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lundi, 28 septembre 2009

Paris 20

 

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samedi, 26 septembre 2009

Cultures du résultat, une esthétique de la réception

En démocratie, la culture du résultat doit encadrer le chaos des opinions.

La culture du résultat est un procédé bureaucratique qui peut trouver ses sources dans les états totalitaires (Hannah Arendt), mais aussi dans nos démocraties soucieuses et obsédées par l'idée fondamentale des Droits de l'homme. Or, l'idée des Droits de l'hommes s'est, quoi qu'on en dise depuis l'après-guerre, dépouillée de sa substance initiale et révolutionnaire. Si les Droits de l'homme, qui étaient jusque là bien encrés depuis les Lumières pour l'intelligensia mondiale dans les démocraties universalistes, se sont fracassés aux conséquences de la deuxième guerre mondiale et des politiques coloniales, elles se fracassent aujourd'hui sur les principes des démocraties de la mondialisation. Ce fracas inscessant remet en cause le principe démocratique car, si celles-ci n'ont pas empêché les guerres d'avoir lieu, elles n'empêchent pas, à l'heure actuelle, la destruction de l'espace sensible et critique qu'elles souhaitent. Après les effets destructeurs des deux guerres mondiales, les démocraties se sont laissées dépasser par le fait qu'elles auraient laissées passer comme une lettre à la poste le déclin du statut du citoyen pour l'héroîsme du consommateur libéré, pouvant jouir du consumérisme sans entrave. Le système consumériste a pris en otage sans se justifier du point de vue philosophique les valeurs nobles pour les adapter à une éthique de la consommation, et à une esthétique de la réception, qui sont en train de sâper nos principes politiques, artistiques, et qui maintient notre sensiblité individuelle et collelctive dans une létargie sans lendemain.

Cette esthétique influence la vie quotidienne, la vie professionnelle, et modifie de façon drastique l'idée de projet, qui s'est avec les changements climatiques et les opérations chirurgicales en démocraties, perdu. C'est "opérations chirurgicales" en temps de paix, sont le fait du management, qui, de par ses méthodes violentes et ses groupuscules bien intégrés, détruit littéralement les psychées des publics, des travailleurs et donc, des citoyens. Conjointe à une esthétique de la réception télévisuelle, cette opération, systémique de la culture du résultat, agit à tous les niveaux de la sensibilité, de l'art, du divertissement, du travail, de la vie amoureuse...

