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vendredi, 13 février 2009

Sélection aristocratique pour 95% des candidats

Concours "pour la photographie" HSBC, 2009

Décidément, les valeurs "démocratiques" du secteur privé et notamment de la banque sont bien en mal de répondre, en dépit de la façade, du souci de sélectionner, parmi quelques centaines de candidats, 10 d'entre eux pour le passage devant un jury, en vue d'une exposition. Ce concours, je viens de le rater. C'est une chose. Aussi, je veux rendre public le contenu de mon projet. Une autre est le procédé de sélection des candidats qui me semble complètement aristocratique, dans la forme. L'intitulé du concours semblait aussi large que la discipline : "Fondation HSBC pour la photographie". Or, si j'avais su, sachant que le comité de sélection était le fait d'une seule personne, Directeur du Musée des Arts Décoratifs (où est le rapport avec la discipline de la photographie?), qui prônera, on peut le parier, compte tenue du personnage et de ses goûts tranchés, pour une photographie explicitement homosexuelle, je n'y aurai pas participé, étant de surcroît, mais est-ce la peine de le déclarer, un sale hétéro. Mes photos montraient des usines, des friches, des bordures de routes. Je ne pense pas que Christian Lacroix, dont j'ai de la personne une grande estime, accepterait le "concept". Le concours aurait dû s'intituler, mais on est tout de suite politiquement incorrect : "Pour la communauté gay dont les talents prometteurs font en autre et accessoirement, de la photographie", ou "Pour la photographie de mode"..., ce qui aurait été moins sexy, si je puis dire... pour un concours dont la tonalité est publique.

Voici le motif de mon projet, et quelques images réduites...


Les inquiétantes
familières
.

L’incertitude intellectuelle causée par le sentiment de l’inquiétante étrangeté fait que l’homme se vit sans cesse désorienté. Son mode opératoire est l’ ambiguïté de la répétition.

Dans son livre, L’inquiétante étrangeté, Sigmund Freud relate l’expérience de ce sentiment appliqué à lui-même :

« J’étais assis tout seul dans un compartiment de wagon-lit, lorsque sous l’effet d’un cahot un peu plus rude que les autres, la porte qui menait aux toilettes attenantes s’ouvrit, et un monsieur d’un certain âge en robe de chambre, le bonnet de voyage sur la tête, entra chez moi. Je supposai qu’il s’était trompé de direction en quittant le cabinet qui se trouvait entre deux compartiments et qu’il était entré dans mon compartiment par erreur ; je me levai précipitamment pour le détromper, mais m’aperçus bientôt, abasourdi, que l’intrus était ma propre image renvoyée par le miroir de la porte intermédiaire ». 

Pouvons-nous revivre l’écart, voire refaire l’expérience de cette micro différence par le biais d’une série d’images photographiques ?

A l’instar de Freud qui se découvrait comme un autre personnage à travers le miroir d’un train, une perception inquiétante diviserait le monde en deux. Tout comme se divisent de plus en plus les choses, les expériences, les appréhensions, devant la démultiplication des technologies reproductives de plus en plus radicales. Le réel se reflète à travers une profusion d’images. L’inquiétante étrangeté est aujourd’hui en relation avec l’ordre de la simulation, parce que le réel est toujours là, mais insaisissable. Si le simulacre précède la réalité, il faut jouer avec les deux termes.

La photographie répond à une angoisse de castration. L’appareil photo d’une certaine manière encadrant, « voit » à la place du regard. Il renvoie à l’angoisse de la perte de la vision. A l’angoisse, ajoute Freud, qui fait que « beaucoup d’adultes (…) redoutent aucune lésion organique que celle de l’œil ».

Le motif du double m’intéresse, d’où les paires. Il m’intéresse d’autant plus qu’aujourd’hui, la fiction envahit notre quotidien. Les stories se substituent aux éléments de la vie ordinaire de telle façon que presque rien ne distingue un fait de fiction d’un fait-divers. Nous avons tellement intégré les médias que, quelque part, pour chacun d’entre nous, un « flic » est quelqu’un qui, armé d’un pistolet, tire à tout bout de champ, alors qu’en fait c’est un préposé qui doit verbaliser chaque jour son lot d’infractions au code de la route. Avant même leur caractère vécu, les évènements sont racontés, narrés dans une mise en scène permanente qui incite au fantasme fictionnel.

