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samedi, 14 juin 2008

Dire « non !», et non pas « non » au « oui ».

 
 
Le « non Irlandais 2008» est un « oui » au « non », et non pas un  « non » au « oui ». Avec ce "non", nous n'assistons pas tant ce jour à la victoire du "non" mais au désastre du "oui". Le référendum est à mon avis un principe de vote nécessaire à l'expression du choix démocratique pour une construction européenne digne de ce nom, et ce, quoi qu'il en soit. Même si cela  devait durer plusieurs décennies, l'harmonisation de l'Europe politique doit se faire à partir du référendum, et non pas du vote parlementaire, qui a pour fonction de créer et voter des lois sur un plan national. La décision internationale est donc référendaire car l'enjeu évalué est exceptionnel, et ne doit exclure personne. Si ce « non ! » est éclipsé par l’Euro-football 2008, certes, l’évènement que constitue ce « non!» issu du dernier référendum irlandais devra très certainement passer inaperçu, en tant qu’événement majeur, dans les autres pays voisins. Afin de ne pas éveiller les consciences, il devra rester minoré, voire honteux, dans les analyses et les tabloïdes, qui donneront à la place des leçons de morale appuyées.

On se souvient, du reste, au lendemain du Référendum 2005 en France, de l’attitude étonnante de Serge July, alors directeur du journal Libération, qui s’était alors permis d’insulter et d’administrer à ses lecteurs, « (ir)responsables » du « non », une leçon politique très désagréable. Il avait fait, comme on tance des enfants, une leçon de bonne conscience, avec cette mauvaise humeur éditoriale qui démasquait en fait un scandaleux déficit de conscience démocratique. Le journal passera quelques mois plus tard entre les mains d’un certain d’Edouard de Rothschild (….« par l'intermédiaire du Holding financier Jean Goujon, qu'il contrôle, il devient, en 2006, l'actionnaire de référence du journal Libération », source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Edouard_de_Rothschild).    

Mais il est d’ors et déjà certain qu’avec cette nouvelle déconvenue, ce camouflet historique, le « non » 2008 irlandais est, après le « non » des Français en mai 2005 et du Danemark (du « non » de Maastricht en 1992, à l’hypothétique « non » estimé de 2006), une critique magistrale non pas de l’Europe mais du personnel politique qui "fait" l'Europe. Ce 13 juin 2008, l’Europe retombe à nouveau en crise.

Cette crise est la critique d’une volonté unique, la volonté  parlementaire de légiférer à la place d’une volonté populaire référendaire, car en définitive, le référendum populaire est la seule expression directe qui soit l’expression fidèle des populations. Les parlementaires ont montré récemment en France, comme le montre l’adoption à Versailles du traité de Lisbonne, qu’ils ont quelque part été « infidèles » au vote légitime du « non » 2005, avec la complicité d’une gauche parlementaire mais pas populaire.

Des populations qui sont tenues, de la part du système démocratique idéal, juste pour ce qu’elles sont : sous estimées, présumées idiotes. Il est une erreur fondamentale qui est que certains des dirigeants ou représentants politiques considérent leurs populations comme ignorantes, sans réelle compréhension intuitive du sens de l'Histoire. Ceci est la marque d'une méprise de classe, et ce, même si les dirigeants se "disent" de gauche. Cela revient à dire que le point de vue du choix et du positionnement référendaire adopté est de nature mauvaise, et ce, à tort ou à raison pour ce qui est du contenu, mais toujours à raison pour ce qui est de la forme d’expression de ce contenu.

Nous pouvons citer ici l'introduction à la conférence de Jacques Derrida à Strasbourg en 2004, par Jospeh Cohen, qui évoque en terme philosophique ce mépris des populations :

"Le fil conducteur tendu dans la conférence de Strasbourg vise à dévoiler ce qu'il conviendrait de nommer l'aporie de la souveraineté. D'où la forme générale de la question posée par Jacques Derrida : en quoi et pourquoi la souveraineté politique s'est-elle construite à partir d'un principe qui la situerait "au-dessus" de la bête et éminemment supérieure à la vie naturelle de l'animal tout en étant également, simultanément, c'est-à-dire contradictoirement figurée comme l'expression même de la bestialité ou de l'animalité?" (in, revue Cités, N°30, editions Presses universitaires de France, 2007).

