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mercredi, 03 septembre 2008

Lecture critiqe à partir du hors-série de Réponses Photo n°6.

Faut-il en rester à l'image seule pour juger un travail, ou se concentrer davantage à la série?

Résumé :

En général, dans le domaine de la photogrtaphie, on juge trop souvent une seule image et pas assez la série d'images. Non seulement la série mais aussi le choix technique est posé lorsqu'on aborde la photographie et secondairement l'écriture photographique. Progression de Stephen Shore et son rapport au monde de l'art. mick-o-matic' amérique versus Lomo, appareil Russe. Redécouverte de Surfaces américaines. La série en photographie est une forme trop souvent déclinée en classement. Ce que Shore nous fait aborder est justement ce vagabondage entre les choses. La mise en page de Surfaces américaines est simple : quatre photos par double-page, avec la possibilité de laisser respirer l'espace de la feuille blanche par alternance. Le jeu entre les thématiques, les contenus, les contrastes est vraiment convainquant. Contre-exemple de série d'un auteur qui voudrait travailler en profondeur ses images, au-delà de la surface : Richard Pak dans Réponses Photo hors-série N°6.


En dépit des "belles images" qui pullulent dans les magazines généralistes ou la presse, les magazines spécialisés dans la photographie n'échappent pas à ce critère encore majeur de la beauté qui persiste à ce jour. Il semble qu'une "belle image" digne d'être diffusée est "exemplaire" pour être éditée sur des bases informative et esthétique, et j'insiste sur le caractère unique du jugement. En général, on juge une seule image. Comme c'est le cas dans votre forum. Sur Artkaos, on ne peut pas présenter de série, à moins de transgresser la liste et d'occuper une bonne partie de l'espace dédié à la présentation.

Faut-il en rester à l'image seule, ou bien s'ouvrir davantage à la série? Série qui a été, en photographie notamment, une systématique prônée par Andy Warhol et une grande part de l'art conceptuel. Non seulement la série mais aussi le choix technique est posé lorsqu'on aborde la photographie et secondairement l'écriture photographique.

Depuis 1971, Stephen Shore a connu une progression technique exemplaire. Mais dès le début , l'orientation de son travail l'aura fait reconnaître comme artiste, notamment par les représentants majeurs de  la photographie américaine. Il commence, inspiré par les goûts pour la culture populaire de Warhol avec, entre autres projets auto-distribués (ses cartes postales qu'il diffuse en parasitant le marché de la carte postale), le Mick-o-matic, appareil empirique très "américain", versus Lomo pour l'URSS, nous somme déjà en pleine guerre froide...commerciale, avec un maximum d'incertitude quant à l'image obtenue, et prolonge sa production "grand public" pour Surfaces américaines avec un Rollei 35 mm doté d'un flash, avec tirages à la clé de fabrication industrielle Kodak, puis continue son travail avec diverses chambres grand format jusqu'au 10x15 pour Uncommon places. C'est sur cette exemplarité paradoxale : photographier en couleur avec un appareil photo ultra grand public, voir pour enfant, que Shore s'arrime sur les plates bandes des cimaises assez prestigieuses : Américan Surfaces est exposé en 1972 à la Light Galery à New-York. Cette transgression des usages techniques de la photographie aura ouvert la photographie d'art à de plus amples expérimentations.

908807809.jpg
mick-o-matic' amérique versus Lomo, appareil Russe.
(je n'ai pas trouvé cet appareil pour enfant d'une rareté presque unique, le mick-o-matic' . Les enfants ne cassent-ils pas toujours ce qu'ils ont entre les mains?)

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923455317.jpgJustement, j'ai gardé avec moi pendant tout le mois d'août un seul livre de voyage pour m'alléger, la récente parution chez Phaidon d'un ouvrage rétrospectif sur Stephen Shore, "bible" qui m'a sensibilisé plus qu'avant à la série. Aussi à l'un de ses deux ouvrages majeurs, Surfaces américaines que j'ai redécouvert cette rentrée éditoriale. Le livre se présente comme une chronique de voyage à partir d'un itinéraire que le photographe s'est donné. Cette démarche, typique de la contrainte conceptuelle permet, néanmoins, de structurer un ensemble d'image au-delà de la simple catégorisation ou thématique, qui orne trop souvent nos galeries d'art ou nos studios photographiques, nos cafés parisiens. La série en photographie est une forme trop souvent déclinée en classement. Très récemment, en allant apporter mes images à Négatif +, dernier lieu du studio semi-professionnel économique, très réputé et sérieux par ailleurs, j'ai pu me rendre compte que le travail de Shore qui est un formidable évènement dans la photographie des années soixante dix, mais qu'il n'a pas du tout été pris en compte dans les milieux dédiés à la photographie. Dans son espace d'acceuil, Négatif + présente au mur une série de photos d'intérieurs avec ses habitants, dans le style convenu très arty, art contemporain chébran. Toujours la même déclinaison, sans relief de contenus. Mais nous abordons ici des problématiques liées à l'exposition. Doit-on néanmoins distinguer le livre de photographie de l'exposition?

Ce que Shore nous fait aborder est justement ce vagabondage entre les choses, une dérive existentielle croisée par l'alternance de personnes rencontrées et de leur contexte culturel. La culture habite l'homme plus qu'elle ne le fait, semble-t-il, pour contredire un peu Marx sur le matérialisme historique de l'homme fait par l'histoire,. Les images de Shore montrent qu'on on se rend pas assez compte de la part de production culturelle presque pensée, avant nous, qui nous habite, ne serait-ce qu'avec notre langue, celle qui nous a fait plus que crier : parler.

