Avertir le modérateur

mercredi, 23 juillet 2008

Le discours de Bétancourt, absente des cérémonies du 14 juillet, n'a-t-il pas été remplacé par celui de Kad?

Cérémonies du 14 juillet : jeu des chaises musicales.
 
L'affaire Ingrid Bétancourt est à la lisière du fait politique et du fait divers : Ingrind Bétancourt est une otage politique parce que initialement femme politique. Or, le malaise d'aujourd'hui qui sature la réflexion politique est justement la confrontation systématique du fait politique avec le fait divers, avec les choses de la vie ordinaire, du quotidien. La "rue" prétend que "le monde politique est coupé des réalités du monde!". Et le monde politique ne se lasse pas de fantasmer ce monde ordinaire, voire chaotique. Il fait donc appel à ceux qui sont en prise directe avec cette clameur populaire : les artistes de "Bienvenue chez les Ch'tis22millions d'entrées", Kad et ses Ch'tis, en phase avec la clameur populaire qui commémore une victoire héroïque révolutionnaire 14 juillet, de la prise de la Bastille.
A travers ce mélange des genres, auquel Sarkozy nous a éduqué depuis plusieurs années -- par la soumission d’une presse et des médias  fragilisés de toute part -- la question morale générale devient, après le calvaire de Bétancourt : comment oser se plaindre de la moindre oppression(professionnelle) si on n'a pas connu les conditions de la prise d'otage extrême?
De fait : Sarkozy minimise de façon méprisante et explicite le rôle des syndicats en France devant ses troupes.

Quelque part, avec Ingrid Bétancourt, le monde politique est sorti d'affaire. Il rencontre un peu avec cette aventure une période de soumission héroïque par l'exception qui confirmerait la règle. A l'inverse, lors de jeux sexuels très codés, quand les hommes de pouvoir sont blasés par le pouvoir, ils aiment se faire flageller en secret par les plus faibles. En pratique, l'exercice cynique des régressions masochistes, doublées de mères de substitution oppressives. Carla B. peut-être ? Bétancourt ne jouait pas, au contraire des cyniques.
 
De plus, étant entendu que Bétancourt était déjà une personnalité du monde politique avant son enlèvement, la valeur de l'otage était une manne aussi bien pour l'industrie médiatique humanitaire que pour les Farc évidemment. Par contre, le risque qu’encourt Bétancourt aujourd'hui est de se "pipoliser". Elle le comprend bien et refuse de participer aux cérémonies pour cause de fatigue.
De fait : lors des cérémonies du 14 juillet, il fallait créer, à cause de l'absence de Bétancourt dans les tribunes -- c’est toujours une tradition sarkoziste de communication -- plusieurs évènements transgressifs pour effacer les faits politiques des faits quotidiens. Il fallait mettre sur un même plan, dans une même tribune Hafez el-Assad et le comique talentueux Kad Merad. Certes, la présence du syrien Hafez el-Assad devant le défilé des Casques bleus annonce une transgression politique qui repousse la limite de la condamnation du terrorisme d'état. Mais autrement plus grave est la présence de Kad dans cette même tribune, qui symbolise l'entrée de l'univers people ou des personnalités populaires au sein de l'univers politique. Si bien que l'équipe de l'Elysée veut faire considérer à tort que Kad faisant un discours officiel dans les tribunes est le signe d'une présence symbolique forte, le symbole d'une communion régionale oppressée par un pouvoir centralisé à Paris, présence appelée en renfort après l'annonce de l'absence (décevante) de Bétancourt dans les tribunes. Le mélange des genres est douteux mais se régénère de discours, d'une mobilisation des genres démesurée.
 
395290894.png
(source du site Le Parisien) 
 
Kad Merad est invité deux jours avant les cérémonies du 14 juillet.
Peut-être parce que Ingrind Bétancourt hésitait deux jours avant... 
 
1922401294.png
(source TF1, c'est vous dire!!) 
 
Il fallait combler l'évènement par une nouvelle histoire croustillante, inviter la transgression Kad pour continuer de garder le rythme, contre celui que pourrait s'approprier un jour les médias. Les storytellers de l'Elysée bûchent chaque jour au feuilletonnesque nivellement des faits qui mélangent ingrédients politique et mise en scène people. Cuisine surfaite et graillon consensuel assuré, même lors des grandes commémorations nationales.
 

C'est pourquoi, en terme d'intensité médiatique, l'absence du discours d'Ingrid Bétancourt a été, d'une certaine manière, remplacé par celui de Kad Merad.

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu