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jeudi, 21 mai 2009

Marchandiser le postmortem et le prénatal

Un sujet semble prendre de plus en plus d'importance aujourd'hui, en pleine crise économique. La finance ayant épuisé tous les terrains disponibles, recherche de nouveaux terrains à exploiter. Seulement, alors que les espaces marchands "classiques" ont été saturés par la logique de financiarisation économique, d'autres zones extrêmes semblent intéresser les marchands financiers qui lorgnent d’avantage vers les industries culturelles. Elles se concrétisent par la création de nouvelles "zones vierges" qui contient la marchandisation systématique du corps.

Ces "zones" sont-elles des solutions à venir?
Deviendront-elles peut-être les ventilations futures que la société marchande devait créer pour sortir de la crise financière? Crise financière qui s'est, encore une fois, approprié des zones d'échanges négociables inédites.

Pourquoi par exemple, l'exposition à corps ouverts "Our body", qui a exposé des cadavres transformés et anonymes pour un spectacle payant, a eu un tel succès public international, alors qu'on traduit en justice pour "recel de cadavre" un individu qui à Aras cachait le corps de son père décédé pour toucher sa retraite? Ce contraste de fait divers montre que le spectacle morbide qui donne une visibilité aux cadavres a semblé obtenir l'adhésion et l'indulgence de la société civile. Mais ce spectacle n'est pas nouveau : « les guerres militaires et civiles montrent déjà des monceaux de cadavres », me direz-vous. Il s'agit donc d'un attrait pour les cadavres de sa propre société. Là est la perversion du regard.

De son côté, Obama a récemment refusé de rendre public les humiliations vidéos et photos produites lors des tortures qui ont été commises à Abou Ghraib. Cette censure paraît justifiée car ces images auraient pu constituer symboliquement, si elles avaient été présentées, l'"annexe" des studios hollywoodiens. On sait que l'intertainement dès septembre 2001 a été sollicité par l'armée américaine pour inventer des scénaries pour la guerre. L'interdépendance de l'industrie culturelle cinématographique d'Hollywood et de la guerre, de la torture aurait augmenté la perversion des spectacles, qui aurait alimenté la marchandisation de la mort. Cette marchandisation a échoué dans le domaine militaire, elle se réfugie aujourd'hui dans le domaine public et de la culture, jusque dans la vie privée, mais elle créee un nouveau marché, celui du prénatal et du postmortem.

samedi, 16 mai 2009

Rachida Dati/Our body (prénatal/ postmortel)

Lorsqu'on regarde les interventions des internautes sur les forums, à propos d'un évènement particulier de l'actualité, je suis frustré de ne pas voir les évènements apparemment éloignés reliés les uns aux autres. Il y a une logique objective inhérente au "système", pour reprendre l'approche et la terminologie de Baudrillard (Le système des objets), qui fait que les évènements aujourd'hui de l'actualité (pris ainsi à leur statut d"'objet") sont très finement liés entre eux, dans une trame qui nous calcule, en tant qu'éléments objectifs (aussi) au système. A partir de ce constat, il ne me semble pas inutile de continuer la "lecture", que la sémiologie moribonde a abandonnée, avec toute la modestie de l'amateur, pour retrouver un peu de cohérence à tout ce système, bien en place, et qui file invariablement sa trame idéologique au quotidien...

Après/Avant

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L'exposition "Our body" défraye la chronique. Aujourd'hui interdite par une décision judiciaire, l'exposition "Our body", au succès international, rappelle le bon vieux temps des "zoos humains" -- où des indigènes des colonies étaient fièrement exposés par l'Etat--, exposition que certains journalistes à Libération comparent aux cabinets de curiosités, pour mieux camoufler le scandale. La polémique a trait au postmortem, à l'après-vie, globalement à la marchandisation des cadavres.

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Rachida Dati lance au même moment la polémique liée à la postnatalité, et au congé de maternité de seize semaines montré du doigts par la Ministre. Mais elle aura bénéficiée des progrès de la médecine de pointe qui réduit spectaculairement la période de récupération, au détriment de l'idée juste qu'on se fait de la convalescence. La polémique a trait au prénatal, à l'arrivée au monde, globalement à la marchandisation de la période de convalescence, au corps qui doit récupérer mais qui doit en même temps aller bosser.

