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lundi, 15 février 2010

Interlude Siu Lan Ko

Je ne vois pas en quoi ce travail de Siu Lan Ko produit un outrage pour "justifier" cette censure. Quel est l'outrage aux bonnes mœurs, et même quel est l'outrage politique? C'est un travail sociologique qui énonce juste une vérité cachée, assez convenue dans le milieu de l'art et des institutions artistiques : celle de la soumission des agents de l'art à la pensée dominante. Cette installation révèle juste la peur des petits fonctionnaires qui s'aplatissent devant leur autorité, parce qu'ils craignent de perdre leur place. "Gagner Plus Travailler Moins" est devenu un tabou dans notre espace social, et ce travail censuré prend le statut d'objet infamant. Il devient, à partir de ce jour, la part maudite du sarkozysme, cette part honteuse qui reviendra toujours sur le devant de la scène, quoiqu'on fasse pour la retenir. On ne pourra plus l'expurger d'ici 2012.

De ces quatre mots, du reste, trois étaient au programme énoncé par l'UMP pendant la campagne présidentielle de 2007 ("Travailler plus pour gagner plus" = travailler plus gagner, travailler gagner plus, gagner plus travailler, gagner travailler plus, plus gagner travailler, plus travailler gagner...), et l'artiste a fait courant alternatif en faisant jouer le "moins" au "plus". D'ailleurs, presque tout le monde a trouvé normal d'adopter cette tautologie comme programme politique (surtout les classes laborieuses des employés et des ouvriers). Maintenant que la formule à trois mots ne marche pas, il est bon d'en essayer les diverses combinaisons avec quatre. L'artiste nous annonce un vrai message d'espérance, elle démultiplie à quatre mots les combinaisons.

"Travailler plus pour gagner plus" ou "travailler plus pour travailler plus" peut s'inspirer des stratégies artistiques, notamment du programme minimaliste où aboutit la peinture/scultpure moderne (l'objet spécifique de Donald Judd) : "La peinture n'est rien que de la peinture", "l'art c'est l'art" ou de l'usage par l'art conceptuel de la tautologie avec l'objet, le référent et son nom, sa photographie. Cet usage s'est fait relation publique par les publicitaires qui, inspirés de psychanalyse et de slogan tapageur, ont offert cette autonomie de l'art au monde politique ("Travailler plus pour travailler plus"), ont su mettre en place un système de lecture simplifié de la vie sociale, comme véhicule de jouissance par le travail et d'émancipation par la droite. L'UMP s'énonce dans ses initiales comme un parti "populaire", qui a repris à son compte les signes et les formes inspirés par la gauche historique. La tautologie "La droite c'est la droite" ne pouvait plus marcher, mais personne n'a trouvé à redire lorsqu'elle s'est transmutée et qu'elle a annoncé que "La droite c'est la gauche". Cette artiste ne fait rien moins que changer l'ordre des mots, à l'heure où la précarité dans le monde du travail s'accroît, comme l'a fait avant elle l'UMP : "Travailler moins pour gagner plus". C'est cette vérité qui dérange, car elle dévoile la logique politique à l'œuvre, au-delà de l'art et de ses enjeux formels.

Dans le domaine de l'art, c'est la cause qui prime plus que tout, sinon, c'est du saupoudrage. Depuis l'émergence de l'Esthétique relationnelle pendant les années quatre vingt dix, reprenant à son compte l'influence des néo-avant-gardes des années soixante dix, les commissaires d'expositions interviennent en tant qu'artistes. Il revient moins qu'à "l'artiste commissaire" de revendiquer en tant qu'artiste cet évènement en allant fissa ! raccrocher les deux bâches.

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