Avertir le modérateur

samedi, 13 décembre 2008

Sur le média-training...

(A partir de la note publiée par Seb Musset, sur son blog...)

Le principe de "simulation" décrit par Jean Baudrillard pendant les années quatre vingt est toujours aussi pernicieux. La "précession du simulacre" renverse le rapport à la réalité. En sorte que le produit de la simulation c'est la réalité du monde. Et le média-training est non seulement la technique mais l'idéologie qui filtre toute critique intelligente. L'expérience anodine de l'homme politique, de ses pensées les plus apparemment intimes, est le produit de tout un arsenal technique, qui fait que même si on a une conviction, on est obligé à terme de la "dépasser" par son contraire, ce qui n'est plus un dépassement mais une trahison de sa propre pensée. Le motif d'action des hommes politiques doit être médiatisé par ce qu'ils ne savent pas faire : se mettre en connection directe avec des citoyens désorientés. Ce problème vient à point nommé au moment où les civilisations déclinantes et leurs responsables demandent aux "sophistes", qui sont aujourd'hui les publicitaires et autres storytellers, de l'aide pour augmenter l'aura de leurs discours, parce qu'ils ne savent ni quoi dire, ni quoi penser du monde.

Les discours techniques cachent ce fond inavouable de cette perdition. Quand le PS et Maire de Nantes Jean-Marc Ayrault (entendu sur Le rendez-vous des politiques de cette semaine sur France Culture) insiste sur la relance en terme d'offre, compte tenue de la concurrence, je crois qu'il dit quasiment le même type de propos que Christine Lagarde : que la logique économique prime avant toute chose. Et l'économie ne servira jamais la société civile, tant qu'elle sera détenue par les intérêts privés. Ce principe de "transfert des intérêts" dirons-nous, est rarement rappelé du fait du caractère ambitieux des attitudes.

Si le discours politique est dans son ensemble produit par la publicité, dont Walter Benjamin affirmait au début du siècle dernier que le slogan dans nos sociétés industrielles avait remplacé le proverbe, il faut écouter longuement les personnages de la scène politique, et à travers chacun d’eux, percevoir les mots qu’ils répètent pour affirmer leur idéologie, pour aussi se distinguer les uns des autres. Pour Rama YADE, il s’agit du mot "liberté", par exemple. Le mot "tombe" dans le discours et semble incongru. On peut supposer qu'une foire occulte aux média-trainers a lieu à la porte de Versailles, qu'elle rassemble tous le personnel politique lors d'un congrès extraordinaire, et qu'elle distribue un mot "fort" à chacun d'entre eux comme on distribue des cartes à jouer. Tout paraît clair, chaque homme et femme adopte son mot et se distingue sur l'échiquier politique. C'est ce qui donne le côté ludique de la chose, très jeu de société. L'ironie et le cynisme proviennent peut-être de cette connivence généralisée. De ce petit monde qui s'auto protège en donnant l'impression de se combattre.  

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu