa nature, mais de sa forme. L’ajout de la couleur ou le retrait de la couleur en définitive revient au même. Retrancher ou rajouter participe d’un même symptôme. On doit confronter à ces deux postures formelles une critique symétrique :
(La liste de Schindler)
--c’est arrivé en couleur et non en noir et blanc, pourquoi alors enlever la couleur ?
(Apocalypse)
--ça a été filmé en noir et blanc, pourquoi alors ajouter la couleur (et le son) ?

L’artifice du noir et blanc de S. Spielberg adopté pour le film a produit une polémique contre ce qui pouvait alimenter un scandale basé sur la représentation et non sur l’événement en tant que tel : le noir et blanc faisait à sa façon mentir une réalité parce qu’il était évident que les acteurs mimaient une souffrance non vécue, car il s’agissait d’une fiction et non de témoins directs (comme le fait Shoah de Claude Lanzmann). On pouvait avec raison interroger le motif de cette mise en scène qui restituait, à l’inverse, un « réalisme » douteux à l’aide du noir et blanc. Toujours est-il que le noir et blanc ne fut pas un obstacle au succès, La liste de Schindler fût en dépit de sa qualité noir et blanc un boom commercial. A l’inverse, pourquoi vouloir augmenter la réalité (la pertinence ?) d’un événement passé en cherchant à coloriser une séquence dramatique ? La peur de la mécompréhension générationnelle ne semble pas suffire à l’argumentation, à moins que le but de l’opération soit en somme de chercher à faire une opération commerciale à partir des restes du sordide historique qui n’a pas encore été complètement exploité. Dans un même temps, la publicité utilise la figure d’Hitler pour vendre la performance des préservatifs.

Isabelle Clarke redoutait les critiques directement vouées à l’intégrisme : « Je ne supporte pas les intégristes qui refusent de toucher aux archives. La couleur, c’est la condition pour que ces documents ne soient pas réservés aux seuls chercheurs »(Libération du mardi 8 septembre 2009). Pourquoi la production de France2 a choisi plus de « réalisme » en simulant un superflu de réalité? La profusion de définition n'est pas une garantie contre le soupçon révisionniste. La jeunesse est tout à fait disposée à reconnaître les formes qui se dessinent à l’écran. Cette procédure participe aussi bien de la pornographie mémorielle dénoncée par certains et ce, en dépit de leurs bonnes ou mauvaises intentions. Il est donc évident que la jeunesse française ne peut pas s’adapter au noir et blanc…comme chacun sait, les jeux vidéos sont d'ailleurs tous en couleur. L'effet de "réalisme" d'Apocalypse conduit à l'effet contraire : au lieu de prévenir il amuse et renforce la portée divertissante d’un jeu à épisode. La démonstration permanente de la panoplie numérique influence le sens de l’histoire, elle participe du polissage ambiant de la réalité historique au moyen de la culture storytelling. Dans quelques décennies, adultes et enfants pourront prendre sans trop de difficulté Apocalypse pour les faits réels et les archives en noir et blanc pour une supercherie, une série fiction qui fait suite aux Envahisseurs

mardi, 08 septembre 2009

Réponse à "Pourquoi les oeuvres des autoroutes sont-elles si laides ?

Pourquoi les oeuvres des autoroutes sont-elles si laides ?

Ce titre est la formulation classique du critique d'art. Elle est tirée de Délires de l'art, plateforme qui promeut un art contemporain en tant que pur produit de consommation, et qui en reste toujours à l'aspect esthétique de la chose représentée. Alexia, la modératrice, ne trouve aucun problème à le clamer. Ses idées sur l'art contemporain se voit réduites sur son site à un accomodement, un produit à consommer pour le plaisir, pour la culture. Avec elle, l'art se dissout dans le visuel, plus rien de politique dans l'art, juste un plat culinaire agréable. Mais son sujet reste le scandale. Or, comment le scandale peut-il se reproduire sans absorber la chose politique? L'art contemporain reste dans une tradition artistique du scandale, comme l'art moderne a poursuivi une tradition. Si on suit à la lettre les idées d'Alexia, l'art comtemporain devrait rester dans cette tradition du scandale sans trop déranger l'institution et le pouvoir. Mais la situation de l'art rejoint la situation politique générale car ces deux domaines ont un seul dessein : communiquer et promulger une pédagogie de la relation à l'œuvre, de la relation du citoyen comme il faut devant le pouvoir et sa police. Et Alexia joue ce rôle dans le milieu de l'art, peut-être ne s'en rend-elle pas vraiment compte? Si la politique déserte peu à peu son terrain depuis longtemps, pour être en définitive quasiment coupée de ce dont elle parle (ce dont la gauche se  targue aujourd'hui de raccomoder et de restaurer), l'art se voit soumit à son tour à une même logique. Et l'art d'autoroute semble remplir à ce titre la même fonction que le monde politique : une fonction décorative.

Néanmois, l'art d'autoroute est un sujet non dénué d'intérêt, passer à côté pour continuer son chemin serait lui faire insulte. Mais le regarder comme catégorie agréable ou désagréable n'est pas suffisant pour aborder l'art d'autoroute. Quelques généralités sur l'art, dont l'art d'autoroute serait une sous catégorie de l'art en général. Compte tenue de la dimension non esthétique de l'art en général, ou de l'art contemporain, l'art d'autoroute n'implique pas qu'il soit beau, ou agréable, contrairement à ce que le prétend continuellement Alexia, sur son site. Une œuvre d'art, ou l'art n'a pas pour nature ou fonction d'être beaux pour exister en tant qu'art. Qu'elle est cette fonction qui fait que ça reste de l'art? Est-ce la commande institutionnelle ou alternative qui fait le caractère artistique, le statut de l'art comme art?

Le présupposé selon lequel un artiste fait à chaque fois (toujours) de l'art n'est pas évident. Les artistes ne font pas toujours de l'art, et il semble que plus un artiste entre dans un processus de commande, moins il fait de l'art, parce qu'il ne fait pas cet art librement. Le simple fait qu’il répète son style est un conformisme dont doit se méfier l’artiste. S’il entre dans cette compulsion de répétition, il est bon pour aller consulter. Mais en même temps, si il était complètement libre, il n'y aurait aucun enjeu à faire de l'art. Donc la question de l'art d'autoroute est une alternative "in situ" de l’art, mais une alternative tout de suite soumise à un soupçon, qui ne manque pas de rappeler celui de l'art moderne ou du courant postmoderne. On se souvient de l'expérience esthétique faite par Tony Smith sur une autoroute, qui a modifié sa production et son approche de l’art. On peut aussi interroger l’art comme chose autonome ou mélée au monde réel, mais pour l’identifier, il faut au minimum l’appeler par un nom qui échappe à toute convention admise. Les « choses » de l’art sont la première phase de dé-identification et de ré-identification de l’art…


Est-ce de l'art? Comme l'a très bien fait remarqué Thierry De Duve, ce qui identifie une qualité artistique ne tient plus tant à son médium (peinture, sculpture) et on ne peut plus depuis bien longtemps revenir à la question incompressible "est-ce de la peinture?", "est-ce de la sculpture?", voire même « est-ce de la photographie? ».