Les photos de cette série ont étés prises lors d’un voyage de vacances vers Pise. Ce sont des photos de bord de route. Tout comme la photographie d’art dans les musées se distingue de moins en moins de la photographie de vacances. L’art se raconte jusque dans les sitcoms, et trouve son statut d’art grâce à son audience. Ces micro-écarts entre la fiction et la réalité (la télé réalité en est un des modes opératoires parmi d’autres) sont peut-être à expérimenter avec la photographie et l’inquiétude procurée par l’idée qu’on se fait du monde ordinaire et sa reproduction photographique. 

A partir d’une image initiale, sorte de photographie dynamique, qui induit un axe symétrique, se déploie de chaque côté des « paires » qui sont les réminiscences des images entre elles. Au fil de l’exposition, le spectateur croit avoir déjà vu telle image, qui pourrait lui être en même temps proche et lointaine, semblable à ce qu’il a déjà vu, au sein de la série et de sa mémoire. Cet axe symétrique part du centre de la série, ce sont les inquiétantes familières.

On peut donc faire l’expérience avec cette série, c’est mon hypothèse, de l’inquiétante étrangeté, au niveau du contenu de chaque photographie, mais aussi à travers le dispositif d’exposition, dans la relation qu’il est possible d’établir entre les images, entre les paires. 

 

Image5.jpg

 

 

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Je pose la question à l'Institution des critères légitimes de la sélection, pour ce concours ou un autre, avec ma naïveté habituelle. 

Mail envoyé à l'assistante de direction du Jeu de Paume

"Madame, 

je mise sur la responsabilité des Institutions publiques et du Jeu de Paume pour évaluer à sa juste mesure l'organisation d'un concours public dans la discipline de la photographie, afin que vous puissiez me renseigner sur la validité d’une évaluation pour la promotion de candidats photographes à exposer. 
J'ai effectué le concours "Prix HSBC pour la Photographie" et, pour la sélection 2009, je n'ai pas été sélectionné. Mes questions, au-delà de mon ressentiment, concernent l'organisation du concours.

1/Est-il légitime que pour un concours de photographie, le jury soit constitué d'une seule personne pour la présélection (pour ne pas dire « l'écrémage ») de 500 personnes, alors que la concertation autour d'un groupe de spécialistes de l'art de la photographie aurait été, me semble-t-il, plus objectif pour évaluer chaque candidat. Je cite le règlement  interne au concours :

"Le Comité Exécutif sélectionne les deux photographes lauréats de l'année. Il est éclairé dans ses choix par un conseiller artistique, qui assure une première sélection d'une dizaine de dossiers parmi les candidats de l'année, puis les soumet au Comité, dont le vote se fait à bulletin secret."
Agir ainsi n'est-il pas mépriser d'emblée les 490 travaux qui passent à l'as, avant une concertation plus "sérieuse"?

2/ Est-il aussi légitime que, pour un concours de photographie, la personne chargée de présélectionner un groupe de 10 personnes soit un styliste, un spécialiste de la mode, qui 
n'a, à priori, pas la compétence appropriée pour juger de la qualité des travaux, dans le domaine de la photographie?

Ce mode de sélection montre qu'il y a une inégalité de traitement des candidats, dans la mesure où une première sélection n'est faite que par une seule personne, qui n'est pas forcément au fait de l'actualité de l'art de la photographie. Cette personne provient en effet du monde de la mode et du textile. J'aurai certes pu déterminer avant les risques d'une telle sélection, lisible dans les règlements du concours, mais je vous demande ce que vous en pensez, en considérant que la question du choix de l'artiste à exposer est un enjeu qui vous concerne aussi, et qui semble, de surcroît, toujours difficile.

Je me tiens à votre disposition pour d'autres informations concernant ce concours, qui me semble, après-coup, biaisé…

(voici le règlement interne du Concours 2009 : http://www.hsbc.fr/1/2/fondation-photographie)

Je vous prie de recevoir Madame, toute ma considération."

Je vous tiendrai au courant de la suite.

Le ressentiment ironique que j'ai m'est solidement ancré.

 

 

 

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