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samedi, 03 octobre 2009

« Commissaire d’exposition ? Certes, mais à Disneyland ! »

Alexia, agent promotionnel de l'art/gardère, nous confit sur son blog son doute à propos de la future exposition 2010 de Takashi Murakami, à Versailles.

 

chateau-versailles-espanade-parc.jpg

Si le choix d'un artiste dépend selon Alexia de sa réussite commerciale et de la vente des places, mais alors on se tape comme de l'An quarante de sa valeur artistique!


Une œuvre d'art reste une œuvre n'importe où, aussi bien à Versailles qu'à Drancy. Versailles représente le lieu chic où se rencontrent aujourd'hui les courtisans de notre temps, c'est pourquoi cet espace très symbolique attire vers lui l'obscénité financière de l'art contemporain des corporations et des grandes marques. On ne va pas quand même organiser l'orgie culturelle à Disneyland? Quoi que? Cela ne revient il pas  fondamentalement au même?  Même but financier. Et de toute façon, ce n'est pas Versailles qui fera perdre ou gagner à l'œuvre d'art sa valeur. C'est là principalement où loge l'amalgame que la politique culturelle et touristique cherche à produire entre le faste culturel et l’art.

Si Versailles renvoie fatalement aussi à Dubaï et à la mondialisation, c’est que Paris a perdu depuis belle lurette son rôle de phare culturel. Il cherche désespérément à recréer son terrain fertile à l’aide du faste patrimonial et du marché de l’art défunt de nos années surréalistes, à mixer (très pop') luxe et publicité par l’objet, pour faire de l’art. Alors que l’art n’est pas du tout le serviteur du luxe ou du superflu, c'est le monde politique qui s'attache à conserver sa pôle position dans ce domaine. L'art touche au cœur notre quotidien dinon, il se pourrit de l’intérieur.

Calculer combien va rapporter un évènement artistique et modifier l'objet d'art en fonction de sa réception n'est pas nouveau, ce qu’on appelle plus élégamment "l’esthétique de la réception". La nouveauté, c'est que les entreprises se sont emparées du marché de l'art mondialisé, se sont appropriées le domaine artistique pour se faire bonne conscience et se racheter une conduite.

Aussi bien la « Nuit blanche » que "Versailles" offrent une même espèce de promiscuité : un monstre fait de formes vaguement artistiques, de l'art quoi !, et un dispositif promotionnel et financier élargis. Promotions destinées à nourrir le bon peuple de ses valeurs dominantes, parce que sans lui, pas de devoir et mission républicaine. Difficile algèbre entre ces deux paradoxes et en même temps, rien de moins scandaleux pour des formes si souriantes. Le dispositif combiné n’en fait pas moins l’arnaque et le kidnapping les plus éloquents, pour ne pas dire dramatiques, que les ventes privées et publiques exercent sur le marché de l’art et son mouvement interne. Il n'est même plus question de classe sociale à ce stade de l'orgie, car les artistes qui adoptent ce nom avec un souci moral, contrairement à certains syndicats qui pactisent avec le pouvoir, ont encore la délicatesse de renvoyer à la réalité de nos classes sociales préexistantes.

Le scandale n'est plus depuis bien longtemps d'ordre artistique. Il est financier, et c'est de cela dont vous êtes dupe Alexia. Rien que votre formation de médiatrice culturelle transpire la contradiction par rapport au dispositif en place. Il semble normal à un moment donné, à partir du papier et de cet aveu, en l’occurrence tellement touchant d'Alexia dans Délires de l'art:

« je ne parviens pas à associer l'image de la reine de France à la jeune héroïne du film d'animation "Superflat First Love". Une certaine forme de romantisme, des créations psychédéliques, soit ! Mais aucune adéquation à mon sens entre les œuvres et le lieu... sinon une forme d'outrance qui commence à brouiller ce qui était à l'origine une bonne idée, celle de marier artistes d'hier et d'aujourd'hui, de confronter leur approche en enjambant allègrement les siècles ».

C’est ici que le dispositif la plombe : son doute est symptomatique de ses limites (et des miennes d'ailleurs), vis-à-vis de l'art. On revient toujours à la même question, est-ce vendable? Comme l'infini chez Hegel, il y aurait en art le bon scandale du mauvais scandale. Le juste scandale consiste à ne pas ralentir le flot de béotiens qui ne vont ne rien y comprendre, mais qui vont banquer leur ticket plein pot/

L'art meurt de ceux qui le font prospérer. Et la question en somme complètement ridicule "Murakami dépareillerait-il à Versailles?" se mort la queue. Nous avons déjà dépassé ce paradoxe, le supermarché en bas de chez  Alexia aurait déjà dû  l'alerter. N'importe quoi d'autre peut se marier avec de la pierre, avec les valeurs liquidées quotidiennement par le buisiness : Mickey, une motte de beurre, un savon géant, une marque de bagnole, ou de celle d'un artiste qui a une bonne côte? Peu importe... A Versailles, c'est cette pseudo-incongruité qui donne le ton à l'escroquerie intellectuelle dont  vous faites, mademoiselle, la promotion hebdomadaire. Votre refus pour cet artiste à Versailles touche une limite qui n'a pas sa place dans le système, car l'art mondial fait feu de tout bois pourvu que le pouvoir institutionnel, soumit au dictat des intérêts privés, lui en donne l'autorisation.

 

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