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lundi, 20 octobre 2008

Le rappel à l’ordre.


Une crise de confiance qui n’est pas nouvelle : la "dé-démocratisation" des Etats démocratiques.

Selon N. Sarkozy, les rebondissements de la crise financière étaient prévisibles. Tout le monde savait que tôt ou tard, la catastrophe arriverait, le monde politique, les théoriciens économiques attendaient cet instant tragique. Ils ne savaient pas quand cela allait arriver, mais ils savaient que la crise était inéluctable.

Mais alors, pourquoi ont-ils laissé faire comme si de rien n'était, pourquoi ont-ils favorisé un bouclier fiscal, et réduit le coût de "l'investissement social", puisqu'il faut considérer qu'il n'est plus une dépense de fonctionnement ? Wendy Brown, chercheuse anglaise en théorie politique et historienne du processus de "dé-démocratisation" de l'Etat le dit très bien, et remarque ce moment important de Bush dans l'histoire américaine, où il définit son rôle : il présidera l'Etat comme une entreprise, et non comme un chef d'Etat (à écouter, Wendy Brown dans La suite dans les idées, France Culture) : "Je suis le décideur!". Cette conversion d'une nouvelle économie du libéralisme élargie à tous les domaines de la vie, et pas seulement au monde de la production, agit à tous les niveaux de l'Etat. Convertion pour elle qui a eu lieu aux Etats-Unis et qui arrive aujourd'hui en Europe, et qui s'est différenciée du libéralisme en dogme néo-libéral. Mais pour Brown il est très important de bien distinguer le libéralisme du néo-libéralisme pour comprendre la pensée néo-conservatrice. Cette situation fait que pour elle, "l'Etat est de moins en moins une institution publique". Il faut donc redéfinir le néo-libéralisme, qui est plein de malentendu, ce n'est pas pour elle le "libre marché", et l'Etat a un rôle de important. Ce rôle est celui dont Ronald Reagan considérait que "l'Etat est un parasite dont il faut se débarasser". Car la "déréglementation n'est pas pareil que absence de gouvernement". Pour Brown, la principale distinction à faire entre le néo-libéralisme du libéralisme classique, est que l'Etat dans le néo-liberalisme fonctionne comme un état dynamique, qui peut avoir des pans de l'économie qui lui appartiennent, des parts. Si le partage des parts était le propre de la démocratie, elle tourne de plus en plus à un partage de participations. L'Etat est acteur de marché, selon les préocupations de l'économie de marché. En somme, cette dérive fait que l'Etat se dénationalise. La recherche de profit, l'accumulation de capital est le dessein fondamental de l'Etat néo-libéral. En dépit des circonstances et de l'urgence partagée par tous de l'interventionnisme de l'Etat pour se porter au secours des banques, afin de ne pas laisser une situation s'aggraver, l'Etat français espère en tirer une plus value, quand ses "titres pourris" auront augmentés. Wendy Brown estime que ce néo-libéralisme, en tant que rationalité, est arrivé dans notre langage politique à notre insu : on en parle sans le savoir. Les étudiants le parlent naturellement, ils l'ont intégré comme un habitus, il recherchent naturellement une grande rentabilité dans leurs études, ce sont devenus des bons sujets néo libéraux, alors qu'ils se croient radicaux... Cette situation de désengagement public et civique dans l'engagement économique de l'Etat, fait qu'on entendra sans arrêt martenelr que le risque est toujours plus grand, que la relation de confiance nécessaire à une économie saine doit être rétablie, pour justifier ces milliards d'euros donnés aux banques, que les citoyens payeront. F. Fillon, satisfait de la « victoire idéologique du bon capitalisme », se retrouve aujourd’hui en découdre avec les prévisions « malades » de Madame Soleil. Combien de temps l’arrogance et l’amour-propre feront la justification politique du déni? Le capitalisme, comme le communisme, auront  d'une façon pratique échoués à leur projet de construction idéalisée, pour d’une société équitable, moralement, économiquement, et en droit.

Les choses ne sont plus comme hier, toute politique qui s’alignera désormais sur l’ancienne pensée qui voyait en l’Etat la marque d’un boulet, contraignant la souplesse des marchés, sera comme le dit BHL à tout bout de champ, une pensée « nauséabonde ». Car cette attitude de déni conduira fatalement au déséquilibre social, à l’injustice et à la fureur.

Certes, la crise de confiance n’est pas nouvelle, elle se déroulait au point sensible où s’exerçait « positivement » les effets collatéraux de l’économie virtuelle sur l’économie réelle, sur ce « réservoir d’ajustement des marché » qu’on justifie sous la figure des chômeurs. Les choix préconçus, l’idée de la doxa financière, avaient leurs effets nocifs dans le monde de l’entreprise, car les financiers misaient sur la valeur réelle des entreprises qu’ils vampirisaient de leurs ambitions exorbitantes, pour une culture du résultat toujours plus intensive, comme l’agriculture par ailleurs, qui a fait des monstres industriels, à partir du vivant. L’insuffisance prévisible pour une optimisation et une réduction nécessaire des coûts maintenait le projet capitaliste dans sa barbarie. La réalité, comme l’affirme Freud, a son effet particulier qui nous rappelle toujours à l’ordre.