On doit trouver dans les faits évidents cette programmation, et on peut se servir de la vie ordinaire pour débusquer ses attitudes. Si la culture du résultat induit une culture de la réception, tous les programmes culturels et professionnels sont succeptibles d'être soumis à  cette logique pour que le système soit en tant que système efficace. Il impose un travail sur la totalité des perceptions vécues, et donc sur la réception de ceux qui sont de près ou de loin branchés à ce réseau. Le réseau n'en fait pas moins un système. Si pour Marx, l'enjeu du renversement par le prolétariat était à la production des rapports de forces et de classes, aujourd'hui, comme le disait d'ailleurs Jean Baudrillard dès les années soixante-dix, il faudrait prendre en compte d'avantage la réception pour comprendre comment les rapports de force s'établissent (ce que Marx n'aurait pas fait pour son propre temps). Baudrillard va s'employer à déconstruire le système consumériste et sa logique élargie au vécu (Le Système des objets et La société de consommation), mais sa critique reste toujours opérante aujourd'hui, même si les formes ont changées. Ainsi, des modèles sont mis en avant au sein d'une société de consommation liquidée de sa substance et en phase d'agonie. Ces modèles pour subsister doivent fidéliser la perception des spectateurs dans une esthétique de la réception et de la "démocratie" qui s'est aujourd'hui installée à tous les niveaux de la société, et non pas seulement au périmètre de la société de consommation classique (magazines, supermarchés, etc). C'est surtout dans les sphères politique, l'Etat, la police...vers le monde artistique qu'elle transpire, vers l'achoppement de la religion et de l'université, vers une sexualité décompléxée et festive que voyage cette esthétique. Les moyens employés pour divulguer la bonne parole sont les médias de masse mais aussi chacune de ces figures : l'homme politique, l'artiste, le chanteur, le comique, qui sont un médium du discours lui-même, des supports personnalisés du prolongement à une même idéologie. Par principe, je ne chercherai plus à distinguer le système des personnes qui l'ont intégré, car elles sont les masques de ce dernier. Elles sont à partir de là, sa propre voix. C'est pourquoi, je voudrai considérer chaque nom, chaque personne comme les termes du discours du système, et par conséquent je choisis de les mettre en italique, pour les distinguer des noms de ceux qui sont extérieurs au discours esthétique de la réception et de la culture du résultat, qui seront par conséquent en "droit". Les formes expressives du système sont, à partir de là, esthétiques, par le jeu des tranpositions et des figures, les préférences qu'elles adoptent du système.
Je voudrai donner très vite un exemple pour clarifier ce que je veux dire. La comique du moment, Anne Roumanoff (qui a fait Science-Po), nous apprend lors d'un reportage diffusé à la télévision (la télévision ne peut loucher que sur elle), qu'elle doit sans cesse, lorsqu'elle rédige un scketche, analyser les rires des publics pour corriger les erreurs, les moments où la salle ne rigole pas. Cette attitude traduit selon moi la posture paradigmatique de la culture du résultat appliqué dans le domaine de l'art. Quelque part, il faudrait solliciter son auditoire sans arrêt, le faire rire indéfinement, pour "réussir" sa prestation et donc déterminer son contenu. Ca revient à dire que c'est le public qui fait le travail, l'œuvre. On peut sanctifier la lucidité de Marcel Duchamp qui affirmait que ce sont les regardeurs qui font les tableaux. La structure du temps télévisuel impose une succession et une rapidité telle dans l'enchaînement des répliques, que le temps de l'attente et de la contemplation vide est impossible parmi cette domination des critères. Pourtant, ce facteur est sous-jacent à l'évènement artistique, comique, ou n'importe quel évènement. Il impose un moment de repos et d'action. Le zaping est, à partir du là, une atrophie du spectateur, qui se voit pris dans l'excès qu'il se passe quelque chose tout le temps. S'il se passe quelque chose tout le temps, alors il ne se passe rien, C'est ainsi que cette logique se retourne dans sa perversion de l'évènement nul, les ados de la télé-réalité. S'il ne se passe rien, il faut zapper, pour trouver un autre mouvement (nul) ailleurs. C'est d'ailleurs pourquoi j'ai adopté le médium photographique pour exprimer un temps arrêté qui n'est surtout pas celui de la télévision, et donc de la réalité dynamique (bref...). Ce moment extra-ordinaire du procédé adopté par cette artiste me semble ramasser toute la logique du malaise social, du malaise civilisationnel que les drh, les coachs, les médecins de la psychée, ont réussis à imposer. Et ce pour, en définive, être séduit par la séduction de son image-écran. Comme c'est le système qui se séduit tout seul, l'individu est nié comme personne singulière. Anne Roumanoff devient une variable de l'expression du système, à l'instar du calcul de ses blagues qu'elle semble maîtriser. On peut rire d'Anne Roumanoff comme écriture du scketche de la société médiatique et de la société des relations publiques.

La télévision privée est le modèle placé au centre de ce principe de la réception, où la logique de l'audimat quotidien a été la plus intense depuis la décennie des années quatre-vingt. Une logique économique et financière qui a déterminé les choix et les stratégies à adopter pour attirer vers elle les investisseurs pour la faire porspérer. Mais aussi l'Etat : Pas vu pas pris! de Pierre Carles, part du fait divers où un journaliste de TF1, PPDA,  demande à un ministre une allonge budgétaire. Le deal, complètement incongru, pose le soupçon de l'éthique journalistique vis-à-vis du pouvoir. L'espace économique dans ce milieu est lié aux intérêts mutuels que le pouvoir politique entretient avec la chaîne, mais dans cette affaire, c'est la télévision qui imposait sa logique aux pouvoir politiques. Le pouvoir était incarné par la télévision privée, pour un Etat nécessiteux. Le marché imposait le dictat aux politiques, et modifiait profondément les intentions et le fins de ce métier. Si la puissance médiatique de ce type de projet  télévisuel était fondamentalement économique, elle allait empiéter sur les logiques des médias faibles économiquement. Le Monde devait s'associer avec la sinergie de TF1 où allait se négocier des échanges symboliques et économiques. La télévision privée aura déterminé tout le champ de la télévision publique et de la presse, qui se sera alignée à son tour sur cette logique économique, au lieu de garder en place les logiques symboliques auxquelles elles étaient tenues. A partir du moment où Le Monde allait dans cette direction, les autres noms par panique  adoptaient le même stratégie. Aujourd'hui, en France, seuls quelques titres sont indépendants des pouvoirs économiques. Il peuvent garder leur accuité critique tandis que les autres doivent jouer le jeu de l'auto-censure permanente, et du courtissant de presse économique. La logique économique du résultat, et ce à cause du spectacle quotidien de la télévision économique vécue comme modèle de réussite, aura contaminé tous les médias en faiblesse économique. Une seule logique ressort.  Une simplification de la démocratie traduite à son aspect le plus simple : 0/1. On est à des années lumières de l'idée du Ministre de la Culture André Malraux, pour qui le lancement de la télévision symbolisait et avait pour fonction de faire le pont culturel entre les élites et les populations. Si la télévision dans presque son ensemble a échouée, l'internet reprend à son tour le flambeau pour jouer peut-être ce rôle culturel émancipatoire, mais rebelote, il se voit lui aussi encadré par les polices de la culture, du management et de la morale. Les débats sur les droits d'auteurs cachent une forêt d'intérêt et aussi, qu'une vie économique est probable sur le net, après la mort de l'économie télévisuelle. Il suffit juste de donner au net les moyens de faire consommer du coca-cola aux consommateurs. Le projet émancipatoire est tout juste annulé, pour des intérêts privés.

Mais il n'y a pas que les figures du drh, du sondeur d'opinion ou du consultant marketing, qui sont "actifs" pour réduire notre monde à une équation économique parfaite (Luc Boltanski rappelle que la société, comme tout projet, par nécessité, parce qu'elle est bancale, doit  être justement décrite par une science elle aussi bancale, comme l'a été la sociologie critique, pour avoir une chance de toucher au plus juste son objet). Si leurs tâches est principalement de canaliser les sensations, les sentiments et les postures pour les réorienter vers un "plus" efficace, une plus-value de "valeur ajoutée" ramassée, celle des amuseurs public participe d'une même censure des individus et des psychées, mais avec du spectable en plus. Les figures traditionnelles de la contre-émancipation agissent plutôt dans l'allusion, dans l'invisiblité et les coulisses de la stratégie psychologique. Celle de l'amuseur public se réalise en pleine lumière, de façon obscène et pop'. La vanne est toujours réductrice, elle s'appuie sur les hommes, les traits de caractères, mais jamais sur les actes ou l'histoire. L'amuseur "privé", même pas public, parlera toujours de façon déshistoricisée, toujours au présent. Cette figure riante de la domination participe au déni apparent de la classe politique, mais il la protège comme caricature. Si l'amuseur n'a pas les compétences des savants en science-éco, Po, et autres, pour suivre justement la complexité des débats, il peut au moins poser la question politique qui tue? Non, ce ne sont que des affirmation sur les mœurs, les personnes. La carcature classique, de la presse d'opinion était bien plus assérée. Les coups tordus du comique font le lit de la corruption politique et de l'intégrité mélangés, sans discernement. Et le public se gausse dans sa confusion morbide et morale amalgammée au cynisme.  Car l'amuseur est fondamentalement morbide, quoiqu'il puisse en dire, et construit son objet à l'image de son consommateur. Il prolonge avec l'outil du calcul télévisuel une esthétique de la réception basée sur un principe de perfection.

