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vendredi, 28 novembre 2008

Mauvais mauvais goût


"Art contemporain, le triomphe des cyniques"

Plasticien et conférencier en histoire de l’art, Olivier Jullien dénonce la déferlante des oeuvres de Jeff Koons, Damian Hirst, Jan Fabre, soutenues par leurs riches collectionneurs et la complaisance des musées, et s’étonne, dans une tribune du Monde, du silence des journalistes, des artistes, du public.

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On ne peut pas non plus définir des catégories par trop générales de l'art contemporain. Tout n'est pas nul.

Mais le snobisme que les grandes institutions ont à l'égard de certains artistes au top du hit parade des valeurs révèle une distinction à établir entre les "artistes phares" des "artistes stars", récupérés pour beaucoup d'entre eux parce qu'il sont déjà célèbres.

On peut avoir un haut-le-cœur en réalisant que toute l'histoire de l'art est constituée d'un mélange de génies, de très grands talents, et de médiocres tâcherons. Seulement, sommes-nous capables de faire la différence comme « regardeurs », quand c'est l'institution et le marché de l'art qui décrètent la valeur de l'œuvre?

La valeur de "l'œuvre prestigieuse" vient alors perturber le bon ou le mauvais goût, car il est certain que ce qui trône à Versailles fait partie du mauvais goût. Encore faudrait-il revoir la posture du "mauvais goût" en "mauvais mauvais goût", car ce qui passe de bon goût à Versailles, ce qui passe de bon goût avec les journalistes-courtisans qui s'emparent de l'art contemporain pour le justifier aux yeux des institutions dans le circuit international de l'art global (je pense au site Délire de l'art d'Alexia : http://deliredelart.20minutes-blogs.fr/),  reste du ressort du "bon goût".

Le fait actuel de l'art contemporain revient à dire qu'il faut de toute façon revoir le terme. "Art contemporain" ne veut rien dire, le terme occulte à mon avis les "mouvements" qui ont été remplacés par les "tendances"et que les Avant-gardes historiques auront cherché à fuir au maximum, celui du piège de la beauté et de l'attitude esthète contrastant presque avec la violence ordinaire du monde.

mechanicalpig419_0.thumbnail.gifIl est assez satisfaisant de voir le porc de Paul MacCarthy au sein la collection Pinault, dans la mesure où la présence de cette œuvre peut déranger par sa vulgarité flagrante, le bon goût des néo-bourgeois qui se rendent dans les institutions les plus prestigieuses. Je ne sais pas si les sculptures de Mac Carthy auraient pu franchir la censure de l'ancien Ministre de la Culture et commissaires d'exposition au Château de Versailles, Jean-Jacques Aillagon. De ce point de vue, les performances vidéos de MacCarthy sont aussi moins classes.

Même si la "critique artiste" nourrit l'appropriation néolibérale, il reste quand même à certains artistes, par l'effet d'aberration que les œuvres contiennent, la possibilité, d'être "récupéré" certes, mais tout en restant critique. Sinon, les installations "esthétiques"se fourvoient dans le conformisme de notre époque de Restauration des valeurs.

jeudi, 20 novembre 2008

Selon Nadine Morano, "Internet peut être un outil dangereux"...

«Internet peut être un outil dangereux, celui qui se trouve derrière l'écran peut-être un prédateur» (Nadine Morano, novembre 2008)

On retiendra sur l'affaire de pédophilie qui mettait en cause un prédateur et une fillette férue de chat ce morceau d'anthologie...

Encore un déficit d'analyse de la part de notre Ministre. La confusion faite à dessein, à mon sens, pour criminaliser l'usage de l'internet, produit l'amalgame entre l'outil et le comportement des personnes qui l'utilisent. "L'internet est un outil dangereux" ne veut rien dire.

Remplaçons par "bonbon" le mot "internet". "Le bonbon est un objet dangereux pour les enfants en bas âge"... car il permet aux pédophiles d'atteindre leur but" devient une proposition absurde.

Le Ministre de l'Education Olivier Darcos fait exactement pareil en instrumentalisant le blog en général comme étant la cause de rumeurs volontaires.

