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lundi, 10 novembre 2008

Le ravage des visages.

Pourquoi autant de salons de bronzage ouvrent à Paris?

Le bronzage est à la mode. De plus en plus dans Paris (je vis à Paris mais le phénomène a lieu dans la plupart des grandes villes à mon avis) poussent des espaces "beauté", qui offrent à une clientèle distinguée les moyens techniques UV pour créer ou entretenir son bronzage. De plus en plus le ton des défilés des stars déformées de nos magazines people lasse, mais aussi déçoit les désirs de beauté. Si bien que ces défilés bariolés passent imperceptiblement du magazine de beauté au magazine du bizarre. Ces « monstres » ont-ils bien conscience d’appartenir à une communauté plastique ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi aujourd’hui ?

Comme si le contrôle de son apparence et de l’image de soi pouvait nous assurer une fonction supplémentaire, celle d’appartenir à un club fantôme, placé en dehors du monde. C’est un fait, les chirurgies esthétique et plastique n’ont pu s'implanter dans le marché de la beauté qu’en relation avec une presse et une télévision féminine, car c’est dans l’ordre d’un système que se définissent les envies, les choix, à partir du « catalogue manufrance » de la perception. Il demeure un paradoxe : on nous rabâche tous les jours qu’il faut contrôler son image, des spécialistes de l’image de soi nous affirment sans cesse que si « quelque chose ne va pas », c’est parce que nous ne nous attardons pas assez au travail de notre apparence. Des coachs, dont la tâche est de nous améliorer, prétendent contrôler les formes physiques, psychologiques et rendent la personnalité adéquate au jeu professionnel. Les techniques de soi sont innombrables, elles nous assurent de notre cohérence visuelle. Mais a-t-on si bien conscience de sa propre image ?   

Car on peut se demander si le principe même d’une « propagande plastique » n’est pas d’envoyer au casse-pipe des masses d’identités perdues, au ravage de leur apparence. Les écueils où se déforment jour après jour le désir de sortie de la pesanteur ne doit pas nous faire oublier que de tout temps, l’homme a cherché à contrôler son apparence en déformant, en saturant la matière physique de son identité indésirable pour donner un sens à son apparence contrôlée. Car montrer par l’exhibition et par camouflage son visage originel (naturel) est un parti pris qui a constitué depuis des temps immémoriaux à ce que le contrôle des autres passe par le contrôle de son propre corps. Comme si la preuve expérimentale constituait une garantie à notre ambition. Pour éprouver en somme la monstruosité du monde, il nous faudrait chercher en soi la preuve de notre monstruosité, car nous ne pouvons ne pas appartenir à un monde dont le terme est son agonie, sa retombée dans l'abjection.  Même aujourd’hui, il n’est que de jeter un œil sur ces visages ravagés de nos stars ou de celles qui cherchent à les imiter, pour se rendre compte que cette situation ne change pas d’une situation « primitive » de l’image à donner de soi. Ceci n’échappe pas à la loi qui faut se ravager pour se différencier, qu’il faut se mutiler pour exister en tant que singularité. Or, l’image de soi semble la chose la plus difficile à atteindre. Car si les femmes ou les homme buidy-buldés en mal d’identité cherchent à se singulariser d’une norme, il n’échappent ni plus ni moins d’une autre norme qui les rattrape. La queer théorie aura cherché des alternatives à ces classements déterminés d’une société émancipée.

La fabrique des monstres est l’effet secondaire d’une "monstruosité nature" beaucoup plus redoutable.

Si les premières personnes les plus touchées par les effets secondaires des chirurgies esthétique et plastique sont les stars, c’est parce qu’elles vivent dans l’opulence et la fête. Plus prosaïquement, d’une manière banale, la monstruosité a aussi une existence dans la vie ordinaire, qui n’a pas encore subit la moindre retouche, mais qui persiste de manière latente. C'est ce qui permet à la Star déformée de ne pas prendre conscience de sa monstruosité réelle. Car la monstruosité latente est le pendant de la monstruosité manifeste.
Qui n’a pas fait l’expérience de se « redécouvrir » sur d’anciennes photographies, en réalisant que son apparence peut, du jour au lendemain, se retourner en son contraire. Comme si notre portrait avait une double existence en se modifiant entre le moment de la prise de vue et ce moment où je redécouvre mon image, à ce jour ?
Ce n’est pas la chirurgie en soi qui ravage le visage, mais son utilisation répétée, car la promesse de la perfection qui est infinie semble répondre aux capacités financières des clients qui atteignent un certain âge. Ainsi, la peur de vieillir semble signifier la première raison pour faire confiance à la science plastique.

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