Toujours est-il, le souci de ces formateurs consiste à réduire l'espace des opinions à deux ou trois. En effet, comment prendre en compte un chaos d'opinions pour rendre la démocratie présentable?, nous apprenait Edward Bernays dans son manifeste du marketing Propaganda. Edward Bernays, petit neveu de freud, est l'inventeur des relations publiques. Il a, à lui seul, changé la couleur de l'opinion américaine au début du vingtième siècle. Garry Winogrand proposa au milieu des années soixante-dix un miroir de ces Relations publiques, ouvrage photographique où les contradictions produites au sein d'une grande ville américaine comme New-York sont criantes. Le photographe a magistralement donné une formalisation concrète du contraste des contradictions sociales à New York, et la déconnection entre les mondanités des relations publiques et des revendications du peuple américain, des manifestations contre la guerre du Vietnam (Garry Winogrand, Relations publiques).

Pour faire la panoplie du système des relations publiques et de la culture de la réception, on doit élargir à d'autres figures le développement circonstancié de cette logique arrogante. Elle est souvent souriante avec les amuseurs publics, mais très efficace pour départager les pour et les contre, séduisante avec les storytelling de nos jeunes espoirs sportifs, mais sportives aussi avec les ébats monnétaires en coulisses qui sont dans le même ordre du combat, des compétitions off. Ce n'est plus dans la couleur (la virilité, le gag) que se joue cette action, mais dans la méthode. C'est dans sa logique de production que ce modèle doit prendre en compte la réception pour se construire. Beaucoup de ses figures sont agissantes dans le monde du spectacle, les comiques notamment, les chanteurs, les écrivains ratés.

 

vendredi, 25 septembre 2009

Paris

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mercredi, 16 septembre 2009

La caserne France Télécom

Xpan6bis.jpgCaserne est un mot désuet et en même temps actuel. Hormis son sens militaire premier, il renvoit aujourd'hui à un lieu vide, un lieu en jachère. Voire un non-lieu. Aujourd'hui, les casernes militaires sont refonctionnalisées, comme les vastes palais néo-coloniaux de Cuba étaient transformés en salons de gymnastique. Ce non-lieu, celui qui nous fait passer quelque part avec aussi peu d'intérêt, est aussi l'espace qui a perdu son identité. Ce sont des murs réels, ou des chemins invisibles  : les parcours fléchés des expositions, les interdictions, les impasses, des villes même (Mulhouse est à cet égard une zone qui semble complètement laissée en friche et à l'abandon). Cet équipement construit les identités qui ne concernent pas seulement sur la personne, mais les espaces, les  terre-pleins, l'accessoire urbain intégré. Cet espace fermé, construit, est-il fini ou en devenir, abandonné ou sous un contrôle permanent? Les casernes militaires ont métamorphosé toute sorte de camps, camps civils, de rétention, de travail, d'extermination. Camp fermé, camp à ciel ouvert, sun city... Mais, dans cette diversité de camps, le camp dans tous les cas sépare. Aux Etas-Unis, certaines "villes du soleil" interdisent l'accès aux jeunes, et tous les vieux qui y vivent ont des vêtements tellement neufs qu'ils dépareillent sur leur peau ridée : il ont néanmoins le privilège de rajeunir. La caserne est aussi dans le désœuvrement,  le rapport non établi entre l'emmuré et le dehors. L'encasernement est l'opération par laquelle aujourd'hui on encadre du personnel et les personnes en général, de telle manière qu'on coupe la relation qu'elles doivent entretenir entre l'intérieur et l'extérieur. Seulement, vivre  en permanence dans un non-lieu, séparé du monde, n'est pas longtemps supportable. De la même manière, France Télécom, à constater par les témoignages l'isolement dont souffrent ses employés, fonctionne et est structuré comme un camp. France Télécom est bien parti pour représenter le modèle de la société du futur, un psychodrame que la SF envisagerait pour le futur, mais qui est à nos portes. Le management a son rôle dans cette histoire, un rôle bien plus structurant que productif. Je me suis toujours demandé si les drh et les ressources humaines étaient payées à l'heure ou au forfait...

