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vendredi, 04 décembre 2009

Le comique et en même temps la haine

Le mélange des genres en matière politique souffre de plus en plus de sa confusion. Que signifie, en terme anthropologique, la remise d'une décoration symbolique par chef suprême à des comiques du music hall, supprimer l'histoire-géographie en terminale S, et dans un même temps, interroger les français sur  un contenu à donner de "l'identité nationale"? Dominique Farrugia, Dany Boom, Bigard sont aujourd'hui les dépositaires de la culture française, et notre chef d'Etat provient du milieu des finances et de l'entreprise. Si l'esprit médiatique et la culture pop' prennent le pas  au sein de l'espace public sur la haute culture, n'est-ce pas parce que nous sommes criblés, à tous les niveaux décisionnels, de drh et de politiques des relations publiques.

Mais le mélange des genres n'est pas nouveau en art. Il est même le moteur de son dynamisme. Sade alternait philisophie et pornographie, les surréalistes les incongruités mentales à leurs peintures et textes automatiques. Pourquoi l'art politique produit-il, en mélageant à tout bout de champ les valeurs de la médiocrité à son dessein, un mélange des signes qui font perdre le sens de ce qui doit rester à sa place pour maintenir un minimum de cohérence?

Si le quinquennat de l'incohérence commence avec la photo people du chef suprême prise par un célèbre paparrazzi en vogue, c'est parce que ce chef d'Etat est un people, et qu'il ne pouvait pas se présenter autrement. Cette image incongrue donne le la d'une incohérence cousue de fil blanc. Les comiques, la visite du pape du complotiste Bigard, la comédia dell' arte, les folies bergères ne divertissent que le personnel d'étage et les GO.

Mais le comique s'associe à la haine de l'autre pour contrebalancer les humeurs infantiles. For-da... Car ce binôme est au centre de la vie politique et intellectuelle française. Louis de Funès, tout comme les relations pubiques ont dû nous apprendre qu'on communique mieux un contenu par le rire, la forme la plus débraillée de l’être. Car comme chacun sait, l'art de la mémoire doit chercher à associer à un lieu imaginaire un scène signigficative, la plus grotesque possible. L'oubli est l'ami de l'ordinaire et du  commun. Le contenu du fou rire ou du rire devient ainsi un impératif mémoriel, là est l’ironie franche de notre postmodernité : le citoyen ne se rappelle que de ce dont il a franchement ri. Mais au fond, et Martine Aubry l’admet, c'est bien parce que ce gouvernement a monté les français les uns contre les autres à partir d'un discours de division que les problèmes actuels resurgissent de plus belle ! hah !!!…*

 

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* Le comique et la haine trouvent leur résolution dans un très beau texte de Baudrillard (Carnaval et cannibale, 2008). Rafraîchissant ! Baudrillard a une vision très politique des choses, ce qui fait du bien dans notre névralgie théorique. Il prend toujours le temps de développer une théorie générale critiquable certes, mais donnée, ce qui est la moindre des choses lorsqu'on cherche à divulger sa part au débat critique... Ce n'est pas si évident, mais Jean Baudrillard fait partir un système hégémonique qui se présente, depuis les Etats-Unis, comme La grande parodie de l'occident et de ses valeurs (parodiées). Le carnaval de l'Occident se fait sur un mode parodique de l'Histoire, mais surtout se produit à partir des USA,  presque littéralement de Disneyland. Les figures politique qui en découlent déterminent les notres, l'Etat bling-bling, le voyage de Sarkozy chez Mickey est fondamental pour comprendre le sarkozysme, etc...
Assez étonné de redécouvrir chez Baudrillard ce ton très vindicatif à l'égard de ce pays pour lequel il affectionnait son primitivisme. La fascination part de cette contradiction du ludique et du tragique (à lire aussi : Le ludique et le policier, du même auteur, écrit dès les années soixante-dix). Les USA contiennent un même mouvement contradictoire : une violence insupportable et un sens ludique de l'existence. Ce que notre pensée européenne n'a pas trop conservée, les Lumières nous ont beaucoup habitués à nous considérer sérieusement, à prendre au sérieux nos valeurs. Les valeurs américaines sont des valeurs ludiques. L'Hégémonie se présente à nous sous cette forme, par le biais du gadget et de la technologie, de l'informatique, etc...
Découverts et et lus consciemment que tout le Système qui nous plombe part de là, et dont la France n'est qu'une reproduction du modèle, une duplication presque, nourrie au biberon des valeurs outre-Atlantique (Corporate Administration Publique : Wendy Brown et ses "Habits neufs du capitalisme", etc), à partir de modèles qui sont affectionnés par la technologie informatique, comme il dit, Swarsy=Bush=Sarko même source, même nature (il ne le savait pas encore pour Sarko, car il s'est éteint en 2007). Seulement, ce qu'il ne dit pas est (hypothèse): que nous aurions passé chez nous le cap de l'influenceur à l'influencé (pas clair mais bon). Il ne pouvait pas le voir mais le mode a changé depuis 2007 : nous serions actuellement en train de changer de rôle, de pôle et de nature, en France. Nous serions passés de colonisateur à province colonisée par un "autre occident" (us),  pour ne pas dire que serions devenu ce continent noir,  l'Afrique, celui des colonisés, des cannibales "sous développés", qui aurions cannibalisé notre influence en la dévorant, en mangeant littéralement nos propres amis : communisme, adandon des notions tradi du combat politique pour un choix politique désabusé (faut-il d'ailleurs lire les suicidés d'Orange dans cette perspective de cannibalisation retournée contre soi?). Il faudrait aborder ce qu'il entend par "cannibaliser" sa domination : on mange littéralement ce qui nous influence, comme retour impossible, comme résolution impossible. Baudrillard donne l'exemple d'indiens qui auraient dévorés leur pères spirituels occidentaux par amour littéral... si Baudrillard réduit le cannibalisme politique aux colonisés, il ne nous a pas complétement enfermés dans ce rôle : aujourd'hui, nous y serions complètement entrés. Et le débat sur l'identité nationale cherche à nous détourner de cette idée fondamentale, ce en quoi nous aurions, en Europe, changés en quelques années de nature géopolitique...mais c'est une lecture qui vaut ce qu'elle vaut, comme dirait Loréal.... Petit texte à lire en tout cas...

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