 

art de route / art d'autoroute

retourvacances51.jpgL'art d'autoroute renvoie mécaniquement à la société de consommation. On file la métaphore de "l'autoroute de l'information," comme une consommation facile de l'info. Autoroute, flux, non-lieux (distributeurs de carte-bleue, etc...) sont des notions inscrites dans notre quotidienneté, mais nous ne les abordons pas de façon critique. Nous passons à travers eux sans nous en aperçevoir, avec la gestuelle qui lui correspond. Banale, elle nous incite à ne pas les considérer comme un plein-lieu. Ce que le paysage de mer ou la plage avec son coucher de soleil offrent sont apparemment inoubliables. Or rien ne dit que ceux-ci ne soient pas, à leur tour des non-lieux, tellement il est banal de se répandre de banalité devant un coucher de soleil : "Que le monde est beau!".  A l'instar du coucher de soleil, la vie poursuit sa route, comme on le dit de manière figurée. La vie exemplaire dans le monde du travail par exemple est entièrement considérée comme une ligne droite sans écueil. Les zones creuses sont à effacer du CV acceptable. On ingurgite l'info quotidiennement sans répondre, alors que les instances pour le faire sont partout., les dispositifs de l'interactivité sont toujours disposés à nous entendre, nous écouter, nous fliquer...Le simulacre de la "réponse" est de toute façon vouée à l'échec car comme l'affirmait Baudrillard, la réponse est une non-réponse, une canalisation en cul de sac, aussi bien sur la radio généraliste que dans l'art générique d'autoroute mal interprété. Il semble paradoxalement que l'écoute ne soit seulement possible sque dans des situation de solitude : sur les routes, lorsqu'il n'y a plus personne, aux abords des voix serpentines, les cul-de-sac, les chemins égarés... La route sauvage et là où peut toujours s'exercer le regard à l'état sauvage (d'André Breton), là où ce regard semble se vouer à notre salut : notre voie sauvage et cannibale du monde.

Les « choses » de l'art, parfois pas très faciles à identifier, à défaut d'un système institutionnel capable de le faire, se perdent dans le monde réel. C'est bien un scandale artistique que l'institution a de faire admettre aujourd'hui pour le grand public que l’art se résume tout bonnement à un défilé de mode, avec ses mondanités, ses vernissages savament préparés. A la limite de notre perception, ces choses questionnent par elles leurs statuts. Mais le "statut" de quelque chose implique pour qu'il existe une convention de ce statut et que toute la société soit présente : les publics, les artistes, sinon, l'art est amputé de sa tête, de sa sphère publique. Or la sphère publique de l'art est quasiment inexistante dans notre pays, même si elle existe formellement. L'expression publique de l'art est toujours plus ou moins malmenée par des intérêts privés. Le fait par exemple que les légendes géographiques étaient absentes à propos des photos de la Cisjordanie de Sophie Ristelhueber, un art non moins  de route que d'autoroute, (« Opérations », Jeu de paume l'année dernière, 2009) montre que des intérêts privés et politiques amputent les modalités minimales d’un art autrement esthétique, proto-politique. Cette disparition de la critique d’un art dit critique montre que nous ne sommes plus dans un espace public. Les autoroutes en France, si elles sont devenues un réseau privé, revient à dire que l'art d'autoroute n'est pas actuel, il doit rester formel et donc simplement esthétique. Il doit divertir autant que l’autoradio, en plus de son aspect culturel rafraîchissant. Après Stephen Shore pour la photographie (The road trip journal), un art de la route est donc toujours à réinventer, sinon on parlera toujours d'art d'autoroute pour satisfaire la galerie.

 

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Sophie Ristelhueber, Cisjordanie

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Sophie Ristelhueber, Cisjordanie

samedi, 05 septembre 2009

Comment Patrick Morandini entretient son "buzz".

Ai revu en rediffusion l'émission d'hier soir (vendredi 4 septembre), avec Morandini aux manettes. Il dévoile à lui tout seul la production de toute la duplicité du narcissisme télévisuel.

Une télévision qui louche sur elle-même.