(Place de la réunion, Paris 20)

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Photos : © Peter Granser / courtesy galerie Kamel Mennour

A quoi sert le management?

Xpan3bis.jpgDans l'angoisse et à partir des considération du directeur de France Télécom, Didier Lombard, le management est là pour vous soigner, tout le monde s'en doute... Mais on peut aussi en déduire que à l'instar du pharmacon, qui soigne et qui empoisonne, l'hécatombe suicidaire des employés de France Télécom est le résultat direct des méthodes de management qui tendent à détruire la psychée des individus. Le management est-il un poison? un médicament? Une cure? Les nouvelles méthodes de mise en concurrence, l'idée que l'individu est "autonome" et donc qu'il est "nomade", autant que responsable, ont constituées les modifications symboliques et réelles majeures qui ont annoncé une rupture. Celle d'un néolibéralisme à la recherche, non pas du temps perdu, mais de la performance. A force d'organiser et de modifier en permanence une structure, on la désorganise, on la détruit.

1ere cure : le champion agît seul /
Pendant les années quatre-vingt, la figure du champion a été largement élaborée dans les médias (champion personnifié par Bernard tapie et son entrain entrepreneurial). Le champion a été légitimée en permanence dans un pays come le notre complexé par son retard technologique et organisationnel. C'était criant, nous étions en retard et archaîques. Au sein du paysage national et mondialisé, de nouvelles méthodes, rompent par rapport au libéralisme classique et aux méthodes issues du taylorisme. Ainsi, la principale valeur induite par ce dispositif pour lutter contre le rapport de force des collectifs et des syndicats aura été la déréliction, le fait d'être abandonné, livré à soi-même, au sein d'un groupe, d'un trans-collectif qui n'en est plus un, mais qui en garde l'apparence. Tout comme l"'inactif", "l'actif" devient une figure concrête traîtée d'une façon abstraite. Une abstraction gérée par la raison instrumentale, comme un surplus non pas de geste (comme l'avait identifié le taylorisme), mais de présence. Quand la présence physique et psychique sont de trop, il faut doter les instances  de ses structures sociales, d'appareils dédiés au soin de ces formes abstraites, pour la forme comme on dit. C'est dans la mesure où ces formes abstraite ont été rendues mobiles, modifiables, compilables et qu'elles préexistent, non pas en tant que sujet réel, mais comme produit statistique, que le malaise profond de la personne surgît.  Un employé ne peut oublier qu'il reste un homme et ce, en dépit des instruments qui lui fond croire le contraire. Le suicide est l'acte qui dit que la sensibilité lutte contre la raison.

2ème cure : le champion est un objet rationnel insensible /
Lorsque la réalité lui saute au visage, le champion rejete toute responsabilité personnelle. Il doit d'abord fait passer celui qui se suicide pour une personne dépressive. Le processus est toujours le même, il se répand comme une mode. Ainsi, quand le sensible interpelle la raison instrumentale, les rôles se renversent, les appareils quantitatifs doivent se travestir en matériaux qualitatifs. La question de l'exploitation individuelle devient : comment l'objet de la raison instrumentale peut considérer l'autre en tant que sujet? ou bien : comment un être vivant au pouvoir, le pdg de Télécom, peut-il s'humaniser, alors que paradoxalement, il est de fait un homme?  On peut dire que l'entreprise queer a été interprétée maladroitement dans les entreprises. Les effets ne manquent pas de ressurgir, à tous les niveaux...

 

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3ème cure : le modèle du réseau /
Je pense que les conflits actuels sont complètement liés aux phénomènes des réseaux et des perceptions. Aujourd'hui, aussi bien le terrorisme que n'importe qui fonctionne en réseaux. Seules les communautés virtuelles peuvent organiser des batailles géantes de polochon devant le parvis du Centre Pompidou. Peu d'entre nous choisissent de ne pas adopter le téléphone portable ou internet. Dans mon entourage, je connais deux personnes qui les refusent catégoriquement. Cette situation ambigüe divise la personne entre son corps et sa position géographique (la mode des délocalisations sauvages découle de cette perception des choses divisée). Cette division du discernement nous immerge quotidiennement dans un ressentiment individuel et social parce que nous ne savons plus à quelle géographie nous avons affaire, nous ne connaissons pas les effets que nous faisons directement, nous sommes simplement capable d'agir sur le moment, d'actionner quelque chose, mais quoi? Nous ne perçevons que les retours d'actions indirectes, d'effets qui ont perdus leurs causes. Le ressentiment et l'isolement proviennent peut-être de ces divisions, de ces ambivalences? Sur la toile, nous pratiquons cette situation de solitude, mais elle n'a pas encore pris son visage dramatique. Elle est sans cesse détournée par la puissance de l'ubiquité réelle et phantasmée des loisirs, de la consommation en ligne, de la satisfaction directe. La solitude est d'abord vécue comme une satisfaction. C'est une loi de l'apprentissage incontournable que de s'amuser en apprenant. C'est pourquoi aussi, les nouvelles technologies, les choses nouvelles gagent essentiellement sur le ludique relationnel, la satisfaction de soi immédiate. Alors que, plutôt que de dénoncer les effets internes de l'internet (piratages, Hadopi, etc...), on pourrait plutôt critiquer l'internet comme modèle calqué sur nos rapports interpersonnels dans la vie quotidienne. Ainsi, le zapping, qui était le mouvement interactif jadis dédié à la télévision, est aujourd'hui passé dans le monde virtuel du net, pour ressurgir dans la réalité comme réflexe, comme conditionnement dans nos relations réelles. Nous ne zappons pas seulement les émissions, mais nous faisons le programme de notre vie quotidienne et de nos planning de personnels. C'est la possibilité de faire le programme qui a changé en profondeur le sens de nos relations, comme style de vie, et à tous les niveaux de la société.
Si internet est le canal par lequel nous vivons ce sentiment immatériel, il est produit par un dispositif néanmoins ludique et libre. Devant l'élargissement réel d'un dispositif abstrait, la personne "abstraite" tend donc à être  physiquement éjectée du sytème., tout en étant nécessaire à son fonctionnement. Elle en subit physiquement les conséquences. En retour, le sentiment d'abandon, l'impression d'être laissé en porte-à-faux est plus puissant au sein d'une collectivité réelle, élaborée comme un système fluctuant. Cette situation générale en porte-à-faux, inaccessible entre le réel et l'actuel, est inscrite dans le système. Il est le moteur spéculatif de cette situation. Ce n'est ni une éjection franche, ni une intégration réelle, c'est une destruction de la personne comme personne présente à quelque chose, ou à sa tâche. En France, la crainte hiérarchique ne reconnaît pas, alors qu'un certain Taylor fonde  les politiques de l'identité sur la reconnaissance. Les suicides de France Télécom semblent lui donner raison, par la pratique, fût-elle à l'image des injonctions indirectes de la culture d'entreprise.

 

-------------------Les conséquences


4ème cure : le management après avoir empoisonné, soigne /
Alors qu'une hécatombe de suicides touche la société France Télécom, Didier Lombard, son directeur, a pris la décision de donner au management le soin de prendre en charge des comportements suicidaires, de répertorier des attitudes qui pourraient conduire au suicide, au sein de sa société. Je ne vois pas comment le management peut s'approprier une tâche impossible, car il ne peut pas "gérer" à priori cette situation extra-ordinaire. On ne peut pas gérer à priori les suicides, c'est ce qui survient, et donc qui est instantanné, imprévisible. Le suicide est en cela un acte extrême, il sort du prévisionnel. Il serait donc mortifère de le faire entrer dans les tabloïdes. Qui peut imaginer un répondeur vous demandant "Vous voulez vous suicider? Taper 1"...

L'Etat quand à lui, actionnaire de la société réagit en retard. On peut par conséquent se demander si la mort en situation de productivité ne doit pas être, parrallèlement au bonheur, une des conditions du PIB? Le rapport Stieglitz part du principe que la production d'un pays n'est pas seulement matériel mais aussi immatériel, que le bien-être doit être une variable pour mesurer statistiquement le  PIB d'une nation, en terme de bonheur. Ainsi, le mal-être, autant que le bien-être, seraient en France des variables acceptées par l'Etat (paradoxe politique? : L'Etat, qui est actionnaire de France Télécom, a aussi accepté le principe statistique de la prise en compte du bonheur au PIB. Il cherche ainsi à mobiliser l'International de ce nouveau principe humaniste). Rien de paradoxal à l'intermintence et à l'adoption explicite et implicite des deux variables...

Dans une caserne militaire, on considère pour superflu un pourcentage de décès inférieur à 3% sur le personnel, compte tenu des risques que suppose le fonctionnement normal d'un institution militaire en temps de paix. En dépit du fait que nous traversons une bataille technologique avec les nouvelles communications, pourquoi aux Télécom, personne ne s'est mobilisé à partir du moment où les suicides formaient une série? France télécom se considère peut-être à tort, comme une caserne. Mais là, la considération de Télécom vis-à-vis de son personnel n'est pas digne. Comme est indigne semble-t-il, la présence d'antennes relais à proximité d'habitations ou d'écoles. France Télécom n'a pas beaucoup de considération pour ce qui est vivant, son directeur est sur ce point quelque peu troublé. Didier Lombard, PDG de France Télécom, a beau essayer de se rattraper, il ne peut s'empêcher de faire coup sur coup des lapsus, qui restent dans sa bouche des formes de dénis :"La maison a pris un choc. J'ai aussi pris un petit (sic) choc". Il s'est excuse d'avoir parlé la veille d'"une mode du suicide (sic)".

Cette hécatombe extra-ordinaire nous instruit aussi sur le fait qu'il aura fallu atteindre 23 suicides et 18 tentatives pour prendre des dispositions, au regard de la situation. On imagine le déficit de compétence qu'aura le management pour stopper cette situation mortifère. Il maquillera les morts-vivants en êtres satisfaits mais ne changera pas le sens du malaise. La société quant à elle a certainement trouvé son prochain sujet de campagne de publicité dans cette histoire qui semble s'apparenter à un storytelling réaliste (real-storytelling?).

Orange est une société à tendance morbide, qui détruit tout ce qu'elle touche (ses antennes dangereuses pour la santé publique, et maintenant ses suicides). Le management et ses méthodes doivent constituer un débat public, car ces techniques de contrôle et de pression ne concernent pas seulement cette société, mais le monde de l'entreprise dans sa totalité, c'est-à-dire, aussi, de l'Etat français.

Alors qu'on nous parle d'une économie verte à tout bout de champ, on pourrait se demander si on doit continuer d'investir sur du "capital humain"?

lundi, 14 septembre 2009

Libération, l'autoroute à péage de l'information

 

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Sans commentaire!

A partir de cette image symptôme, on peut se lamenter de la forme que prend tout débat public, eu égard à la nécessité promotionnelle qu'il doit prendre, mais aussi qu'elle doit à un moment lâcher, pour toucher le plus de raisons possibles. Mais aussi, on devrait se réjouir de la forme libre que lui promet internet. La presse ne doit pas oublier qu'elle est une nécessité publique qui se fonde sur le terrain de l'espace public, du caractère de publicité du public.

L'enjeu est majeur. Il faut à tout prix embrigader la toile. Derrière toutes les anecdotes courantes, c'est le mot d'ordre pré-électoral. Laurent Joffrin a sa tâche, il la vérifie de plus en plus. Les lois liberticides du net sont au cœur des tours de passe-passe. La voie de péage que doit constituer un internet légitime rassurera ses gardiens, menacés dans leurs intérêts les plus inavouables.

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PS: L'article est paru dans sa totalité dans le Libé du jour. Si la primeure de l'article était réservée aux abonnés Mon Libé+ Première, elle est diffusée le lendemain. On peut relativiser la critique qui soumettrait un journal à deux vitesses. Le constat d'un internet commercial est par contre l'enjeu principal que la presse rencontre, vis à vis d'une l'information qui pourrait éventuellement concurrencer une presse gratuite moins rigoureuse...


 
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