Avertir le modérateur

jeudi, 29 mai 2008

Bébés à vendre sur Ebay...

Lorsque les valeurs familiales sont touchées = scandale...

 

Les mots d’ordre du cannibalisme et du merchandising sont voisins, dans la mesure où ils inversent la formule matérialiste sur l'essence de l'homme qui dit que l’homme est ce qu’il mange. L'essence marxiste de l'homme fondé sur un communisme est depuis des décennies battue en brèche par l'individualisme familial. Ainsi, l’activité perverse de l’anthropophage décomplexé assisté d'un homo-numericus avide de transgression bio-tech on line consistait d'après d'autres faits divers antérieurs dérivés de petites annonces rien moins qu’à manger ce qu’il est. Mais on peut ainsi substituer d'autres verbes d’action si l'essence de l'homme dans la représentation que la société se donne d'elle-même change. Si l'essence de l'homme consiste pour cette société à travailler pour exister, le déplacement peut se décliner d'une autre manière, et l'annonce de bébé à vendre sur le net en serait alors le symptôme logique : si on passe de ce terme L’homme est ce qu’il vend à L’homme vend ce qu’il est, alors : Bébé à vendre... etc…
L’enjeu n’est pas tant de punir celui qui n’a pas censuré à temps cette annonce (on imagine mal contrôler des milliers d’annonces/ heure) mais de comprendre pourquoi la nature de tels paris sont possibles parmi nos échanges et propositions utilitaires.

On peut deviner le malaise auquel la société de consommation nous a préparé depuis longtemps, considérant les prouesses de la téléréalité, vouée aux pires exactions répugnantes en matière d‘ingestion par exemple, ou de déviances de toutes sortes, de Kol'Hanta à Fort Boyard. Mais c'est pour le fun!, comme le disent les enfants, "
c'est pour jouer!". La croyance en l’inversion est une forme transgressive puissante de l’expérience technologique. De plus en plus la technologie a le potentiel suffisant pour s'affronter à la nature et s'en abstraire. Les invertis sont en demeure de dé-liaisons trans-genre, trans-sexe, trans-technologiques, flux transitoires de tous ordres, qui font confiance aux vertus des avancées de la technologie génétique, numérique, digitale, biotech, etc... Si les passages d'un terme à l'autre fascinent, c'est parce que l'identité aujourd'hui est sans arrêt  remise en question. Les passages de l'homme à l'animal, du convenable à l'abject, de l'éthique à l'ignoble fournissent à l'homme moderne l'accès à son caractère polyvalent, en dehors de toute considération humanistes, considérations battues en brêche après les ravages du progrès technologique appliqué à la destruction méthodique de catégories humaines.

Le paradoxe éthique principal étant celui du retour à l'humanité, comme le montre le débat sur le traîtement des incurrables en matière de crime sexuel. Ce paradoxe ne consiste plus à se demander comment un homme peut  tomber dans l'abjection mais comment ce dernier peut-il en somme revenir de "barbare" à "humain"? Peut-on ré-éduquer un homme qui a perdu son humanité? Peut-on faire revenir un homme à sa nature humaine? Seulement, en dépit des risques d'un essentialisme illusoire, l'essence de l'enfant ne réside-t-elle pas entre son innocence et sa cruauté naturelle? Il reste à savoir maintenant si l'homme est quelque part innocent, voire infantile.

Les faits : « Un couple de Vancouver au Canada a mis en vente son bébé de 7 jours pour 10.000 dollars sur internet, a indiqué la police canadienne, quelques jours après une affaire similaire en Allemagne. »... ou un couple a cherché à vendre son bébé sur Ebay (cf : Vingt Minutes ).


Si le marchandising du corps fascine, au-delà des raisons utilitaristes ou sociales, c'est aussi parce que nous sommes fascinés par la limite minimale que pose tout ordre social, c'est-à-dire les interdits de l'inceste et du cannibalisme, traduisant un ordre minimal nécessaire pour la persistance de toute société, selon l'ethnologie. C'est aujourd'hui l'extériorité de cet ordre que quelques familles expérimentent. En restons-nous à la fascination pour la victime sacrifiée, profanant par là même le culte familial sacré, où la victime se voit rabaissée au rang du "profane" et de la marchandise, ou bien faisons-nous à l'inverse le constat désenchanté que, si plus rien n'a de valeur et que tout peut potentiellement augmenter en valeur, alors il faut en créer, en "bricoler" de nouvelles?

La question n'est plus avec qui (avec quoi?) avoir un enfant?  -- interdit de l'inceste --, ou quoi manger? -- interdit du cannibalisme --, mais quoi vendre (interdit du merchandising)? D'une marchandise qui aurait perdue son aura, son caractère fétiche. L'ordre familial est touché en plein coeur du monde civilisé qu'il serait censé étalonner. De la même façon que le merchandising du corps de l'autre ou de son propre corps, le cannibalisme représente cet ordre sacré transgressé de façon "profane". Pourquoi passer son temps à chasser un quelconque gibier alors que nous le produisons nous-même. Pourquoi ne pas manger ce que nous sommes : du gibier. Si cette question "primitive" se pose aujourd'hui, quand la violence est l'objet d'un culte généralisé, enculturisée à l'extrême, abordée autant dans l'actualité que dans la fiction, c'est surtout le signe que notre société aurait perdu toute signification des valeurs symboliques affectées aux choses, aux objets qui les portent.

