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mercredi, 11 juin 2008

Payer son opérateur internet n’est-ce pas déjà payer sa "redevance" ?


Payer son opérateur internet, c'est d'emblée payer sa "redevance"!

(Résumé : la gestion et les dérives du service public de la télévision depuis 1993 ont changé le statut de la "redevance". Et si les internautes sont visés par la Commission Copé, c'est oublier qu'ils payent déjà une "redevance" avec leur opérateurs internet).

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Avant


Le service public télévisuel s’est corrompu avec les intérêts privés, entre autres avec les prestations de services et salaires exorbitants dus à la déferlante des animateurs-producteurs qui, grâce au feu vert autorisé par Jean-Pierre Elkabbach, leur donnait plus de pouvoir, c’est-à-dire deux casquettes pour puiser l’argent du service public à des fins personnelles, privées. Ils pouvaient à la fois animer et monter leurs propres sociétés de production. Les Nagui, Delarue, Fogiel et consort ont non seulement coûté des sommes extravagantes, mais ont dérégulé le marché de la télévision, précarisant l’emploi des techniciens notamment, et faisant aussi augmenter la redevance. Ceci pour défendre l'idée qu'à partir du moment où l'Etat perd sa fonction de défense du service public, la redevance et son caractère d'impôt perd sa fonction symbolique. Cette situation préfigure une post-télévision publique. Nous y sommes! Aujourd'hui, la redevance s'est en tant qu'impôt, privatisée, financiarisée. Elle configure les problématiques qui suivent.
 
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Après


Pourtant, la suppression de la publicité n’était pas une promesse de campagne lorsque Sarkozy a, en janvier dernier, pris la décision de supprimer la publicité du service public de la télévision. La commission Copé, quant à elle, qui a pour tâche d’organiser la gestion de cette mesure, remet en cause l’idée de ne pas toucher à la redevance. Négatif ! quand Sarkozy promet, il ne lâche pas l’affaire. Les commissions ont la vie dure : celle-ci est une fois de plus  ridiculisée.

Sauf qu’une des trois mesures imaginées par la commission Copé ferait que désormais, les internautes devraient contribuer à payer l’augmentation de cette « redevance » (le rapport de cette commission sera rendu le 25 juin) sous le prétexte fallacieux avancé par les adeptes de cette solution (écouter aussi L’esprit public de France Culture, notamment la position de Max Gallo sur ce point), que certains internautes regardent la télévision sur leur ordinateur.

La promesse de campagne donnée par Nicolas Sarkozy qui était de ne pas augmenter la redevance se retrouve confrontée au dilemme impossible d’avoir à trouver de l’argent pour une éradication de la publicité qui n’était ni prévue au programme de campagne, ni une promesse. Elle est sortie tout droit de son chapeau. Et c’est vers les internautes, semble-t-il, que se trouverait la manne que la redevance classique ne peut récupérer pour son propre compte.

Même s’il est courant que certains internautes regardent sur leur ordinateur France 2 ou France 3, le gouvernement décide donc pour les quelques millions d’internautes qui ne regardent pas la télévision de payer « leur part » de redevance pour une télévision qu’ils ne regarderont jamais.

Et même si le « piratage » de la télévision par le net était prouvé, on peut aussi se demander si ladite « redevance » n’est pas d'ors et déjà réglée une fois que l’on s’inscrit en bon éduforme au service ADSL d’un opérateur de réseau internet, car nous louons le temps d’usage du réseau plus que la visualisation d’un contenu "spacial". Nous louons d'avantage de temps que d'espace, les contrats se font sur l'accès limité ou illimité du réseau. De la même manière que "jadis", le fait d'acheter un poste de télévision hertzienne strictement conçu pour regarder la télévision publique, où passaient des programmes de nature publique, cet achat physique du poste ne nécessitait pas d'inscription à un opérateur particulier. L'état constituait en somme "l'opérateur", et la "boîte noire qui nous regarde" nous reliait directement aux contenus, en l'occurence vers la grille de télévision. Nous payions en effet cette redevance télévisuelle à l'Etat comme première redevance incontournable. Mais la donne a changée. L’inscription à un opérateur internet n’est-elle pas déjà une "redevance" à partir de l'instant ou l'Etat perd son pouvoir de contrôle du statut du service public ? La dite "redevance" a perdu ainsi son caractère public depuis 1993 et la dérégulation de la télévision publique organisée pour les animateurs-producteurs. Désormais, la dérive des notions public/privé fait que nous louons simplement un passage, un flux informel plus que nous avons accès à la nature d’un contenu. Sauf pour les « programmes » illégaux du type pédophilie qui doivent être considérés pour leur nature, car remettant en cause la vie de personnes, des enfants exploités sexuellement. Pour ces programmes, faudrait-il aussi parier qu'il n'y ait pas de redevance? Auquel cas la "redevance internet" justifierait aussi malgré elle les programmes illégaux, ce qui mettrait le CSA en position de duplicité. Car comment ne pas être responsable de ce qui passe sur l'écran indifférentié des internautes et des téléspectateurs? Payer la "double redevance" de la commission Copé ne va pas donc de soi. L'argument selon lequel Sarkozy rend service à TF1 et à ses amis personnels est moins pertinent que celui de la double redevance, à mon avis, même s'il reste valable. Cette "redevance internet" une fois réalisée se retournerait ainsi en question morale. A l'instar des rapports douteux que l'Etat peut entretenir avec la cigarette, la prostitution pour ces prostituées qui payent leurs impôts, etc... à moins pour cette fois, d'interdire totalement internet.

Si la télévision cherche de toute façon à concurrencer internet, elle ne peut pas le faire avec ses programmes, car elle est à terme condamnée. La télévision puisera dans cette ressource inépuisable des internautes pour organiser sa gestion, même s’il n’y a pas forcément de rapport de cause à effet entre un téléspectateur et un internaute.

Cette mesure serait proprement injuste, elle ferait se confondre le média et l’usage qu’on fait du média. Les quelques technocrates qui ont pondu cela sont si futés qui ne font pas la différence entre un poste de télévision classique et un écran d’ordinateur, c’est dire si leur expertise est nulle. Six d’entre eux ont d’ailleurs démissionné de la Commission, estimant que Sarkozy remettait en cause leur marge de décision. Et susceptibles en plus ! 

Pourquoi ne pas réduire le coût des animateurs-producteurs au sein du service public, et tout simplement les virer.  Bien qu’ils sembleraient eux aussi visés par le déséquilibre provoqué par la manne d’argent public qui va disparaître du service public, avec cette fermeture du robinet publicitaire. Fogiel est viré… et d’autres peut-être ?

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