 

Cette affaire R.Dati et du médecin qui a raconté sa césarienne dans un magazine ne fait pas seulement partie du « buzz » et du ragot médiatique, qui désormais devient médical. Aussi, les polémiques récentes qui ont trait aux "zones" de rentabilité prénatale et postmortelle, et ce même lorsque les personnes sont vivantes, n'en sont pas moins scandaleuses (voir plus bas au dernier chapitre, pour plus de clarté et une synthèse "des" polémiques)…

Le docteur Claude Debache donne au moins une information importante, ce en quoi réside l'atout principal de l'intervention que R. Dati a subie. Avec la méthode « gold standard », « la récupération postnatale est beaucoup plus rapide et la cicatrisation nettement moins douloureuse » car on ne coupe pas, on tire les tissus, « au lieu de faire céder aux ciseaux les muscles et les tissus qui font barrages à l'accès au bébé, cette méthode préconise de les écarter manuellement afin de ne pratiquer aucune déchirure » …

R. Dati, en accédant à une nouvelle méthode de césarienne, moins douloureuse et plus rapide, a pu ainsi trouver l'occasion d'instrumentaliser et de culpabiliser des milliers de femmes, qui n'ont pas forcément accès à cette méthode plus moderne, et qui « profiteraient » des congés de seize semaines. L'instrumentalisation politique du congé postnatal est devenu désormais un « problème ».

La polémique survient dès son arrivée au Conseil des Ministres, pour aussi, arranger une image dynamique de l'équipe gouvernementale au pouvoir, qui elle, travaille plus que n'importe quelle autre…

Lorsque R. Dati sort de l'hôpital pour se rendre à son Conseil des Ministres, « cinq jours après » l'intervention, elle semble avoir surmonté héroïquement l'épreuve de la césarienne. Elle soulève à ce moment la question de la convalescence postnatale qui serait semble-t-il, à seize semaines, trop longue. Pour sa part et avec raison, Florence Montreynaud, présidente de l'association des « Chiennes de garde », regrettait « qu'une telle attitude divise le monde des femmes en “superwomen” et “mauviettes”.

En dépit des relents douteux de la presse people, qui peut parfois devenir “ politique ”, l'effet contraire du désir impérial de la surveillance généralisée surgit, contre celui, habituel, qui voudrait enfermer chacun d'entre nous dans la surveillance intime du monde qui lui est proche. De là surgit les raisons cachées de l'instrumentalisation. Et ce médecin fait un acte politique en témoignant.

Pour une interprétation plus large de cette polémique, on peut d'ailleurs retrouver à l'autre extrémité de la naissance, au niveau désormais marketé du postmortel, une autre polémique qui se joue aujourd'hui à partir de l'exposition Our body, sur la rentabilité du cadavre humain, jusque là possible avec Our body, par l'exploitation abusive de la personne anonyme, au-delà même de sa période de vie… aussi bien la pré naissance que la mort sont des vecteurs à reconsidérer du point de vue de la société marchande. Avec la polémique R.Dati sur le Droit au congé de maternité, cette “ zone ” qui s'appelle “ convalescence ” et qui touche la vie prénatale devient à son tour problématique, parce qu'il faut y aller, il faut bosser plus ! ! ! !

Dans leurs analyses et leurs réceptions, les deux polémiques sont souvent réduites à un voyeurisme douteux, or il ne s'agit pas de voyeurisme mais de "ventilation commerciale du corps", autrement dit de manipulation des consciences pour entretenir une culpabilité sociale.

 

(voir aussi sur Rue89 : http://www.rue89.com/2009/05/15/le-gyneco-de-dati-convoque-par-son-conseil-de-lordre)

PS : L'article sur R.Dati et la réunion d'entrepreneurs organisée par Bondy blog me paraît entretenir le malaise communautariste qui va s'amplifier si on n'y prend garde. Car si le débat a lieu avec la communauté des entrepreneurs, il n'y a plus de véritable débat public, les autres citoyens en sont exclus. En France on a toujours un train de retard, alors qu'aux Etats-Unis, la plupart des think thank néolibéraux ferment, les citoyens démagogiques de Bondy blog organisent confidentiellement un soit disant débat sur les directions à prendre pour l'avenir. C'est complètement scandaleux. L'Etat se communautarise. De plus rien dans l'article vidéos et les écrits ne relate les idées évoquées lors du débat. Il ne s'agit que d'impressions psychologiques, de sensations affectives. Ces communautés sensibles me navre.

 
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