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mardi, 14 avril 2009

Warhol au Grand-Palais, un art du portrait contradictoire

L'exposition Warhol au Grand-Palais voudrait relater son approche du portrait. Selon la logique de la thématique de l'exposition, le commissaire de l'exposition considère Andy Warhol comme le réinventeur au 20 ème siècle de l'art du portrait classique, défunt, du portrait pictural. Le portrait, mis à mal par les avant-gardes, aurait été avec Warhol, restauré :

"Il remettait ainsi à l’honneur un genre négligé, en y appliquant de nouveaux codes qui marqueront très profondément l’histoire du portrait".

ou bien :

"Une sélection de cent trente œuvres parmi le millier de portraits qu’il a peint depuis le début des années soixante est ici présentée selon différents thèmes articulés à des moments essentiels de l’œuvre warholien : les Autoportraits, les Screen Tests, Mao, les Dollars, les Catastrophes, la Dernière Cène…, et qui permettent de les replacer dans une vision rétrospective de sa production."

Or, on ne voit pas en quoi "Electric Chairs" figure parmi les œuvres de "portrait", au sens où l'entend le commissaire de l'exposition, Alain Cueff? On ne voit pas en quoi Warhol se serait intéressé au portrait en tant qu'art, ou au portrait en tant que tel. Il considère le portrait en tant que métaphore, et non pas comme un retour en arrière, une reprise presque réactionnaire. Warhol s'intéresse au "fait divers" comme fait social. Ne faudrait-il pas en venir à l'idée saugrenue que Warhol documente sur le statut du "fait divers" dans nos sociétés occidentales? C'est pourquoi justement, "Electric Chairs" n'est pas un portrait, mais une contribution aux portraits sociaux que fait l'artiste, d'une  amérique toujours contredite dans ses valeurs. Ce en quoi répondent à cette chaise les "portraits" plus directs de condamnés à mort, en tant que reflets des valeurs qu'une société évoluée se donne et même, qu'elle pourrait le cas échéant produire. Une société de liberté qui nie ses contradictions, qui dénie par l'exécution exemplaire sa propre violence et sa propre barbarie (le Bushisme) ne peut plus faire croire qu'elle "portraitise" en tant qu'art ses chaises électriques. Le commissaire de l'exposition tombe à pieds joints dans le piège rétroactif que tendait Warhol au monde  de l'art, d''un monde toujours aussi satisfait de ses effets esthétiques. Le texte d'ouverture de l'exposition site entre guillemets le principal dessein  de l'artiste : "faire le portrait de la société". Le procédé est bien peu classique, me semble-t-il. Plutôt moderne, voire sociologique. Warhol reflétait le monde comme un miroir tout en disparaissant à travers lui. Il s'identifiait, en prenant les choses avec distance, dans une attitude d'absorbement, à une machine à faire le vide, où on ne fait plus trop la part de la cause et de l'effet. Qui a fait Warhol? Figure sans nulle part, Warhol a su embrayer et parier systématiquement sur la vacuité de tous les signes. Ce que lui rend bien notre société actuelle qui a totalement intégrée cette situation, où les valeurs et contre valeurs s'échangent : tout peut faire portrait.

Avec un catalogue bâclé, les images du Grand monde d'Andy Warhol sont d'une qualité quelconque. La qualité des reproductions du catalogue sont abjectes. L'exposition Eggleston à la Fondation Cartier montre un même défaut, tant du point de vue du catalogue, que de la qualité de l'exposition. Les cadres sont mal faits, les tirages ne sont pas dignes d'être ceux d'un maître de la photograhie.

images.jpgIl faudrait appliquer à l'exposition du Grand monde d'Andy Warhol le même procédé d'embellissement que Warhol s'évertuait à faire : masquer toutes les infractuosités, enlever le disgracieux, etc... La recherche de la beauté absolue est un but auquel Warhol s'est destiné, mais lorsqu'il a compris que ce n'était qu'une apparence comme une autre, il en a joué, a ajouté comme il se doit, les paillettes. David Cronenberg, artiste de la même veine, arrive avec audace à nous montrer qu'un être dont les traits sont trop gracieux, est surtout potentiellement un monstre (voir La mouche) avant que l'aventure ne commence. Cette approche de la beauté absolue et contredite en tant que telle fascine les artistes.

"Tous mes portraits doivent avoir le même format pour qu’ils tiennent tous ensemble et finissent par former un seul grand tableau intitulé Portrait de la société. Bonne idée, non ? Peut-être que le Metropolitan Museum voudra l’acquérir un jour »".

Andy Warhol

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