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vendredi, 24 octobre 2008

David Pugadas s'infiltre.

Résumé

Le grand tort de la télévision et de ses réflexes, à mon avis, est qu'elle se restreint superficiellement au sujet d'analyse qu'elle prétend traîter. Elle ne reliera jamais son sujet à une question plus large qui pourrait toucher d'autres "sujets". Et l'image est cet outil de restriction, qui, servant à canaliser l'attention du spectateur, le maintient dans son affection, dans sa morale. Elle lui dit alors à demi-mots qu'il est mieux positionné, plus moral, un téléspectateur qu'elle ne viendra pas voir, parce qu'il est normal, inintéressant. Ce dernier est alors valorisé dans son conformisme. Les choix thématiques sont les plus destructeurs à la télévision, quand ces thématiques n'abordent pas d'autres points de vus. Ce que sait encore faire Arte. Une thématique ne peut se limiter à une seule émission, car elle ne représente qu'une seule vision, et sera manifestement le contraire de la vérité.


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David Pugadas ne cherche surtout pas à provoquer ou à montrer des "séquences choc", lorsqu'il présente sa nouvelle émission "Les infiltrés", une série de sept magazines, dont le but est de s'infiltrer dans un monde, afin de révéler son fonctionnement, et mettre en exergue des "systèmes de fonctionnements". Il cherche à montrer la vérité d'une situation en somme. Il nous fait l'aveu, en quelque sorte, que désormais, la télévision va nous dire la vérité, elle qui d'ordinaire, la cachait.

Le titre de cette nouvelle émission de France 2 renvoie implicitement au récent film de Martin Scorsese, mais il semble aussi suggérer que ce qu'on infiltre est hors-la-loi, est illicite. Dans le film de Scorsese, la police infiltre un réseau maffieux, et celui-ci infiltre la police. Dès le premier numéro de la série « Les infiltrés » que présente Pugadas, ce qui sera infiltré sera une maison de retraite. L'infiltration touche donc le banal, l'ordinaire de la vie de tous les jours, une maison de retraite, et non pas les franges d'une société déviante, par son caractère de système.  Cette maison sera-elle privée, publique? Je fais le pari quelle sera privée, afin que l'Etat ne soit pas pris à parti.

Pugadas se défend de faire du tapageur, ou de chercher le scandale, mais qui ignore aujourd’hui que le procédé nécessaire pour qu’une émission « prenne » est de la faire connaître d’une façon tapageuse, par celle où le scandale arrive. Le plan média doit faire exister l’événement d’une nouvelle émission non pas pour son contenu, qui est bien entendu secondaire, mais pour la force de captation qui est induit lorsqu’on la fait advenir comme événement.

Pugadas ne veut pas faire de l'infiltration un "procédé général ou principe journalistique", il veut en faire un "principe exceptionnel". Seulement quand l'exception, l'Etat d'exception se fait aujourd'hui permanent, comment peut-on défendre l'exception comme principe exceptionnel? Il faudrait qu'il admettre que son émission douteuse est conforme à l'ordre des choses, où il sera en fait question des sujets les plus faciles, les plus convenus, les plus "faibles" aussi,  qui disparaîtra aussi vite du PAF qu'elle est arrivée.

L'infiltration à mon avis n'est pas le fait de la caméra cachée. Ce n'est pas parce qu'on cache une caméra dans un sac que l'on montre une vérité, car si elle l'est, elle sera, j'en fais le pari, restreinte au sujet initial. On montrera l'aspect spectaculaire de la chose, mais on s'arrêtera au fait scandaleux, à l'aspect moral de la transgression, sans chercher à aller voir plus loin dans la chaîne des responsabilités, là où, par exemple, une figure politique serait plus directement visée. Sinon, l'infiltration restera celle de l'obcénité médiatique, du voyeurisme facile, qui est la marque déloyale d'une certaine télévision publique vis à vis de ceux qu'elle ne respecte plus : ses objets choisis et ses téléspectateurs. Ce n'est pas tant la caméra qui doit révéler que les propos de ceux qui parlent, mis en question par les propos des journalistes tout simplement, dans la pforme la plus loyale, et non l'anonymat "James Bond".

Aujourd'hui, les journalistes de la télévision starifiées par le système télévisuel sont captivés par l"'image choc "et impressionnés par le pouvoir, au détriment de l'argumentation et de la critique. Ce phénomène approximatif les maintient dans la couardise et la soumission. Il faudrait arrêter de prendre les faits seulement pour des preuves, car la réalité n'est qu'une version du monde. Le devoir du journaliste n'est pas seulement de chercher à disparaître dans une des réalités d'un monde pour mieux l'observer, mais de s'en reculer le plus possible aussi, et de braver l'idée qu'on peut s'en faire spontanément.

Si des formes de maltraitements en maison de retraite sont scandaleux en soi, ils sont tout aussi scandaleusement considérés comme ordinaires par leurs administrations, il n'y a que la télévision qui s'en émeut. Tout le monde sait que  beaucoup de maisons de retraites sont des entreprises lucratives. C'est le personnel qui n'est pas formé à ces tâches, parce qu'on paye très mal, et ce dernier fait payer cette situation sur les plus faibles qui ne sont plus du tout légitimes dans notre société. Tout ce qui n'est pas assez productif, tout ce qui n'est pas assez champion.

La question du travail est plus importante que les faits, qui ne sont que les conséquences prévisibles d'un système qui a fait que de plus en plus, chaque jour,  toutes les instances de la société doivent fonctionner comme une entreprise, avec la recherche maximalisée d'un profit. La conséquence humaine est le revers de la médaille, et rend tout le monde responsable. Ce n'est pas le simple fait de montrer les "victimes faibles" d'un système, les fauteurs pris dans leurs inconséquences, qui règlera la question centrale de la dignité humaine en démocratie libérale. Le scandale aujourd'hui n'est qu'une succession de vagues. Le votre sera balayé par la suivante.

 

Conclusion structurale

Le grand tort de la télévision et de ses réflexes, à mon avis, est qu'elle se restreint superficiellement au sujet d'analyse qu'elle prétend traîter. Elle ne reliera jamais son sujet à une question plus large qui pourrait toucher d'autres "sujets". Et l'image est cet outil de restriction, qui, servant à canaliser l'attention du spectateur, le maintient dans son affection, dans sa morale. Elle lui dit alors à demi-mots qu'il est mieux positionné, plus moral, un téléspectateur qu'elle ne viendra pas voir, parce qu'il est normal, inintéressant. Ce dernier est alors valorisé dans son conformisme. Les choix thématiques sont les plus destructeurs à la télévision, quand ces thématiques n'abordent pas d'autres points de vus. Ce que sait encore faire Arte. Une thématique ne peut se limiter à une seule émission, car elle ne représente qu'une seule vision, et sera manifestement le contraire de la vérité.

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