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jeudi, 12 juin 2008

La « victime » n’est pas un terme juridique, mais un terme politique.



Sur Canal+, Rachida Dati affirme sur la question du mariage qu’elle n’a « pas changé d'avis. Je persiste à dire que cette décision, toute décision de justice est une décision protectrice". La vision idéologique du système Sarkozy/Dati consiste à faire la part belle et sans concession, à la victime. C’est toujours à partir de ce thème que les arguments sont déployés. Sacralisées, rehaussées de la sorte, les victimes deviendraient presque une caste à part entière dans la société française, et ce à des fins populistes. N’est-ce pas la télévision qui s’est engagée la première dans cet apitoiement collectif, où la compassion force l’analyse pour se substituer à elle. Et Madame le Garde des Sceaux n’a que cet argument aux lèvres quand elle invoque le rôle de la gauche qui aurait laissé les « grands frères » maltraiter les jeunes filles dans les cités, lorsque cette dernière était au pouvoir.

Pour Dati, toute décision de justice doit protéger la victime, alors que le rôle véritable de la justice est plutôt me semble-t-il, de faire jouer la balance. Le symbole de la justice n’est pas une balance dessinée par hasard, car la fonction de la justice n’est pas de « punir » un criminel, mais plus abstraitement, de rééquilibrer un tort commis sur un tiers, de donner une peine pour rattraper le préjudice qui a été causé sur ce tiers (et non sur cette victime), en dehors de toute considération de nature. Sinon, on présuppose trop vite la victime en tant que terme manichéen, forcément placé du côté du bien. Une victime peut aussi se faire victime. C’est l’illusion la plus vile.

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"Victime" est un terme manichéen, du même type que celui avancé par Bush pendant toute sa présidence lorsque, désignant les rog states, les Etats voyous, il créait des catégories guerrières fantasmées sur le modèle ethnico-religieux du choc des civilisations. Celui de l’axe du bien contre l’axe du mal représenté par une supposée coalition Occidentale. Or, au bout de cinq années de guerre contre les civils irakiens, peut-on toujours affirmer aujourd’hui que l’Occident appartient à l’axe du bien? Si les torts ne sont pas partagés, la victime manichéenne renvoie au coupable manichéen. Le propre de la justice est justement de lutter contre ce manichéisme simpliste, en analysant en profondeur les faits, pour parvenir à la vérité, en dehors des pressions idéologiques. Mais les torts sont parfois indirectement partagés, on parle de circonstances atténuantes.

Aussi, le duo manichéen victime/coupable crée arbitrairement des catégories préconçues. Si la victime est un terme donné à l’avance en dehors du fait commis, par conséquent, ce présupposé instaure l’idée que toutes les femmes issues des quartiers défavorisés, toutes les minorités avérées deviennent « victimes » dès leur naissance, avant tout acte délictueux, parce qu’elle est femme, parce qu’elle serait de religion islamique, parce qu’elle serait faible par nature. Elles le deviendraient par nature, et en cela, cette victimisation du citoyen se ferait avant les faits, comme la détermination génétique du pédophile ou du criminel présupposée.

Le terme de victime n’est pas un terme juridique mais un terme d’actualité, un terme de magazine, à la limite, un terme qui sonne people. Comme Rachida Dati, « victime » du monde politique.

 

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