Cette crise plombait depuis quelques décennies en France, et ce de façon croissante, le monde du travail. Il suffit de voir fleurir dans les entreprises ces nouveaux métiers de conseillers en ressources humaines, en même temps que l’arrogance de ces dhr, adetpes du « je sais tout », ces jeunes gens aux dents longues sortis des petites et grandes écoles de commerce, modèles arrogants de la pensée dominante. Nous ne dirons jamais assez combien l’université française s’est faite damner le pion par les écoles de commerces et leur logiques anti-culturelles. Tout s'est inspiré de la propagande pétiniste, misant sur une valeur centrale, totalisant tout les valeurs autour d'une valeur centrale : le travail. comme instance sacralisée, du point de vue, bien entendu, du dirigeant. L’école de l’ignorance a rendu possible dans une certaine mesure le déni moral et cette arrogance, auxquels nous sommes confrontés tous les jours, dans les moindres faits de la vie quotidienne.

Peut-on « moraliser » de capitalisme ?

François Fillon, averti du fait que les rebondissements prévisibles, prévus par Sarkozy, étaient là, ne s’est pas empêché d’affirmer, il a quatre mois, avoir « gagné la bataille idéologique ». Le Premier ministre a jugé, jeudi 26 juin, devant l'Union démocratique internationale (UDI), que "depuis un an, sous l'impulsion de Nicolas Sarkozy, la France est en train d'accomplir une mutation culturelle (...) (que) nous sortons du relativisme culturel et moral que la gauche française des années 1980 avait diffusé dans le pays", (que ) la droite "a gagné la bataille idéologique", se félicitant d'avoir "réintroduit des vertus qui avaient été négligées, parfois même ridiculisées : la réussite, le respect, la responsabilité », dénoncé également "la responsabilité" de la gauche "dans l'étiolement de la croyance dans le progrès".

Cette auto-reconnaissance ne manque pas d’allant, dans le contexte actuel, qui a commencé depuis un an aux Etats-Unis, avec l’affaire des surprimes, accordées par les banques américaines à des foyers acculés depuis, à l'abandon de leur crédits exorbitants et de leurs biens immobiliers. Abusés par un système trop "rose", ils ne pouvaient plus régler leur dettes, du fait de la variation soudaine des taux d’intérêts coordonnés à Wall Street. Le rêve américian avait du plomb dans l'aile, restait utopie à l'heure de son évaluation économique. Les Etats -Unis sont l'une des seules "grandes puissances" qui vit à crédit. La bourse américaine, berceau du capitalisme, royaume des traders et des fou furieux de la valeur, allait tomber dans une crise qui crée à l’heure actuelle une catastrophe mondiale, une crise qui n’est pas près de se terminer, du moins, au niveau de l’économie réelle.

Aujourd’hui, les concertations internationale et européenne tentent tant bien que mal de juguler une situation des plus incertaine, tentent de panser l’hémorragie de confiance qui mine le fonctionnement presque « organique » d’une mondialisation des marchés et des bourses internationales, qui ressemblent, en reprenant la métaphore d’Alfred Jarry, à une assemblée de cadavres qui continuent de pédaler à vide. D’un Etat tant méprisé par les banques, dont le spectre d’un interventionnisme redouté fait dire de façon tout à fait synchrone à Nicolas Sarkozy et à Laurence Parisot, la présidente du Medef, que les Etats « écartent toute mesure protectionniste et qu’ils renoncent à poursuivre les interventions publiques au-delà de ce qui est nécessaire pour faire face aux circonstances actuelles » (Propos rapporté par Le monde pour le vendredi 17 octobre, in Le monde du dimanche 19-lunidi 20 octobre, en l'occurence pour la coordination des discours de N. Sarkozy au Québec et de L. Parisot , au "G8" des représentant des unions patronales).

Qu’est-ce que ce danger interventionniste signifie, sinon un formidable déni d’Etat, que l’Etat français et son équipe, se faisant dire ce qu’il doivent dire par le Medef, aussi que cet Etat n’admet pas son échec idéologique, que F.Fillon, comme les prévisions fausses de Christine Lagarde, Ministre de l’économie, affirmait sans précaution. Nous assistons aujourd’hui en temps réel, à la défaite idéologique du capitalisme, dont la forme financière est sa destinée incontournable. Toute exégèse sur sa « moralisation » est une propagande qui tend à faire oublier que le capitalisme de l’auto-régulation des marchés, est mort.

 

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Wendy Brown.  Professeur de sciences politiques à l'Université de Berkeley. Auteur de Les habits neufs de la politique mondiale : néolibéralisme et néo-conservatisme (Les prairies ordinaires, Paris – octobre 2007).

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