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lundi, 06 avril 2009

Warhol en vrac

Warhol est exposé au Grand Palais, mais cette pièce montée ne doit pas cacher une autre exposition qui a eu lieu et qui vient très récemment de s'achever, à la Maison Rouge. Le travail vidéo que l'artiste a fait pour la télévision, pendant les années quatre-vingt montre son esprit en acte. La force de cette exposition fait passer en second plan ce qu'il destinait aux mondanités alimentaires.


Il est vrai que la force de Warhol est d'avoir mis au même niveau, sans principe hiérarchique, les portraits « d'hommes illustres » et d« hommes infâmes ». De même, nombre d'objets tragiques (chaise électrique, crâne) sont avec sa main auréolés de couleurs chatoyantes.

L'importance spectaculaire de ses portraits, exposés au Grand-Palais, ne doit pas non plus faire oublier une exposition plus discrète mais non moins importante, retraçant les séries vidéos que Warhol a conçu pour la télévision (« Andy Warhol TV » à la Maison Rouge, l'exposition vient juste de s'achever). L'esprit de Warhol y est peut-être plus accessible, car la vidéo permet de considérer le rapport et la distance qu'il entretenait avec les choses, les institutions, le business, les relations publiques, ses mondanités, dont il a méticuleusement enregistré tous les faits. Warhol était un « filmeur » de son temps, dans la tradition des « regardeurs » de Duchamp.
Mais l'axe principal de Warhol, et qui était accessible au sein de l'exposition, revient sur le vide et l'inertie d'une dimension qu'il traduisait en dispositifs vidéos. En quoi le vide (existentiel) se camouffle de trop plein, consumérisme, beauté, crème à bronzer…

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De eXistenZ

Arracheur de dents | 19H35 | 04/04/2009 | Permalien

Mes efforts récurrents pour comprendre l'œuvre de Warhol, en observant plus loin que l'image ou en cherchant à déchiffrer un message, se sont toujours soldés par un échec. Pas la moindre émotion, aucune affinité esthétique, aucune harmonie. Juste une vague nausée acidulée, de celles que l'on ressent instantanément en découvrant un porridge rose sur une assiette verte.

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Tu parles du Warhol en général ou d'un travail particulier, de quelle œuvre veux-tu parler ?

Dans une vidéo faite pour la télévision, Warhol s'est amusé à filmer le vestiaire de travestis professionnels, et ensuite, il enchaîne sur les vestiaires d'une Garde Républicaine officielle. Le tout dans le même reportage. Marrant !

S'il fait de la surenchère esthétique, il ne faut pas le regarder d'une façon esthétique, sinon, on se prend à son piège. Derrière l'hyper-réalité du monde, car Warhol dévoile la Simulation tel que J. Baudrillard la voyait, il n'y a que du vide. C'est une « beauté » warholienne, que d'enlever en ajoutant toujours plus d'artifice. Mouvement paradoxal, assez subtil.

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Quand tu découvres « Five Deaths on Orange » (1962) ou Atomic Bomb (1965), n'éprouves-tu aucune émotion ?

Five-Deaths-Eleven-Times-in-Orange-1.jpg
Five Deaths on Orange, (1962)

C'est tellement facile de dire que Warhol était un cynique. Devant « Five Deaths on Orange » (il y a bien d'autres exemples de ce type chez Warhol), on pourrait s'attendre à ce que l'artiste ait été fasciné ou fortement troublé par la banalité que constituait le « motif » de l’accident de la route : thématique relaté par la presse, de façon très automatique.
Warhol était un hypersensible, un émotif incapable de dérouler son texte dans «  La croisière s’amuse “ dès lors qu’il s’agissait de jouer son propre rôle. Il camouflait peut-être cette fragilité sensible par une stratégie et un comportement distancié, froid, sans personne derrière, si je puis dire. A l’instar des journalistes professionnels qui font l’information comme il se doit, ‘ objectivement . Le préalable professionnel de l’objectivité est indispensable pour être légitime. Warhol se l’approprie dans son attitude, peut-être, mais son travail est hypersensible. Ne faisons pas l’amalgame du clown froid et de l’œuvre chaude.
Lorsque Warhol détourne une information banale de la presse quotidienne vers le circuit de l'art, il rejoue la chose, ne fait que remettre en scène ce que la presse, les média font déjà, sans que l’on s’en rende compte. Il fait la pantomime. Les médias de masse sont en plein essor pendant ces années là, Warhol ne fait qu’imiter un processus pop’.
Avec son procédé de surenchérissement, le drame de l'accident est accentué esthétiquement avec la répétition, par l'emploi assumé de la couleur vive, couleur du reste très prisée par la publicité, la mode, le quotidien (les voitures sont aussi de couleurs vives pendant les années soixante), et l’art. William Eggleston choisira quelques années plus tard le Dy transfert, un procédé publicitaire qui accentue les couleurs, pour importer cette intensité colorée au sein même de la photographie d’art.

Warhol voulait peut-être justement augmenter l’impact sensible que l’accident de voiture perd lors de son traitement médiatique. En dehors des média, Warhol s’est fait média au moyen de l’art. Même si Warhol est déjà média (aujourd’hui, Wang Du se déclare à son tour artiste-média ), il se distingue du média de masse. Pour le coup, ici, Warhol agit vraiment comme un artiste.

Si tu n'éprouves aucune sensibilité devant cela, ton préalable’ n'est pas de l'ordre du vécu, mais du petit préjugé, non ? …

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De milou83

neant | 21H17 | 04/04/2009 | Permalien

vous parlez de surenchere esthétique.mais il faut reconnaitre que son art est unitaire,voire universel,mais je pense qu'il a oublier la 3 eme dimension.

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Portrait de indfrisable

à milou83 Portrait de milou83 De indfrisable

01H08 | 06/04/2009 | Permalien

…pour la peinture il reste en deux dimensions. Le vide par contre a trois dimensions, et les autres le remplissent : les vedettes, les dispositifs vidéos, le hamburger, le dormeur. C'est là où Warhol est un génie. Il fait du packaging un art.

Commentaires

L'exposition Warhol au Grand Palais relate son approche du portrait. Selon le fil bien mal tenu du commissaire de l'exposition, Warhol aurait réinventé au 20 ème siècle l'art classique, pour ne pas dire défunt, du portrait pictural. On ne voit pas en quoi "Electric Chairs" figure parmi les œuvres de portrait? On ne voit pas en quoi Warhol se serait intéressé au portrait en tant qu'art, ou au portrait en tant que tel. Le texte d'ouverture de l'exposition site d'ailleurs son principal dessein : "faire le portrait de la société". Le procédé est bien peu classique, me semble-t-il. Plutôt moderne, voire sociologique. Warhol reflétait le monde comme un miroir. Il s'identifiait à une machine à faire le vide, à embrayer systématiquement sur la vacuité de tous les signes. De plus, le catalogue est bâclé, les images sont d'une qualité quelconque.
On peut se demander si la qualité du catalogue n'est pas voulu, en ces temps de crise. L'exposition Eggleston à la Fondation Cartier montre un même défaut, tant du point de vue du catalogue, que de la qualité de l'exposition.

Écrit par : indfrisable | mardi, 14 avril 2009

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