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mardi, 16 décembre 2008

Je me sens bien en solde!

Profusion et abondance sont deux termes qui nous dépossèdent de notre existence. Plus ces valeurs dans notre société prennent de l'importance, plus elles se redoublent paradoxalement de pauvreté et de misère. Profusion, abondance, misère et pauvreté sont inscrits dans un même système. Malgré la menace permanente qui gronde, le dilemme et la culpabilité médiatique se traduit par une succession d'émissions sur la pauvreté, les sdf, les conditions difficiles qui sont données pour s'en sortir. Nous entrons dans la dimension de survie. Le service public se sent concerné, il doit se positionner pour se justifier quelque part, en saison frugale, quant au tabou social de la misère, et non de la pauvreté. La pauvreté est un domaine quasiment ignoré par les médias, qui donne à ce domaine son exclusion au sens propre, mais elle fait partie du fonctionnement et de la gestion des peuples, aussi bien que de la grille des salaires globale. Car il est bien plus facile de s'apitoyer sur les sdf, les dépressifs et les déviants, que d'analyser les pauvretés qui sont constitutives du système économique. Et si les travailleurs, les employés sont revendicatifs, les médias sont là pour leur rappeler qu'il sont à terme visés par le chômage, et que donc, il leur reste encore à profiter du show terminal pour les fêtes. La dépense constitue notre part maudite, ce dont nous ne pouvons pas nous débarrasser, comme les "exclus dans le système" (à différencier des "exclus en dehors du système", c'est la misère) constituent la part maudite du monde du travail, des travailleurs pauvres qui n'auront jamais accès à l'ascension sociale. L'information elle aussi n'a plus de limite. Elle est l'ordinaire des articles consensuels alors que des faits singuliers peuvent avoir une bien plus grande valeur symbolique qu'un discours automatique de chef d'Etat. On peut dire que dans la série des événements singuliers, la paire de chaussures lancée contre Bush cette semaine est la suite du coup de boule de Zidane lors du Mondial 2006. Contre toute attente, un journaliste et un sportif réagissent promptement. Seulement, à la différence de Zidane, déjà très célèbre lorsqu'il se fait insulter et qu'il réplique, le journaliste de Bush devient célèbre sur une grande partie de la planète, comblant l'attente mondiale et inconsciente d'un "lynchage médiatique" de Bush qui n'a pas tout à fait eu lieu, au regard des conséquences humaines des guerres en Irak et en Afghanistan, pour une justice plus naturelle. Il y aura eu combien de civils assassinés par le fait des opérations américaines, par la faute d'un président américain poussé aveuglément par la pulsion revancharde sur la courbe d'un "axe du mal" moins avide de nécessité de justice que de populisme? La guerre en Irak était un excellent argument électoral pour une Nation revigorée, parce que maintenue dans la peur. L'esprit de réussite et de diversité tranchent avec les "scènes de ménage" impromptues aussi bien de Zidane que du journaliste anonyme devant un chef d'Etat qui part.

La consommation d'événements symboliques et singuliers passe aussi dans les discours, les slogans. Car ceux-ci d'une part lassent et dénotent par rapport à une actualité différente. La valeur par le "paraître" n'est plus assez sexy aujourd'hui pour "s'émanciper" par la liberté d'achat. Avec la crise, il faut ajuster une économie de crise, car, comme les chômeurs, la crise se fait récupérer dans le système. Si bien que célébrissime "parce que je le vaux bien" de Loréal n'est plus vraiment opératoire aujourd'hui. Il faut le re-générer par autre chose, un slogan inversé, sans marque; à se dire pour soi-même : "je me sens bien en solde!". La valeur bling bling se renverse, pour les fêtes, en modestie, car il sera très bientôt dangereux d'arhborer ses richesses sans sécurité. En dépit de l'effort qu'ont les grands magasins de la capitale pour séduire des yeux d'enfants qui à leurs tours séduisent les adultes, les grands magasins sont la cible non seulement du marketing mais aussi du terrorisme international, semble-t-il. La frugalité consumériste se raconte aussi dans la "société du risque", car le consommateur éprouvera peut-être un sentiment héroïque, lorsqu'il rentrera chez lui, avec des cadeaux. Les chevaliers, les consommateurs se rencontrent à cet endroit, enrubannés de produits soldés, comme nous le seront tous tôt ou tard.

 

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