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mardi, 14 octobre 2008

Les cuisines du pouvoir

Le Premier Ministre adopte souvent la posture, de la part de commentaires journalistiques qui en feraient presque un genre, la métaphore du fusible. Si le Président de la République est la réplique d’un principe souverain de dédoublement du corps réel et symbolique, pour ne pas dire divin, le Premier Ministre est celui qui n’en a qu’un. Pourtant il a en lui plus de souveraineté que son supérieur. C’est pourtant celui qu’on court-circuite, celui qu’on sacrifie à l’autel du devoir. Mais la fonction pose la question, remet en question même, l’idée souveraine de la France et de son Incarnation première. En somme, du point de vue de l’honneur, le Premier Ministre fait du Président de la République, s’il choisit à chaque fois la solution de facilité en quelque sorte, un lâche, un irresponsable, un incapable. L’incarnation du pouvoir semble provenir, donc, de l’héroïsme du second, car il reste souverain par son sacrifice même.



Il paraît que les anciens Premiers Ministres encore vivants et français font une série d'interviews sur le dur métier de la fonction de Premier Ministre. La série passe sur France 5, mais je n’ai pas pu voir la première émission.

Le Premier Ministre adopte souvent la posture, de la part de commentaires journalistiques qui en feraient presque un genre, la métaphore du fusible. D’ailleurs, dans cette série d’entretiens, combien de fois cette métaphore du fusible va être employée, justement par ceux qui en auront été les « victimes »( masochisme coutumier) sur un plan personnel ou psychologique ? On peut néanmoins attendre de l’émission des réponses précises sur la fonction.
-Pour quelles raisons d’Etat sacrifier son honneur ?
-Laisser la marge de « gouvernance » à son supérieur, est-ce vraiment efficace ?
-N’est-ce pas, dans une certaine mesure, sauver la face de l’irresponsabilité légitime du Premier, de l’absolu pouvoir, de celui qui ne répond de rien quand les dégâts ne dépassent pas les cuisines? 
-Si n’y a que des anciens Premiers Ministres vivants, y aura-t-il un mot sur Pierre Bérégovoy, et surtout sur la signification et le rapport de la fonction avec cette destinée particulière?
La question du pouvoir reste posée, la question technique de gouvernement des autres est majeure.

Les "deux corps" du Président.

Si le Président de la République est la réplique d’un principe souverain de dédoublement du corps réel et symbolique, pour ne pas dire divin, le Premier Ministre est celui qui n’en a qu’un. C’est celui qu’on court-circuite, celui qu’on sacrifie à l’autel du devoir. Mais la fonction pose la question, remet en question même, l’idée souveraine de la France et de son Incarnation première. En somme, du point de vue de l’honneur, le Premier Ministre fait du Président de la République, s’il choisit à chaque fois la solution de facilité en quelque sorte, un lâche, un irresponsable, un incapable. L’incarnation du pouvoir semble provenir, donc, de l’héroïsme du second, car il reste souverain par son sacrifice même.
Le Premier Ministre prend la place du souverain pouvoir par la preuve de son sacrifice. Que l’on se rassure, la démission est l’euphémisme mesuré du sacrifice. Mais il n’y a qu’un pas pour que, lors de périodes plus tendues, le démis soit réellement sacrifié. On appelle cette légitimité la raison d’était, qui reste une raison sans fondement, qui est secrète. Seulement il reste un hic.

A la différence de la façade baroque du héros cornélien, ce n’est pas lui qui choisit le moment du sacrifice, c’est bien en général le Président de la République qui le donne ce moment. Sauf suicide, sauf Pierre Bérégovoy. Un Premier Ministre ne donne pas sa démission par conviction, mais par obligation. Là demeure le point faible du système lié à l’honneur au sein du pouvoir en France issu d’une lignée aristocratique.
Aussi, on ne peut « démissionner » un Président de la République que pour des raisons médicales, ou psychologiques. On se souvient d’un certain Paul Deschanel. Ce président de la République a été démis de ses fonctions pour avoir commis un délire dans un train, un excès de folie diront certains. La déraison est la cause d’une démission extra-ordinaire. Suite au scandale et aux caricatures dans la presse de l’époque consécutives à l’incident, Deschanel donne sa démission le 21 Septembre 1920, au bout de 228 jours de présidence.

Deschanel.jpg

Le Président Paul Deschanel sort de son train en pygama, 1920.

La position de Premier Ministre dans la société française vis à vis de son Président est à l’opposé de l’idée qu’on peut se faire de la responsabilité en générale. Sauf haute trahison, l'amnistie est prévue pour oublier, pour grâcier les travers liés au pouvoir. Dans quelle mesure Jérôme Kerviel  sera tenu réellement pour responsable de sa trahison est malgré tout une quesiton liée aujourd'hui au pouvoir? La formule héroïque d’un commandant de bord qui ferait corps avec sa fonction jusque dans la mort, en sorte que descendent en premier les plus faibles, est capable de prendre sur lui la responsabilité et le risque de la tâche. Kerviel et la plupart des hommes de pouvoir sont situés à l’opposé de situations liées à l’honneur. Mais dans une société occidentale qui a rejetée l’honneur pour intégrer l’humiliation, on peut se demander si les hauts hommes de pouvoir ne sont pas eux aussi un peu perdus. Ils sont humains. On oublie aussi que « Président » (le code métier existe-t-il d’ailleurs ?) est un métier à risque, et on s’étonne après que ce ne soit pas qu’une succession de représentations « paillettes », une suite de petits fours sur canapés et de voyages dans le monde. Ce chef idyllique prend le risque de mourir le dernier, même quand tout le monde est sauf, avec son équipage en tout cas, avec son bateau. C’est un code d’honneur militaire. Pourquoi le code d’honneur s’est perdu, ou s’est d’une autre façon déplacée au Premier Ministre ?
Il est souverain pour un chef de savoir qu’il peut répondre de sa vie. Sinon, s’il en avait peur, il ne serait qu’un homme, un simple mortel. Le futur président Barack Obama (on peut s’en assurer avant l’heure) doit avoir intégré le fait qu’il peut être assassiné, qu’il a plus de chance de l’être que Bush par exemple, pour la simple et bonne raison qu’il n’est pas blanc.

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