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vendredi, 07 novembre 2008

Métis, changer la perception du monde.


Adrian Piper, est une performer des années 70 aux USA. Métis, elle concentre son activité sur son identité métisse qu’elle utilise comme médium artistique et esthétique. Malgré le caractère indéterminé de sa peau et de ses origines, elle cherche à se revendiquer pourtant de la minorité noire, mais reçoit tant de la perception des communautés noire et blanche un rejet, du fait de la couleur de sa peau, ni identifiable comme tout à fait blanche, ni identifiable comme tout à fait noire. Une femme métisse comme Adrian Piper, qui plus est « femme », doit se battre sur deux fronts : d’une part se positionner en tant que femme, mais aussi en tant que noire dans une société universitaire blanche. Ce pari n’est pas gagné considérant qu’une femme métisse revendiquant son appartenance à la communauté noire remet en question autant la pureté identitaire des deux « côtés », dont le partage se définit seulement dans  un va-et-vient entre les deux termes, comme « sortie de la limite ». C’est cette limite qu’Adrian Paper va questionner sans cesse en met tant en place des stratégies qui tendent à faire jouer l’ambiguïté de la couleur de sa peau, qu’elle situe comme ni blanche ni noire. Non seulement métis mais femme, Adrian Piper soumet la société américaine à son expérience et expérimente un jeu transgressif et une attitude décalée au sein de l’espace public, dans la rue, au moyen de la performance et des réactions, des résistances qu’elle suscite au sein de son environnement universitaire et familial. Elle peut envisager ces « décalages »  de façon vestimentaire, car la peau et les vêtements sont les signes culturels de notre appartenance sociale. Elle se pare dans des d’accoutrements qui créent une étrangeté, qui doit faire réagir ses interlocuteurs. Investissant la mode et le dépareillé, Adrian Piper montre que la peau est un vêtement qui colle à la peau.

Le jeu sur l’ambiguïté de la couleur de la peau remet en question l’idée commune en Amérique que le « noir » serait l’opposé du « blanc » qui n’aurait pas une seule goutte de sang noir. Cette idée actuelle sur la couleur de la peau comme étant la conséquence d’une essence à partir du classement moderne d’une intériorité visible par l’apparence, est la continuation euphémisée non seulement de la discrimination raciale des années soixante aux Etats Unis, mais aussi de la traite des noirs et de l’ esclavage aux Etats-Unis. Cette poursuite de la différence est toujours aujourd’hui une différence légitime qui classe ceux qui ne sont pas dotés de la « couleur » légitime, qui n’ont pas les signes de la peau claire. Car le passage de l’une à l’autre des couleurs, du « noir » au « blanc » est recevable que dans un seul sens : du noir au blanc.

Un fait paradigmatique de la revendication inversée du registre de l’appartenance raciale est connexe entre l’apparition de nouvelles techniques qui banalisent le passage de l’une à l’autre des caractéristiques « noire » et « blanche » et de l’impératif pour tout artiste de revendiquer pour lui seul le contrôle de sa propre image. Les progrès de la chirurgie esthétique ont permis non seulement à MICKAEL JACKSON de se faire blanchir la peau, mais de surtout minimiser ses formes « négroïdes » par le biais de la chirurgie plastique. Il s’est fait « blanc » non seulement pour fuir l’identité qui lui pesait pour réussir une carrière internationale, à la manière d’une figure correspondant à l’artiste de masse destiné aux blancs et aux noirs afin d’ouvrir le marché musical et sortir des ghettos musicaux communautaires. C’est que n’a pas tenté de faire Barack Obama aujourd’hui en 2008, situé comme neutre : « ni noir ni blanc » pour nous européen, ou bien comme « complexe », et noir et blanc, comme « noir » en fait pour la sensibilité américaine. Neutre ou complexe, peu importe. Mais si MICKAEL JACKSON s’est fait « blanc », c’est, on peut le croire, pour atteindre une certaine respectabilité dans le star système, mais aussi pour revendiquer sa sortie du registre méprisé au sein de l’industrie hollywoodienne en général, qui concerne non seulement l’industrie musicale que les genres et les étiquettes « ghéttoisent », comme les politiques de la ville discriminent par la séparation en parcelle communautaires, tout autant que le cinéma « noir » de la « blaxploitation » retournera contre le racisme de l’industrie cinématographique hollywoodienne le spectre de la réussite noire dans le registre d’un « cinéma noir ».

Et toute une industrie non seulement aux Etats-Unis mais aussi en Europe, dans les capitales où résident les communautés noires, toute une industrie esthétique s’est appropriée la culpabilité pour les africains d’avoir la peau noire. Il n’est que de voir par exemple à Paris dans le quartier Strasbourg St Denis la vague de magasins spécialisés en blanchiment de la peau et techniques d’amoidrissement de l’appartenance à ses origines. Ces pratiques influencent même les noirs au sein de leur pays d’origine. C’est un signe de distinction majeur que de se faire blanchir la peau pour un « noir ». C’est un accès aristocratique à la noblesse et au bien paraître que le progrès et la technologie pharmaceutique rendent possible. Ces infrastructures bloquent l’accès à des médicaments beaucoup plus importants qui sont nécessaires pour aider à vaincre et éradiquer des pandémies que le sida produit en Afrique.

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Texte de l’artiste :
« Etre prise une blanche, être prise pour une noire » (in Adrian Piper, Textes d’œuvres et essais, Les cahiers mémoire d’expo, Villeurbanne, Cahier numéro cinq, 2003) .

Commentaires

Cher Idfrisable,

Merci pour tes articles toujours très bien écrits et pertinents et pour tes belles photos.

Bien à toi,

A.

Écrit par : Atalante | lundi, 10 novembre 2008

Les commentaires sont fermés.

 
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