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samedi, 10 janvier 2009

Les jours et les nuits.

(réponse sur le blog "Les jours et l'ennui" de Seb Musset, à l'article "M6, pour un monde presque parfait") 

Idéologie et M6 

Si M6 n'a pas été vraiment calculé par les politiques, est-ce qu'on peut expliquer cet "oubli" par la faible audience de la chaîne M6 par rapport au mastodonte TF1?

M6 ne semble pas constituer une part de marché considérable par rapport aux autres chaînes, mais comme tu le dis, ce phénomène de vie pratique s’est propagé même au sein du service public : France 2 diffuse vers 19 h 30 Service minimum, du transfuge Julien Courbet.

Quelle est la part décisionnelle du choix programmatique ? l’audience ( ?), un phénomène qui ferait apparaître un contenu quelconque mais bankable ? (ou) le politique dans les choix programmatiques et la définition des contenus, pour un dessein idéologique ? Sarkozy appuie certes sur le point sensible de la politique idéologique quand il décide de nommer les dirigeants principaux des télévisions publiques selon ses goûts et ses intérêts, car il sait que sa séduction passe par une narration permanente, qui doit utiliser la fiction et les images, les talk shows et les séries, donc les écrans. Mais, convaincu que la télévision est un médium en crise, il sait aussi que sa propagande est, à l’avenir, en crise. Car c’est la publicité et son contenu (le monde connoté outre-atlantique et ses valeurs individuelles) qui fonde la sensibilité des goûts du public le plus large. C’est d’ailleurs sur le versant du net qu’Obama a remporté les élections en contre-attaquant sur le fait que les conservateurs pouvaient être convaincus avec les arguments qui passaient certes via la télévision mais surtout sur le net. C’est pourquoi Sarkozy a bien comprit qu’il fallait d’ores et déjà diaboliser à tout prix le net en faisant revenir à l’écran télévisuel toute une population inquiète de son régime, qui serait curieuse de l’offre internet. Les récentes campagnes du gouvernement contre les rumeurs dont serait coupable internet, induisant un comportement sans morale ne sont là que pour orienter les citoyens qui se sentiraient un peu moins consommateur, vers le bercail, vers la télévision unique. Cet outil est d’ailleurs très bien autonomisé dans les Darty et Fnac, comme télévision à part entière et non comme ordinateur avec télévision intégrée. Pour le gouvernement, il faut rétrograder les progrès, vers une séparation des outils maximale, à l'ère de la concentration numérique, qui prend une signification transgenre. Et comme chacun sait, les queers marquent aujourd’hui une transgression sans précédent au sein de l’espace public.

Si les codes d’une génération jeuns’ n’ont pas été complètement intégrés par les principaux dirigeants politiques, on peut se demander si c’est seulement pour des raisons économiques qu’un directeur de programme choisit un créneau consumériste ? Les choix semblent se vérifier à l’humeur de la conjoncture, par le biais de sondages permanents mesurant les courbes d’intérêts des publics en fonction d’une actualité de plus en plus pesante. Pour le service public et le marketing, en ces temps de crise, le citoyen de 19 heures se réduit à un consommateur avide de soldes, qui recherche à tout pris l’augmentation de son pouvoir d’achat non pas de la part de son entreprise, mais avec les petites combines et le système D qu’il peut dénicher à droite et à gauche. Ce consommateur en aurait marre aussi de se fader tous les soir l’humour ringard de Laurent Ruquier et surtout son approche critique des sujets de société qu’il aborde mine de rien. Chez Courbet, la recette est facile, comme pour la plupart des magazines : saupoudrer un maximum d’intervenants et de chroniqueurs insipides, passer deux minutes par sujet abordé, faire interagir deux secondes les téléspectateurs. La soupe est prête. Mais fatalement, on oublie le lendemain totalement ce dont on a parlé la veille. Pour contrôler après coup la validité d'un programme télé, il est tout simple de chercher à y penser quelques jours après. Si on ne se souvient plus de rien, c'est que ce qui nous paraissait intéressant sur le moment était tout bonnement vide de sens. Le jours et les nuits sont nécessaires à l'appréhension de notre quotidien, car notre inconscient sélectionne ce qu'il faut aussi oublier. Il semble qu'ici réside la défense la plus souveraine de la personne. Comme jugement désintéressé, comme part maudite et comme reste de l'individu consumériste pris dans le système.

La tendance « vie pratique » vise globalement à renfermer les familles et les célibataires vers l’espace de leur vie privée, car tout ce qui est valorisé par les discours politique et médiatique se contraint à la réussite individuelle par le travail, l’enrichissement personnel (les fruits de son travail fait que même un faible salaire est une réussite et un enrichissement), et la réalisation de soi. Cette fixation de l’individu hors du monde pour loucher vers son foyer et son espace privé a été intégré aussi bien par Ségolène Royale que par Sarkozy. Il n’y a eu aucun différentiel discursif de part et d’autre, sauf sur les contenus, à la limite. Même Royale parlait à l’individu, le tutoyait quelque part comme le discours économique le fait en séparant l’individu de son collectif. Le tutoiement politique n’est pas seulement familier, c’est un conditionnement. Il fait qu’en oubliant dans la formulation politique l’appartenance à un groupe, la responsabilité se restreint à la personne pour ce qu’elle fait et ce qu’elle mérite. La valorisation permanente du foyer (lardons compris) est le moyen par lequel on conditionne chaque consommateur à oublier qu’il fait de toute manière partie d’un groupe dont il n’a pas conscience, parce qu’on ne lui donne pas les moyens de l’atteindre. La réponse collective qui doit être faite pour se réorganiser et développer un discours collectif ne peut plus passer par la télévision et la « vie pratique », nous le savions depuis longtemps, mais il se fait en tout les cas sur le net, en dépit des multiples attaques et campagnes de propagande qui tendent à diaboliser ce médium, comme l’est en définitive toute apparition inédite d’un nouvel organe de communication au sein de l’espace public. 

Pour les politiques démagogues, la bonne audience de n'importe quelle chaîne de télé est le réservoir potentiel d'une catégorie sociale de citoyens isolés à divertir. Car la politique est devenu presque intégralement un programme de divertissement culturel aujourd’hui. C’est du moins le sens du message que cherche à nous faire entendre une grande part d’un monde politique désemparé devant la crise qui s’annonce furieuse. La propagande du manuel qui en porte le nom, d’Edward Bernays, est l'art de faire adopter une position parmi une offre restreinte, alors qu'il en existe de multiples possibles, pour faire adopter une cause avec des raisons consensuelles. Cette "propaganda" cache toutes celles qui s’en différencient. Il faut donc penser à la multitude de possibilités qui existent mais qui ne sont pas aujourd’hui actualisées pour sortir des choix binaires et "stright".  

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