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jeudi, 14 janvier 2010

Chemins et foules

La plupart de mes chemins sont vides, vidés de toute présence humaine?

 

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Bagnolet, Parc des Guilands


Pourtant, les chemins de ville font la ville, et la ville grouille d’individus, qui ignorent pour la plupart ces espaces. Ceux-ci apparaissent rarement à l’image. Entre l’abandon et le luxe, les chemins filent à travers nos tours et nos quartiers. Comme des voies parallèles, ils nous donnent étrangement un condensé de la situation photographique d’aujourd’hui. Un certain charme des lieux de la ville oubliés émane de cette mémoire vive pourtant inscrite dans le sol.

 

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On peut faire une correspondance entre les chemins et les images. Elle s’appuie dans un rapport de désertion et sur un charme particulier. Ces espaces, images et chemins, vides de toute présence humaine, annoncent pourtant une esthétique qui semble avoir été la conséquence d’une évolution juridique liée au droit à l’image. En France, les images photographiques sont soumises à une juridiction précise du droit à l’image. Il devient risqué de photographier quiconque ne donne pas son accord pour l’utilisation sous condition de son image. Cette disposition sur le droit à l’image au USA par exemple n’existe pas. Elle a permis à une génération de photographes américains forts prisés par les musées (Garry Winogrand, Lee Friedlander, Diane Arbus, entre autres) de mettre en mémoire dans un style photographique pouvant se focaliser dans un style, la street photography, qui neutralise le fond pour mettre en avant la présence humaine. Cette esthétique a pu relater la vitalité urbaine d’une époque… aux Etats-Unis, pendant les années soixante-dix.

Chez nous, à l’inverse, une chasse permanente de la présence humaine non négociée s’attelle à débusquer des lièvres. Sous couvert de respect de la personne et de droit à l’image, nous perdons des années en procédures pour savoir laquelle de telle célébrité anonyme obtiendra de tel photographe les dommages et intérêts qui lui seront dûs. Si bien que l’on peut considérer qu’un simple décret de loi interdisant l’usage de “capture physique” des personnes à l’image aurait à lui seul influencé une esthétique européenne, une photographie dénuée d’êtres vivants. L’école allemande de Düsseldorf a peut-être reprise à son compte cette esthétique light, en la déconstruisant cependant.

Des Becher à Andréas Gursky, en dépit des autorisations à obtenir de la part de chaque participant à l’image, la question métaphysique de l’image et de son rapport à la personne consiste à se demander à partir de combien de personnes on obtient une foule à l’image pour se protéger de tout procès désobligeant. Le temps n’est plus celui ou spontanément, Weegee pouvait se permettre de photographier une foule sur une plage, où tous les yeux étaient dirigés vers l’objectif de son appareil.

 

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1940 © Weegee.

Cette mise en scène spontanée serait impensable en france, seulement lors des concerts et des grandes réunions. Une foule est plus ou moins neutre. Il renvoit ainsi au prédicat sorite qui interroge l’identité à partir du nombre : à partir de combien de grains de sable on a un tas de sable, ou à partir de combien de cheveux suis-je chevelu ou chauve?

 

 

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Porte de Montreuil, "Puces"

 

 

 

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Porte de Montreuil, "Puces"



ps: Un "chemin" dans ma terminologie, peut aussi constituer l'état particulier d'une route, rue, dans la mesure où l'on arpente ces territoires comme un chemin, à la découverte de leur singularité. Là où il se trouve peu fréquenté, le chemin n'a rien d'intéressant en soi, simplement la fonction de contenir des résidents.

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