A l'instar d'Alain Finkielkraut qui affirme dans Répliques que "France culture n'est pas un blog!".

L'internet est de concert, la cible de nos élites. La population ordinaire est encore une fois de plus criminalisée par le biais des nouveaux médias, que tout le monde utilise. Il faudrait savoir. D'un côté on développe la modernisation et la démocratisation de l'accès à internet. Eric Besson a sorti très récemment un rapport dans le cadre d'une prospective pour mettre au niveau la France par rapport aux autres pays européens pour développer son parc des usagers connectés. Et de l'autre, on racornit son usage, on criminalise le média. Quelle est, définitivement, la position du gouvernement par rapport à internet? Dire noir et blanc en même temps, est révélateur de l'improvisation manifeste du point de vue gouvernemental et d'un manque de pensée politique à l'égard des nouvelles technologies. Ce n'est pas moi qui le dit. Bernard Stiegler, sur Ars industrialis, vous expliquera beaucoup mieux que moi une situation misérable de la perception de l'internet par les pouvoirs publics.

Mais on peut supposer aussi que ce concert de propos auquel nous assistons provient de la science des relations publiques (l'ancêtre du marketing), dit aussi de manipulation de l'opinion, de la propagande démocratique.

Edward Bernays, neveux de Freud, a mis en place au Etats-Unis cette pratique qu'on peut résumer à quelques trucs :

"De nombreux concepts aujourd’hui connus et banalisés seront testés : distribution massive de communiqués, appel à l’émotion dans des campagnes ciblées de publicité, recours au cinéma, recrutement ciblé de leaders d’opinion locaux, mise sur pied de groupes bidon (par exemple des groupes de citoyens) et ainsi de suite."

...très clairement visibles dans notre cas d'étude.

mercredi, 19 novembre 2008

Relations perverses du marketing, du management au sein du travail, de la vie privé, de l'état...

La crise actuelle qui a émané de la bulle spéculative immobilière et de la crise des subprimes semble difficilement interprétable. Un peu comme l‘événement du "11 septembre", les journaux et experts émettent à profusion des analyses pour comprendre ce qui est arrive après le crash, mais aussi avant. Il semble que, à l'instar du "11 septembre", le clash de la crise financière est surtout l'occasion de reprendre en main le contrôle de la réalité. Car à partir de ce qu’a révélé Luc Boltanski, dans son travail de sociologie des cadres par exemple, ou de la division des classes sociales entretenue de façon subtile : la principale domination idéologique néolibérale consiste à « dire » la réalité, à la faire advenir comme inéluctable. Ne serait-ce que pour la renforcer encore plus dans un fatalisme entretenu et circulaire, et que les médias, associés aux pouvoirs se chargent de prolonger dans une perception du monde commune et complètement construite. Ce fatalisme prend comme point névralgique la peur. La crise voudrait plonger chacun de nous dans la peur. C’est à partir de cette fable que nous devons nous positionner en tant que citoyen éclairé, des méthodes constructions et de réduction de la réalité par le monde économique et politique, voire l’état, dans sa fonction « naturelle ».

9782350960166.gifWendy Brown montre très bien par exemple que la critique de gauche  américaine (et française, pour peu que l’on prolonge son analyse à notre pays) dans son ensemble amalgame dans son analyse du néolibéralisme le néo-conservatisme ( cf. Wendy Brown, Les habits neufs de la politique mondiale, néolibéralisme et néo-conservatisme, ed. Les prairies ordinaires, 2007). Cet amalgame réduit la description et les choix stratégiques pour combattre efficacement le néolibéralisme car c’est un mouvement complexe.

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Qui a dit que le blog en général était un espace de vérité?

A propos de l’intervention de D. Darcos à l’Assemblée nationale, au sujet d’une moralisation des blogs et de l’internet contre la malveillance et la rumeur.

En quoi le média "blog" est-il moral?
Ce sont les journalistes qui disent la vérité sur le monde, non?