Toujours est-il qu'avec Stephen Shore et son modèle auquel je m'attache, la mise en page fait partie du travail. Il n'est pas le premier à avoir anticipé cette approche. Walker Evans a pendant les années trente parlé de "style documentaire" et a abordé la photographie en terme de relation entre les images avec la série, au lieu d'en rester à l'image même, ou plus prosaiquement, d'en rester au rapport au texte avec son image.
Surfaces américaines, l'ouvrage de Stephen Shore, est un journal imagé de personnes, de lieux que le photographe a traversé durant quelques années, à partir d'un itinéraire tracé à l'avance. La mise en page est simple : quatre photos par double-page, avec la possibilité de laisser respirer l'espace de la feuille blanche par alternance. Le jeu entre les thématiques, les contenus, les contrastes est vraiment convainquant. Mais toutefois, la version "exposition" n'a pas du tout été considérée positivement, à l'époque où Shore a fait de cette série une exposition, en 1972, à la Light Galery à New-York.

(Texte envoyé à Artkaos, site dédié à la photographie, le contexte n'est pas si différent de 20minutes). Pourquoi parler de Shore dans un forum dédié à a photographie?


Pour faire entendre, mais beaucoup d'entre vous le savent certainement, qu'il n'est pas suffisant d'en rester à la seule image pour juger de sa qualité, qu'à saisir ce que d'une série on a laissé de sa sensibilité, on voit s'ouvrir la photographie à une véritable écriture de l'image. La présence de ce livre que j'avais constamment avec moi m'a habité pendant toute ces vacances. Et il m'a fait comprendre l'importance du choix des images pour construire une série. Cette dimension esthétique et constructive montre par contraste que beaucoup de photographes qui ne savent pas toujours s'ils se situent en professionnels ou en artistes, ne pensent pas assez la relation entre les images. Pour vous convaincre de cet "oubli majeur", vous êtes tous connaisseurs et lecteurs de presse spécialisée dédiée à la photographie et à ses aspects techniques. Vous pourrez en juger par vous-même :


772533361.jpgJe me suis donc aussi procuré dans une ville de province, avant d'aller en Italie, un magazine qui est assez représentable de ce qui se fait de relativement "critique" (comme sur votre forum d'ailleurs, mais l'espace de liberté et de respect est primordial, ce qui pas le cas des journalistes et de l'administration du magazine en question) pour ce qui reste encore de "photographique", avant que cette "qualité" (j'insiste pour l'utilisation de ce terme) ne soit avalée par l'hégémonie du digital ; je me suis procuré un exemplaire du numéro spécial été de Réponses Photo, hors série numéro 6. Dans ce hors série, plusieurs photographes semi-professionnels sont interviewés. Le thème abordé dans ce numéro est "Le reportage autrement". Une article liminaire ouvre le numéro sur Robert Frank, et entre autre la réédition du mythique "The américains". Cette scandaleuse réédition est fort mal imprimée, mais rien sur le problème technique évident, bref. Lèche botte. Il faut garder Frank dans le journal, même s'il n'y a pas d'enjeu, d'interview de l'artiste par exemple. Ensuite, une série d’article sur des photographes inspirés par le photojournalisme. Si Stephane Duroy propose à mon avis, non seulement un travail très intéressant du point de vue de l’image, il offre surtout la possibilité d’une lecture entre les images : par exemple la « série » des élèves de l’élite institutionnelle d’Eton en Angleterre, et celle, au regard de la précédente, des gosses des rues d’Abercwmboi au Pays de Galles.
Par contre, lorsque nous découvrons une part du travail de Richard Pak, photographe indépendant, nous nous trouvons confronté à un travail publicitaire de l’auteur pour l’auteur, et non devant un véritable artiste qui construirait en quelque sorte son matériau. Son travail, très inspiré des auteurs américains dont il se réclame, n'empêche pas que son auteur cherche néanmoins à rétrograder à sa façon certains de ces artistes, en considérant qu’il cherche à dépasser ceux qui restent à la « surface des choses » (« Américain surfaces » semble visé …), pour atteindre plutôt leur profondeur, et pour ainsi dire leur vérité. Je cite son auteur :

"alors que beaucoup de travaux traitant des Etats-Unis ne font qu'en montrer la surface, je souhaite pour ma part donner une profondeur à mes recherches photographique, livrer ma vision de l'Amérique au jour le jour, de l'intérieur et dans la durée"... (Richard Pak, RÉPONSES PHOTO, HORS SÉRIE N°6, Juinjuilletaoût 2008).

De cette hauteur de vue, on découvre un travail d’une série assez immature, qui voudrait rendre compte de la faillite du mythique bonheur américain, avec ses personnages, icônes en perdition d’un bonheur consumériste déchu, etc, etc… Aucune relation pertinente entre les images, tout est artificiel, convenu dans le lexique de la photo américaine. Chaque image représente une personne, aucune dispersion... A vous  d’en juger.

 

Amicalement.
Indifrisable

Commentaires

Quelqu'un pourrait me dire comment ajouter ce blog à ma page netvibes ? J'aimerais bien avoir les denieres publications directement sur ma page de demarage. Merci :)

Écrit par : photo sur toile | dimanche, 03 avril 2011

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