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lundi, 05 mai 2008

Undead, de Michael & Peter Spierig, 2002

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Même si le making off de Undead laisse entendre que les 300 effets spéciaux du film est impressionnant vu la modestie du budget alloué au film, l'originalité du projet réside plutôt me semble-t-il dans le scénario. L'écriture et la transposition des personnages sont contrastées et caricaturales, et il y a tous les ingrédients pour un huit clos précipité. Marqué par une dégénérescence du pitoyable et du grotesque gore relevant des meilleures traditions (Roméro, Craven, Hooper, etc...), Undead ne semble avoir marqué ses réalisateurs que par son côté technique excessif contrebalancé par un budget insignifiant et beaucoup de débrouilles. Une chose est sûre, si par hasard il n'échappe pas à la production que l'humour corrosif des figures sociales est incarné par les uniformes toujours en excès par rapport à leur fonction sociale (on peut penser d'hors et déjà au Moules malics de Marcel Duchamp qui représentent les uniformes de l'ordre social), la panoplie dévitalisée des caractères les systématise sans patos superflus : tous les hommes sont à quelque degré près d'une grande naïveté. Les figures sont simples, démarquées par des contrastes qui contredisent les rôles et leurs fonctions sociales. Si le flic et la fliquette sont structurellement maladroits ils contribuent tant bien que mal à faire respecter la loi de manière toujours décalée : la fliquette récite par coeur le décret de loi interdisant le port d'arme à feu, différence majeure de l'Australie et des USA, alors qu'il est d'une urgence capitale de sauver sa peau du danger qui les guette. D'une loi qui ne veut plus rien dire dans un paysage dévasté, d'un huit clos en plein air, où personne ne les entendra. Le couple dont la jeune femme attend un enfant laisse entrevoir un père qui ne semble pas du tout assumer sa paternité qui arrive, il choisit de rester cet éternel ado sur le qui-vive, avec un ton adopté impatient et panique.
  
A l'instar des vieilles générations d'appareils photo numérique, le héros marin-pêcheur est un vieux garçon (que des boîtes de haricots sagement rangées trahissent), mais chose rare dans le milieu du cinéma, il est doté d'un temps de latence de plus de trois seconde. Il réagit toujours en retard, mais la rapidité angoissante des zombies fait qu'il tire de toute manière à temps dans la tête, juste au bon endroit pour les arrêter. Tuer ne veut plus rien dire lorsque nous avons à faire à des zombies, il suffit juste d'arrêter leur avancée pour que des dizaines d'autres apparaissent. Ils ne se reproduisent pas comme des lapins, mais contaminent inlassablement leur milieu. Les figures et les traits psychologiques sont bien arrêtées, chaque personnage est une caricature de la société américaine, même si le film est australien.
Le flic et sa maladresse. Que peut-on bien apprendre dans une école de police? Est repris le modèle du flic de La dernière maison sur la droite de Wes Craven, jusqu'au burlesque historique du cinéma d'avant-guerre. Harisson est un chartier obsessionnel, il a le verbe nerveux, mais quand il utilise son arme, c'est pour systématiquement viser à côté. Il maintient à qui mieux mieux qu'il représente la loi, et que sous sa responsabilité, il n'y aura aucun mort; effectivement, il terminera la course le premier. Héroïquement certes, dans une stratégie complètement ridicule. Lorsqu'il choisit d'affronter le vaisseau spacial seul, la pluie contaminante le fera chuter du vaisseau d'aliens.
Marion : Ce pêcheur, par qui tout commence, est sobre, d'un calme décoiffant. Il est le premier héros calme de l'histoire du cinéma. Inerte dans son action, Marion reste malgré tout précis. D'un geste assuré, il sait jetter ses pistolets en l'air, reprendre son fusil d'assaut, tirer, puis rattraper au bon moment les deux armes jetées trente secondes avant. Il sait aussi planter ses éperons dans un mur et à la renverse toucher sa cible, avec saut périeux. Il glane les informations fatales pendant l'action, sait repérer le point faible des zombies avec chance. Viser la tête pour les arrêter. Un flashback nous le montre en duel avec un poisson, prise de bec, échaut-fourré, coup de boule à double détente...
Dans Undead, l’institution policière prend le rôle du bouc émissaire. Si le flic est constamment visé, on peut même dire que les zombies sont un faux prétexte, que le thème principal du film est la loi, l’usage de la loi, par qui, par quelle légitimité ?