Ainsi, au sujet de l'affaire de Vancouver où un couple certainement désespéré a mis en vente son bébé de 7 jours, quelle suite de questions innocentes aurait-il bien pu se poser pour en arriver là? Dans un monde où tout est profane, qu'est-ce qui peut aujourd'hui acquérir une quelconque valeur symbolique? ainsi, poussé par le désespoir et la dépendance : "alors que nous sommes en manque de stupéfiant, alors que notre bébé n'a jamais eu de signification symbolique, parce que plus rien n'a de valeur en ce monde, qui voudra bien lui en donner une en l'achetant?"


On marchandise les corps depuis bien longtemps dans nos sociétés postindustrielles. en voie de développement ou émergents. Une certaine hypocrisie consiste à se scandaliser lorsqu'un bébé subit à son tour, chez nous le même sort, quand il n'est pas jeté dans le vide-ordure. Certes, nous n'avons pas son consentement, mais quand même! Ne faut-il pas considérer cet acte comme une peformance dont les effets secondaires seront utiles pour la famille incriminée, et surtout pour l'enfant qui sera nous l'espérons placé dans une institution?

Cette annonce alimente la surenchère de récriminations contre internet alors qu'il s'agit plutôt de l'usage qu'on en fait. Internet n'est pas indemne des transgressions prévisibles où se connectent aussi à la modernité technologique des comportements déviants, irresponsables, que sais-je... les problèmes liés à la dépendance. Ceci dit, le progrès et avec lui ses appareils libérateurs produisent parfois ses contre effets : anonymat, vitesse, banalité de propos funestes, blagues salaces. Ceci dit, acheter une voiture pour son luxe technologique est aussi un contre effet du paradoxe progressiste, car chacun doit penser au drame possible quand il fait l'acquisition d'une voiture pour sa propre famille, airbag compris.

Une fois de plus, le progrès contribuerait à se corrompre avec la luxure, le cannibalisme, la vente illégale du vivant. Si le body art (Chris Burden) ou le cinéma d’horreur s’inspirent aussi bien de faits divers que de nos peurs et nos fantasmes, le fait divers ordinaire aujourd’hui pourrait s’inspirer pourquoi pas de l’offre muséale. L'offre de service au cannibalisme apparue par petites annonces en Allemagne il y a quelques années montrait cette perversion technologique, de même que celle qui consistait pour certains musées à exposer des corps réels, des cadavres en tant qu‘oeuvre. Même si le papier, l'imprimé, les musées sont de vieux supports de communication, les usages qu’on peut en faire se distinguent toujours du caractère « avancé » du média ou du prestige auquel il relève. Même les usages dégénérés sont possibles, cela fait le charme quelque part et l’exotisme de notre modernité, surprise dans son côté primitif.

Aujourd'hui personne n'empêchera que ces dérapages se produisent par le net, même ses législateurs dont certains auront un plaisir inavouable à s‘en divertir.

Ce qui scandalise vraiment notre puritanisme bon ton est le bébé comme l'objet de la transaction, et d'une certaine manière, ce qui reste du ressort dramatique, c'est que seul le bébé intéresse. On passe pour l'exploitation banalisée des adultes, adulte qui semble s'habituer plus au nombre qu'à la singularité...

Certes, en dehors du fait que tout est merchandisé, que reste-t-il aujourd’hui des organes de nos corps qui ne soit pas « merchandisable », quand un rapport de force économique et une nécessité à vivre de son labeur se présente ? Ou quand le sacré religieux ou technique opte pour la merchandisation du corps du Christ en statuettes colorées ou de notre Marianne en génuflexion swelte : aussi bien au Vatican qu'à proximité de notre Assemblée Nationale, des thee-shirts et une camelote touristique ventile nos valeurs sacrées en marchandises culturelles. L'utile se substitue à l'éthique, le nécessaire se pose sur la morale.

Notre consentement apparemment résiste à cet état de fait. Mais lorsque tout ce qui fait objet, de l’ordre du vivant (après l’animal, l’esclave puis de l'homme infâme au citoyen ordinaire) ou de l’inerte, est désormais échangeable, entre pays pauvres et pays émergeants, voire riches, toutes les clameurs éthiques semblent ignorées, au seul motif du gain.

Avec mon consentement, je peux néanmoins acheter un animal qui n’a pas la volonté de choisir son maître ou de le lui dire de manière assurée; je consens sans négociation. Je peux aussi acheter le rein d‘une victime d‘un tremblement de terre qui, si elle est toujours en vie, manifestera sa joie contre une rétribution. Je pourrais bientôt m’offrir le corps mortifère d’une œuvre muséale consacrée, etc….    . 

A partir du moment où les échanges corporels (échange du corps vivant ou mort, animal ou humain) deviennent médiatisables par la technique et échangeables économiquement, l’échange technologique reprend sa dimension salutaire et sacrée. Si bien que ce tout ce qui devient sacré n’est pas tant le contenu mais le média, le médium, la transubstanciation technologique montée en valeur absolue. Si les valeurs sacrées de la religion se sont vues réduites au soupçon occidental et se sont laissées rattraper dès le dix-neuvième siècle de la première révolution industrielle, au salut par la technique, le ré-enchantement industriel laïque adoptait le progrès comme valeur émancipatoire. Le « ré-enchantement du monde » décrit par Max Weber préfigurait la vente à tout bout de champ des corps vivants ne pouvant consentir positivement ou négativement selon leur bon-vouloir. 

Le bébé mis en vente sur le net se distingue néanmoins de l’annonce anthropophagique parue dans le presse allemande, car les deux protagonistes qui ont négocié leur cannibalisme et leurs forfaitures agissaient selon leurs consentements mutuels. La technologie et le mauvais usage qu'on en fait est d’avantage au cœur du scandale, car on peut admettre que c'est le progrès technologique qui fait la parade magique de l'obscénité humaine. 




 

 

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu