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lundi, 27 octobre 2008

Mesrine "Ennemi Public N°1"

La question sur Jacques Mesrine, au-delà du coup médiatique, est morale plus qu’économique. On entend pas mal d'internautes qui repprochent au film "L'instinct de mort" de constituer un standard de plus au merchandising, qui reprendrait à son compte par récupération les icônes et les figures de la contestation, aussi déviantes soient-elles, pour élargir la ventilation culturelle. C'est une mode, depuis quelques années, le cinéma français ressort ses héros historiques heureux ou malheureux pour les raconter. Pourquoi certaines figures issues de la grande criminalité ressortent aujourd'hui, alors que leurs destinées cinématographiques étaient à éviter? Il faut bien le constater, au cinéma la plupart des films sont un portrait de la classe bourgeoise et de ses travers, et si le terme semble galvaudé aujourd'hui, ils sont un miroir de la classe des bobos, au sens le plus large du terme. Plus que la question économique, la question que pose le film est plutôt, à mon avis, une question morale, puis politique.


Quelle signification prend "Mesrine, ennemi Public N°1" aujourd’hui ? Le film lance au moins un débat sur les déviances historiques, au-delà de leurs effets cruels.
Je vois principalement deux raisons pour lesquelles le film qui sort et le sujet dont il parle sont de notre époque.


Image 2.png1/ Un effet miroir de notre société et de son fonctionnement à partir de l’image qu’on se donne ou qu’on doit se donner de soi, comme impératif social. Ce film sur Mesrine, que je n’ai pas encore vu, s’est manifesté dans l’espace public par une campagne d’affichage, « campagne de communication » assez maladroite à mon avis, reprenant mal, mais à son compte tout de même, la photographie d’identité policière, la photographie anthropométrique. On est, au regard de ces placards, plus dans le photographie de mode que dans la photographie anthropométrique, ce qui aurait pu être plus fort, du point de vue de la critique. Mesrine voulait aussi se faire d’une autre manière une critique des médias. Ces affiches parlent d’avantage de notre « société de contrôle » que d’un personnage, qui aurait pu être un autre. Ces photographies « communiquent » davantage notre société et son rapport à l’image plutôt qu’un destin singulier. C’est ici que réside la force évènementielle d’un tel sujet, au-delà des effets spectaculaires propres au genre du film d’action, qui est à la mode des films « documentaire-fiction ».

2/Si Le film « L'instinct de mort » se veut l’interprète une trajectoire fatale, celle d’un homme qui jouait de sa position dans l’espace médiatique, et qui communiquait une image de Mesrine qui, malgré les multiples accoutrements dont il se parait, restait un seul personnage, identique à lui-même comme évènement médiatique, et donc menaçant pour le pouvoir giscardien et le retour à l’ordre de l’après 68… Pour cette raison, Mesrine le communiquant est de notre époque, car la plupart des personnalités politiques, culturelles, élaborent des stratégies de communication au sein de l’espace public, plus que des travaux d’analyse. Ils se contredisent, au gré des conjonctures.
Mesrine est à l’opposé d’un Séguéla, qu’on peut caractériser de « communiquant intégré », qui sait naviguer entre les positions opposées, retournant sa veste au gré des retournements politiques. Cette morale n’était pas celle de Mesrine, qui demeurait intègre de ce point de vue, en tant que communiquant.

Comme événement historique, le « sujet Mesrine » croise aussi ladite « moralisation du libéralisme » de la crise actuelle avec la nécessité politique. Pourquoi un pauvre type révolté mais violent, « ennemi public N°1 », doit-il être à un moment donné physiquement liquidé, assassiné, comme la trajectoire d’H.B. du reste, alors que le caractère délictueux des quelques traders qui laminent des économies internationales n’aura que des répercutions symboliques, et non exemplaires? Le traitement des bandits des grands chemins n’est jamais le même que les traders en col blanc, même si les effets de leurs actes font à la fin des morts.

On doit faire une analyse politique de Mesrine pour le manifester, mais pas sa biographie, sinon, on en fait une réduction historique.

La destinée de Mesrine voulue par Giscard aura été une façon de maintenir la critique gauchiste et révolutionnaire au niveau du conte, critique qui aura été bridée contre l’effet de réalité plus fort du néo-libéralisme, décrétant qu’il ne peut exister qu’une seule réalité, une réalité en tant que telle, celle de l’économie des marchés, du management, doublé d’une bonne dose de puritanisme.

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