1346535297.jpg Si on se réfère au livre de Denis Duclos, Le complexe du loup-garou, La fascination de la violence dans la culture américaine, la culture américaine est fascinée par sa propre violence. Car la société américaine n’a pu se départir de cette caractéristique identitaire violente, elle s’est fondée à partir de communautés antagonistes, qui ont forgé des comportements envers l’autre et l’étranger de manière presque paranoïaque. Le Furieux rassemble parmis d'autres les identités antagonistes en une seule cohérente, celle du guerrier. Cette figure est basée à partir d’une pulsion guerrière qui fait le lien en nature bestiale de l’homme et sa culture civilisationnelle. Selon une des théories de l’anthropologie, il est une logique pour la civilisation de régresser pour retrouver les base de son humanité à venir, sans quoi aucune direction progressive ne peut avoir lieu. Les Etats-uniens tendent vers cette limite entre l’homme et l’animal, et fondent la proximité de leurs cultures et leurs histoires aux passages progressif ou régressif de cette frontière, aussi bien à travers les films, dont le principal matériau de la culture américaine a été disséminé dans le monde par l’industrie Hollywoodienne. Cette culture de la violence traverse le monde, en l’espèce de produits ludiques, jeux vidéos, films, fiction, mais aussi télé-réalité, etc… Le brouillage entre document, fiction et fait divers permet à ce phantasme de la violence de se relativiser, de se brouiller à d’autres univers plus anodins, entraîne en définitive à sa banalisation. La banalisation de la violence s’exerce sous la forme de produits culturels mais aussi en fictions médiatiques, comme la première guerre du Golf a été l’objet, dans la mesure où cette guerre a été racontée en premier lieu plus qu’elle n’a été relatée, et a été vérifiée en fonction de cette narration qui la construisait comme précession du simulacre, selon la terminologie employée par Baudrillard. Le mélange des frontières entre réalité et fiction, entre fait et virtualité, comme le fait qu’une possibilité de niche terroriste entraîne une compartimentation de tout un territoire en espace de surveillance généralisé, en société de contrôle comme l’avait bien perçu Gilles Deleuze pendant les années quatre vingt, ce mélange contribue à augmenter la peur de l’autre et la proximité d’autrui. Les Gates communities fourmillent aux USA, mais arrivent aussi en Europe, et son ouvertes à des officines de surveillance spécialisées. Ces Sin city sont de véritables prisons à ciel ouvert pour classes moyennes apeurées, mais aussi pour des générations effrayées des autres générations dont elles sont les proches voisines. La peur de l’autre qui n’est pas soi fait le lit de tout ce fatras phantasmatique. L’abri antiatomique de Undead préfigure l’indice de cette peur.

Si l’on suit la catégorisation des quatre figures de tueurs données par Denis Duclos, qui vont de l’homme à l’animal (Wolf) jusqu’à la machine folle et insensible (Robocop), notre Marion prend la forme à l’écran du chasseur trappeur, première figure la plus humanisée de la catégorie du chasseur Furieux, la plus excusable (encore plus si elle s’acharne contre des zombies) parmi celles qui continuent la liste macabre (suivent dans l’ordre croissant de l’horrible le guerrier, la bête sauvage et la machine à tuer). Marion est un héros qui a les traits de l’anti-héros, mais sa fonction n’est pas aussi négative que sa stature. Si sa démarche est celle d’un homme des bois, sa lenteur se fond dans l’environnement nocturne de la forêt. Il cache ses yeux ternes derrière un couvre chef qui le sert plus qu’il le magnifie, mais une dent perdue à la fin du film trahit sa défaillance intangible. 

La question posée par Duclos rejoint celle du film : « La culture anglo-américaine s’inspire avec ferveur du héros extraordinaire, parce qu’il lui renvoie son image de société extraordinaire ».
 

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