Les blogs ne sont pas les seuls espaces de désinformation, et heureusement que les gens se trompent, laissent traîner des rumeurs volontaires ou involontaires. Il faut encore plus de rumeurs et de vérités mélangées, car c’est aux personnes de se forger leurs opinions.

Sarkozy était peut-être une grosse rumeur.
Difficile à démêler, comme de faire la différence entre argent propre et argent sale. Internet est l'enfant du néolibéralisme, il n'est pas moral, comme lui...Il est par conséquent ridicule de chercher à le moraliser. Non, le but de ses discussions, c’est de contrôler derrière chaque écran, le comportement de chaque individu. De faire peur, d’intimider.

Blog et espace démocratique.

Chercher moraliser les blogs, alors qu’il y en a des millions, c'est aussi faire mentir la démocratie telle qu’elle est. Car l’espace démocratique est ce qu’il est, à tort ou à raison. Il n’est pas à définir. Sinon, on commence à exclure. La démocratie ne doit exclure personne de sa capacité à s’exprimer, car elle doit tenir compte de la totalité du monde, dans sa dimension universelle. La mondialisation sur internet, à l'inverse, ne cherche pas à atteindre cette utopie qui consiste à absorber la totalité du monde, alors qu’elle en a les moyens. Elle aurait pour tâche de sélectionner, comme le voudrait le Ministre de l’éducation D.Darcos, les bons des mauvais bloguers, elle aurait pour tâche infinie de classer. Ce que disait Michel Foucault du caractère spécifique de la modernité d’ailleurs. Seulement avec les nouvelles technologies de l’internet mais aussi des nanotechnologies, et le fait que la réalité du monde passe obligatoirement par sa médiatisation, nous sommes entré dans une postmodernité médiatique qui garde néanmoins sont caractère de modernité du point de vue du classement, de la surveillance et de la norme. Qui a vu un flic tirer ailleurs que dans un film policier ? Peu de gens en fait, on les voit tous les jours verbaliser des automobilistes criminogènes.
La mondialisation est à l'opposé des valeurs universelles, même si on doit les critiquer aussi.

Qui est légitime pour dire ce qu’est un blog ? Personne.

mardi, 11 novembre 2008

Allégorie de l'image

A partir d'une image de Pierre Joseph, "La naissance de l'image". Ouverture, Château de Bionnay, Bionnay (France)1996 Tirage cibachrome 80 x 120cm, pour un "Catalogue perceptuel.

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(Pierre Joseph)

La "naissance d'une image" induit-elle son "enfance", suivie d'un lent processus de maturité, de célébrité, jusqu'à sa déréliction? Le cimetière est couplé au jeu, connecté à l'entant et au ciel. "Si on jouait au média?" nous somme l'image. Un sentimentalisme eau de rose mais aussi tragique est inscrit à l'image. Allégorie de l'image dans l'image. Descendre au sens, régresser aux fins dernières, mettre tout à plat, instantanément.

Raccrocher l'image à un processus biologique est la faire entrer dans un animisme qui doit nous faire prendre conscience du pouvoir magique de l'image. On peut non seulement réactiver une chose inerte comme le fait Pierre Joseph, une icône endormie, mais aussi réactiver un mythe, lui donner son arrêt avec la mise en scène de son fantasme, par la photographie. Déplacer comme dans un rêve un élément, "exposer" un "enfant" à la place du symbole. Les chiens d'arrêt n'existent pas dans la nature, ils demeurent une production culturelle à l'instar de n'importe quelle image? Image d'arrêt ? L'image concentre sa nouveauté, son actualité. Image et personne semblent s'accorder ici pour la réactivation d'une métaphore, dans la tradition des défilés des continents personnifiés de la Renaissance.

On donne paradoxalement de l'importance aux images d'artistes lorsque ces derniers meurent, disparaissent. Est-ce par nostalgie ou par l'angoisse d’être touché à son tour, pour ainsi se caler en avant, dans le passé de l’image et ses conditions de réalisation? Mais l'image entre en état de survie dès son apparition, bien avant que l'artiste légal ne meurt. L'image résonne, c'est ce qui la fait autre. Elle n'appartient plus à son auteur dès lors qu'elle est image.


 
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