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lundi, 30 mars 2009

Un milliardaire en apesanteur

De la criminalisation abusive des citoyens au tourisme spatial.

Jean Baudrillard dans les années quatre-vingt avait perçu avec acuité les processus symboliques de l'Amérique postmoderne. Une Amérique, source d'un principe inédit de « simulation » technologique mais aussi des loisirs, tels les camps de simulation à ciel ouvert  Disneyland. Dans un pays où cohabite par ailleurs une face plus primitive et sauvage, son côté visible et affirmativement décomplexé demeure l'infantilisme. Baudrillard n’aura pas pu voir de ses yeux, en 2009, la planète entrer à son tour dans sa phase  apocalyptique, où les effets occasionnés par les dérèglements effrénés de la Simulation apparaîssent fatalement. Or, tel Frankenstein, le monstre de la Simulation se venge aujourd'hui de ses créateurs. Il ne fait pas de ses traders des "profiteurs" mais des "victimes" où chacun peut, s'il force un peu le tableau, se reconnaître comme un des leurs.  Le modèle de ceux qui ne se sont pas empêchés de choisir en 2007 la version hard du modèle soft que leur avait distillé Jacques Chirac, grippe. Alors dans un même mouvement, la classe médiatique aussi bien que les Sarkozystes déçus, vanteront sans problème les mérites de l'Etat protecteur, du social, dénoncerons l'impunité du patronat. Plus de contradiction levée, plus de vérité première.

En 1980, le "masque" Disneyland était déjà, dans sa forme "d'effet d'imaginaire", incidieux, car il cachait que toute l'Amérique était "disneyland", et que la planète entière deviendrait un disneyland taille 1/1 :

Disney (effet d'imaginaire cachant qu'il n'y a pas plus de réalité au-delà qu'en deça des limites du périmètre artificiel)...

Dans son livre, Simulacres et Simulation, Jean Baudrillard faisait l’hypothèse que la Simulation effaçait les notions traditionnelles de vérité, de réalité, d’accès au référent des choses. Selon lui, l'illusion dans nos sociétés en général n'est plus secondaire, mais centrale... si bien que la société occidentale planétaire doit, en dépit des débats par ailleurs innombrables sur le voile, inventer des caches-sexe, des masques symboliques, pour cacher que la société entière est ce qu'elle réserve à ses "enfants", à son public innocent, dans des périmètres réservés à l'illusion de ce qu'elle est  en fait partout. Cette crise d'aujourd'hui, dont la cause aura été accentuée par les effets catastrophiques d’une simulation financière portée au fur et à mesure des décennies à son comble, arrive à son stade métastatique, à la destruction de son caractère excessif, arrogant. Une « précession » au réel du simulacre faisait passer la carte avant le réel, comme un programme incontournable mis en place par le monde occidental et la cybernétique, afin que rien qui n'échappe à cette logique des choses ne soit oublié et ne passe que par ce calcul.


images.jpgIl est réconfortant de mettre en balance le processus de criminalisation désormais clairement identifié (basé à partir de modèles programmés, une course au résultat, les quotas...) qui habille la politique de discrimination des citoyens (en France, 570 000 gardés à vue en 2008) et l’exhibition provocante de la richesse des classes socialement élevées, dans le processus de Simulation appliqué non seulement aux modèles mathématiques et économiques des échanges financiers, mais aussi à la vie ordinaire, de la criminalisation abusive des citoyens au tourisme spatial par exemple. Comme si ces limites devaient s'élargir au cosmos, dernier bastion à coloniser et à "merchandiser". En Russie, pour le programme de Station spatiale internationale, un milliardaire américain Charles Simonyi réussit pour la deuxième fois à intégrer l’équipe de vol Soyouz, à condition de participer financièrement au voyage, pour 35 millions d’euros. En dépit de l’anecdote propre au tourisme bling-bling du reste assez répandu, ce phénomène de désœuvrement est une défaite symbolique majeure du temps des loisirs, mais aussi l’effet délétère d’une guerre froide qui perdure en post-guerre froide, au désavantage cette fois-ci des USA. On imagine le milliardaire, appareil photo en bandoulière, casquette de la Nasa visée sur le crâne, esseulé parmi les scientifiques studieux surchargés de travail et concentrés au respect en temps et en heure des observations et du programme à réaliser. Au bout de la navette, un milliardaire en apesanteur, désœuvré, regarde la terre de son hublot, se photographie avec son numérique, joue à « 2001 l’Odyssée de l’Espace ». Le luxe ou le superflu, en ces temps déraisonnables, consiste à infantiliser tous les espaces, même celui qui nous contient.

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