Avertir le modérateur

mercredi, 28 mai 2008

Le rock se trouvait ainsi circonscrit à de plus sages limites.

On dit que les Stones ont abandonné leur mythe à partir du drame d’Altamont en 1969 (selon François Bégaudeau : "Un démocrate : Mick Jagger, 1960-1969", les Stones seraient "morts" à partir de ce concert). Ce que Jean-Luc Godard a pointé malicieusement dans One + one. C’était le jour où un noir se faisait poignarder par un Hell’s Angel fatigué. Depuis ce jour, les services de sécurité dans le monde du rock se sont bureaucratisés, et les Stones, plutôt que de planifier une expression scénique vers l’horizon ouvert des pelouses urbaines (type Hyde parc),  sont revenus à l’architecture fermée du stadium. Le rock se trouvait ainsi circonscrit à de plus sages limites, à des stades mieux structurés et à une séparation presque définitive de la scène et de la salle. La convivialité du club dont on n'ose pas dire le nom laissait parfois surgir un forcené cherchant à toucher la main de Keith mais qui en retour recevait sa guitare en pleine face. Depuis, seul Charlie Watts a gardé son incongruité, il présente les signes d’une adolescence assumée, puisque qu’il est le premier parmi ses congénères à s’habiller comme un homme de son âge.

Le film Shine a light de Martin Scorcese voudrait faire un retour nostalgique aux Stones et à leur essence, et peut-être à la fibre première du réalisateur. Je n’ai pas encore vu le film mais la bande-annonce résume suffisamment l’ambiance. Elle montre que le concert a eu lieu dans un théâtre prestigieux, le « Beacon Theatre », à New York, pendant l'automne 2006. Nostalgie posthume ?

Le dilemme et la prouesse technique du dispositif semble tenir selon le réalisateur au fait que Mick Jagger a bénéficié d’un éclairage d’une grande qualité, qui surtout ne l’aurait pas cramé. Héroïsme postmoderne que de faire ses classes sous les projecteurs néfastes de la célébrité. 

Mais malgré tout, le lieu intimiste chez les Stones fait figure de pâle rhétorique, aussi bien que d’une forme mythique refoulée, car à chaque tournée mondiale, on case un « Olympia » ou une petite salle pour revenir sur ce qui a été peut-être définitivement perdu avec eux : leur spontanéité avec le public. Sont restés depuis cette dispatition les côtés laborieux et luxu(r)eux d'une mise en scène fatiguée, faces d’une même pièce, celle de la sauvagerie propre au voyage communautaire et à l’Amérique. L’incarnation d’une génération entière à une road story, que certains fans suivaient au jour le jour, pour les plus fortunés.

Il n’empêche que cette sauvagerie électrique de masse a permit aux Stones d’aborder un aspect de la mondialisation et de sa technologie, à l’instar des fêtes foraines où jadis le cinéma a été exploité comme une curiosité technologique. Scorcese revient au rapport des Stones en tant que phénomène technologique à celui du cinéma, menacé depuis des décennies par la télévision, télévision menacée elle-même par les assauts d’une exploitation commerciale du net.

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu