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lundi, 08 juin 2009

L'idéologie écolo-politique

 

Suis assez stupéfait, au lendemain de ces résultats, de la disparition de l'électorat de gauche, qui globalement s'est perdu politiquement, ne pouvant plus s'identifier à aucun parti politique ni voter "utile", semble-t-il (60% d'abstention, combien à gauche se sont résignés à cela, voilà à quel pourcentage devraient se concentrer les instituts de sondages). Qu'est-ce qui fait stagner cette tactique d'empêchement? Se disperser vers les petits partis n’était pas l’enjeu, il fallait jouer tactique et non pas politique.

Si de l'autre côté, la com" ump a fonctionné en silence, avec la retenue des "sages", on retient que ce parti conserve son électorat avec, à la clef, une structure classique de cheminement, un encadrement et un embrigadement si simple que l'électorat ne se pose plus de question (le business à l'UMP consiste à relancer, après avoir baissé la TVA des restaurateurs, chaque professionnel de la restauration, à remplir sa carte d'adhésion UMP. "Donnant-donnant !", comme dirait l'autre). Cet électorat se laisse conduire si aveuglément, devant la crise, que personne ne s'alerte, si bien que  la critique de Kant, dans "Qu'est-ce que les Lumières", est toujours pertinente. Il décrit l'attitude irréfléchie qui consiste à faire confiance à son médecin, à son représentant politique, alors que chacun pourrait très bien se soigner soi-même, devenir autonome, accéder aux "Lumières"...

Comme la gauche est en avance sur la critique et le diagnostic de la crise, la droite et le discours écolo font tout pour faire oublier que les classes sociales existent toujours en Europe et sont toujours efficientes... Une contradiction persiste, elle se réduit à ne pas comprendre pourquoi la critique de la gauche, concernant les dérives des marchés, était depuis longtemps juste pour une gauche certes divisée sur ce point (on peut penser au revirement capitalistique avoué et revendiqué par le PS Delanoé avant l'importation de cette crise. Il a, depuis disparu du débat public), et comment celle-ci n'a pas réussie à conserver cette accuité, sa lucidité contre ceux qui ont récupérés cyniquement ce fond exploitable par la propagande grossière, l'hypocrisie, la duplicité... Seul le PS pouvait rassembler et mobiliser à partir de cette thématique.

souris elysées.pngLa poussée d'un électorat écologiste d'hier montre qu'une idéologie écologiste a fonctionné à plein lors de ces élections, et a mis en second plan le véritable enjeu qui consiste à discuter de la place du social dans le monde occidental, au travers de la crise, engendré par ce capitalisme effréné. Quelle naïveté de croire qu'on peut ralentir l'exploitation des ressources, avec son hymne idiot de "Home".
L'écologie a tué hier la gauche française, et il est formidable que le PS n'ait pas foncé tête baissé vers ces thématiques, qui sont certes, à distinguer du constat que la terre se réchauffe, du fait de la pollution des hommes, etc.

Image 19.png

(un jour avant les élections européennes, Sarkozy s'entousiasme sur Facebook pour Home, le Manifeste français pour défendre l'écologie. Montré à grand renfort internationalement et consultable gratuitement sur le net avant son exploitation en salle (du jamais vu!) , sa diffusion planétaire fait oublier que le film est principalement à destination du vote anti-gauche, anti-PS. On feind aujourd'hui, au lendemain des résultats, de s'en émouvoir, même l'artiste s'en étonne)

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A mon avis, notre éco-système ne pourra plus revenir en arrière, tout combat en ce sens est une illusion. Même si on s'arrêtait tous de produire à cet instant, c'est viscéralement que les générations ultérieures reprendraient la course consumériste, car l'homme a historiquement toujours produit de manière croissante. C'est dans la nature humaine que de faire, d'ajouter, de cumuler ses forces productivistes. Le progrès qui nous a entraîné vers cette abîme est inhérent à notre nature humaine, comme celle de détruire, de faire la guerre pour des raisons encore une fois consuméristes. Comment un pays comme la France peut-il envisager un tournant "écolo" alors qu'il est l'un des 5 plus gros fabricants d'armement nucléaire, anti-personnel, etc...?

Cette fable de l'écologie permet, encore une fois, de diviser les individus, de la aliéner avec une hypothèse hygiéniste réactualisée, d'effacer les contradictions réelles, afin ne pas aborder les questions fondamentales... Une belle propagande qui prend sa source, et c'est assez inédit, à partir des peurs collectives, du no-futur. D'un avenir social sans illusion, d'une société sans société, on ne peut choisir de penser le devenir de la terre sans projection imaginée de cette même société. La globalisation est contre-écologique, mais elle évolue avec la complicité des écolos, qui s'inscrivent dans ce système intensifié de croissance, et d'une régulation de la croissance hypothétique, à construire. Après le Tazer, à quand l'armement bio nucléaire?

Le marché et l'idiotie artistique s'adaptera à cette fable pour la détruire (je pense particulièrement à Home et sa production douteuse), c'est dans l'ordre et la logique des choses. On peut au moins le dire, au PS et en situation de crise, ils ont la chance et la particularité d’être en synchronie parfaite avec le cours et le contexte historique. D'autres n'ont pas la chance d'être autant en osmose avec les phénomènes. L'UMP est déréalisé, plane à 15000, les écolos se battent contre des moulins à vent, etc...

« Home », dans sa forme naïve et son tutoiement infantilisant, a-t-il fait illusion avant cette élection ? Peut-être… A la condition que nous ayons régressé au stade infantile. La caméra de Yahn Arthus-Bertrand est positionnée depuis l'hélicoptère, à hauteur d'adulte. Le commentaire est très espacé, il donne ce côté new age à la séquence… On plane à 30 000, on se laisse guider, sans réaction… Après le trip, on doit aller voter, bonne conscience dans son sac, un peu blafard, pour un des partis écologistes. Nous sommes certains d'avoir fait une expérience inoubliable…

Faire appel à la responsabilité individuelle de chacun n'est pas nous dira-t-on, nous capter par le discours moralisant, ni nous faire culpabiliser, alors que ceux qui ont des billes pour exploiter les ressources terrestres, pour se « gaver » de richesses, n'ont rien à foutre de l'avenir de leur familles, voire même de leur enfants. Normal, ils ont déjà régressé à l'âge du baby. Infantilisés, ils n'ont pas la conscience ni la mesure de leur actes.

Le problème lié à l'infantilisation générale de notre société n'est pas pour rien dans le choix tendanciel assez immature de l'écologie contre le social. Cette dichotomie est fausse, elle fonctionne aujourd'hui comme celle qui s'était substituée, de la même manière, au social, et que Le pen faisait varier autour des thèmes identité nationale/étranger.

Paul Virilio, dans un entretien à la revue Ravages (Paul Virilio, La grande régression, Ravages n°2, Descartes & Cie, Printemps 2009) définit en quelques mots la notion d’infantilisme, comme un retour inexorable vers l’origine, de tous vers l’âge du baby. Le seul retour vers l'origine n'est pas suffisant pour décrire La Régression actuelle. Si on en reste à l’origine, l’infantilisme n’est pas pris dans sa totalité, car ce n'est pas seulement le retour en arrière qui entraîne la relation régressive, mais aussi l'excès de l'être hors du temps, en arrière comme en avant, en deça, comme au-delà de ses limites d'homme. Il n’est donc pas hors sujet de considérer comme état infantile, à l’instar de la régression vers l’origine, la régression vers l’au-delà, vers le post mortem. La considération de zones prénatales et postmortem demeure, semble-t-il et à ce jour, la possibilité de traquer de nouveaux territoires de l’être où seraient mobilisés tous nos comportements pour des fins consuméristes, que la fascination pour des valeurs morbides accompage. L’Etat en fossoyeur avertit favorise sans complexe l'exploitation de ces zones, au moyen des lois, pour la création de valeurs qui ne sont pas dignes de celles de la civilisation occidentale. La politique de civilisation pronée il y a plus d'un an est une politique de régression qui semble complètement assumée.

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