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lundi, 05 janvier 2009

"Barthes, barbé par la Chine de Mao mais muet sur ses doutes"

(A propos d'un journal de Roland Barthes inédit qui doit sortir en février, et qui relate sa visite en Chine avec le collectif de la revue Tel quel, cf, Rue 89).

Roland Barthes : « Ce 1er mai donne paradoxalement l’imagination terrifique d’une humanité luttant politiquement à mort pour … s’infantiliser. L’enfant serait-il l’avenir de l’homme? »

images.jpegBarthes semble reprendre le rapport ambivalent de la notion d’idéologie que donnait à cette époque Louis Althusser. Pour ce dernier comme pour Barthes, l’idéologie augure un caractère régressif semble-t-il, car elle doit prendre en compte la dimension inconsciente de l’individu, et pas seulement sa conscience. L’idéologie est « la forme d’inconscience et de conscience (reconnaissance et de méconnaissance) dans laquelle les individus vivent imaginairement leur rapport à leurs conditions d’existence » (cf. Louis Althusser, Pour Marx, Avant-propos d’Etienne Balibar, La découverte, 1996).

La mise en spectacle un « 1er mai » d’une idée a pour effet de révéler le rapport de la vie inconsciente générale à la signification donnée consciemment du sens officiel de l’événement. Ce qui est du ressort de l’inconscient, c’est le kitsch qui passe par la régression de masse. Mais de quel événement parle Barthes ? Du statut du kitsch dans la société occidentale, ou bien de la Chine et de son kitsch local ? La forme kitsch serait donc l’idée générale mise en scène par la commémoration dont parle Barthes, et peut-être le principe général de toute commémoration ? Le kitsch a tous les atours de l’universel.

Faut-il être à l’extérieur pour le détecter, sans y participer pour autant, en spectateur incongru, comme un martien qui viendrait dans un nouveau monde? Le contre sens fatal du dispositif montre sa propre funesterie, car il est bien contradictoire que l’inconscient soit une forme collectivisée du psychisme. La mise en scène et le caractère généralement kitsch du spectacle de la commémoration est plutôt le signifiant de la régression générale, comme le constate Roland Barthes. Il renvoie à notre époque au kitsch technologique et au kitsch esthétique que la Chine a dû déployer lors des derniers JO  : fausse chanteuse mignonne, décors poussés au paroxysme de la fausse présence. L’ouverture d’un spectacle sportif politiquement nul permet au kitsch le soin de pousser la régression au niveau de la présence de tous les chefs d’Etats lors de l’événement, infantilisés à leur tour, comme des enfants sauvages, avides de cruauté légitime…

 

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