A chaque personnage sa fonction. L'émission, dans son cheminement, est la parabole parfaite de notre société, dans son fonctionnement le plus corrompu, mais néanmoins cool. D’une corruption doucereuse, souriante et conviviale, sauf que comme toujours, les femmes sont plutôt choisies pour leur sex-appeal, plutôt que pour leurs compétences journalistiques. Comme personne n’a vraiment rien à dire de sérieux, on vit la télé réalité du journalisme de communication comme si nous étions dans un tunnel sidéral. Le stéréotype de nos valeurs actuelles s’exprime en toute liberté, on connaît la chanson… mais la chose s’amplifie, gagne du territoire, exhibe ses brochettes culturelles sans honte... on atteint le comble de l'hypocrisie quand Morandini questionne Picouly sur l'impact d’un conflit ouvert qui a eu lieu sur un plateau littéraire entre Fadela Amara et un spécialiste des prisons, pour qui la Secrétaire d'Etat chargée de la Politique de la ville serait d'une incompétence notoire en la matière... Les extraits de l'échange sont rediffusés, Morandini soupçonne insidieusement Picouly de faire du spectaculaire pour faire monter le buzz, et donc la promo de son émission sur tout le PAF... L’innocence de Morandini est atteinte, alors qu’il participe sciemment de ce même phénomène, en attirant vers lui l'évènement pour susciter ce qu'il serait sans eux : rien... Morandini relègue, il n’apporte aucune information qui soit extérieure au monde de la télévision. Ce n’est plus un journaliste qui va juger, qui va développer son opinion, mais un banal conduit d’information, un véhicule degré 0 du média. Un chien dans sa niche est moins indigne, mais ce n'est qu'animal me direz-vous… Alors logiquement, avec le pouvoir symbolique (et pas seulement on s'en doute) que cumule cet animateur, on peut se demander comment il peut encore se contenter de cette médiocrité. Au sommet on pourrait s'attendre à plus d'exigence sur la ligne éditoriale. A moins qu'il soit complètement dominé par le système Bolloré, qui détient Direct8...


Un buzz quotidien qui masque les "vrais" évènements.

Le propre du buzz est-il d'être grossièrement entretenu ou spontané? Buzz !!On misera sur le un... Au cinéma, quand un film « prend », c’est spontanément. On dit que ça provient du bouche à oreille. Ce sont les spectateurs qui décident. C’est la version classique du buzz. Or, aujourd’hui, la télévision, qui a toujours entretenu la passivité du spectateur, en dépis des façons de le faire participer, a une emprise trop grande sur sa conscience. Le buzz entretenu ne peut être que simulation, il ne « prend » que si ses animateurs l’autorisent. Le spectateur est ainsi éjecté de la participation, malgré les gadgets de l’interactivité qui lui « répondent ». Tout ce dispositif ne cachent qu’un fait : que la parole du spectateur, on s’en fout. Le but des chaînes de télévision qui se prétendent pourtant « généralistes » est de buzzer chaque soirée pour la même soirée, de reprendre en boucles les évènements du moment, afin que se répandent en longueur les scoops les plus croustillants. Le lendemain, on passe à autre chose. L’expérience en tant que telle de la télévision en général est nulle : qui se souvient de ce qu’il a vu la veille ? Le buzz télévisuel comprend que l’oubli est sa fonction, et qu’il doit combiner avec cette tare sur la fin de soirée… Le spectateur fatigué du lendemain peut recommencer à zéro, il est, nous sommes pris dans cette dépendantce, qui n'a rien à voir avec les drogues classiques à mon sens. On peut faire soi la maxime de Pascal qui consiste à regarder ou observer pour comprendre.

Si la confrontation est, sur une émission à la Morandini (Morandini!, direct8), sans cesse mise en scène, la critique peu amène peut-elle à son tour accéder au forum, ou à l'écoute de l'émission? Bien entendu, non!... cet autre problème de l'internet touche les radios, télés, et presse (Direct8 a aussi son "gratuit") dites "généralistes"... Il faut revoir les termes, c'est une redite, mais la culture d'entreprise et les désastres du management nettoient les conditions minimales pour qu'en démocratie, coexistent les vrais conflits, les vrais enjeux...

 
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