Cela revient à dire que si ces populations sont donc considérées comme l’expression, pour Sarkozy -- qui a décidé d’en revenir au choix parlementaire, et à Versailles -- d’une participation immature, mal informée, voire bestiale, que ses propres dirigeants le sont tout autant. Car comment peut-on représenter la bestialité d'une manière élevée? Si les populations sont considérées comme idtiotes, et si les représentants se veulent représenter les populations, alors, les représentants sont idiots. L'insoluble souveraineté ne peut pas se régler par voix indirecte ou parlementaire à cause du mépris permanent qu'ont beaucoup d'hommes politiques vis-à-vis de leurs représentations. 

Mais comment ferait-on le reproche d’une mésinterprétation du projet somme toute présenté d’une façon illisible, même quand il se décline « simplifié ». L’expresse illisibilité du « traité simplifié » a d’une part converti les plus obéissants mais d’autre part a fait perdre les enjeux réels du débat démocratique sur la question en France. Les autres décident désormais pour nous.  Cette disposition est déjà dans la forme anti-démocratique, car elle "s'assoie" sur le vote d'une question similaire qui était posée en mai 2005 ! L’abrogation du Traité de Lisbonne à Versailles fait comme si personne n’avait voté en 2005, comme si aucun référendum n’a eu lieu.

Si ce n’est pas les populations qui conçoivent le traité, n’est-ce pas à elles, de toute manière, de devoir démocratiquement le confirmer. A l’instar du penalty, c’est l’équipe adverse qui fait l’erreur, et l’autre équipe doit se rattraper. C’est aux populations européennes de juger, et non aux parlements. On ne dépossède pas les populations de leurs droits d’expression. C’est aussi la l’erreur de la gauche que de s’être « pliée » récemment devant la volonté parlementaire majoritaire, alors que « son » peuple de gauche, avait quelques mois auparavant exprimé un « non » majoritaire en 2005. En 2008, une majorité du personnel de la gauche pense tout le contraire.

Le système européen médiatico-politico-technocratique  qui a été instauré dans les hautes sphères décisionnelles vis à vis de ses concitoyens est le suivant : Faut-il dire « oui » au oui, ou dire « non » au oui à un traité économique qui doit à terme réglementer des avancées politique? Qui doit à terme passer, et ce quels que soit les résultats obtenus.

Seulement, il s’avère que rétrospectivement, le référendum au traité de Mastrisch de 1992, qui voulait rester une promesse politique, ne s’est pas du tout concrétisée politiquement mais économiquement. Avec Maastricht 1992, un libéralisme économique et non politique se mettait tout bonnement en place en Europe. Cette situation européenne est démentie au plan national quand certains des réformateurs socialistes comme Serge Delanoé adoptent la position d’un principe socialiste national de libéralisme politique. N'est-ce pas un positionement politiquement paradoxal?

Maastricht aura constitué un laboratoire de test grandeur nature faisant miroiter aux populations européennes une promesse qui ne s’est avérée devenir qu’une vulgaire poule aux œufs d’or. C’était ainsi prendre les populations pour citoyennetés immatures, qui avait pour fonction de délégitimer le vote populaire, populations mal disposées à évaluer une situation surtout économique. Ce test  préparait une dé-légitimation le principe du référendum même.

Avec le votre « non » du 13 juin 2008, les Irlandais expriment peut-être une dernière fois en Europe l’alternative d’un niche réelle de vote démocratique, et de possibilité réelle pour tout un peuple de s’exprimer sur une question qui le concerne, alors que les autres pays comme la France se sont alignés au principe du vote parlementaire.

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