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jeudi, 10 avril 2008

La traque

La traque

 

Madonna semble aliénée par son image. Elle se contraint à s’habiller toujours de la même manière afin que les paparazzis arrêtent leurs traques, ne s‘intéressent plus à elle. Le système de la nouveauté et du scoop a-t-il trouvé sa faille? Certes, l’enfermement visuel de nos stars, à ciel ouvert, supervisait le show ordinaire des courses, des parcours d’écoles, des paniques et des signes offusquants. Mais cet enfermement vidéo couvre de plus en plus la rue, le quidam, et bientôt nos routes de campagne. N’importe qui et n’importe où, tout le monde sera susceptible d’être filmé, et ce n‘importe quand. L'incongru « t’es con! » fait part de cette couverture visuelle totale, où plus rien n'échappe à l'oeil du portable, où le temps privé du moment public (car jamais rien n'est totalement public) passe aux oubliettes de la spontanéité. Désormais, "l'épisode" doit être produit et post produit avant d’être montré. Plus de direct. Sauf que des petits malins ont fait circuler sur Youtube l'épisode imprévisible, et la rumeur s'est faite vérité. Les médias ont du fléchir devant une vérité qui circulait en masse sur le réseau. Ce qui lui a rendu un fier service. L’évacuation du temps réel semble la traque majeure à laquelle sont orientés la plupart des professionnels de l’image. Il s’agit désormais d’expurger des écrans un direct fugitif, l’en temps réel d’un possible écart et la survenue évènementiel de celui-ci semble d'avantage provenir du public. Le paparazzi est plus proche du public passif que des professionnels actifs.

Contre la prévision communicationnelle, l’en temps réel de la rue propage sa ruse évènementielle, d’autant plus que Madonna dissémine sur la planète son minois d’une perversité narcissique. Elle n’est pas la seule. Elle souffre de ne pas être la seule. Tout personnage public, même s’il est partiellement inconnu, mal connu, semble pris dans le mouvement irréversible de se rendre public. Il ne peut plus après coup retrouver l'instant privé, même l'instant intime, car tout l’espace qui l’environne l’engage à fuir sa solitude, pour éviter la part du néant qui le guette. Sinon il s’auto profane, mutile en lui la part profane dont il s’est exclu. La star traquée fuit le néant qui la traque, et qui lui ferait accéder si elle y arrivait vraiment, au réel, à la mort. L’aboutissement du néant au réel est l’assassinat de l’homme public. La perversité rendue aux mains du spectateur, devenu psychotique. John Lennon.

La traque des stars est un jeu passé au registre honteux qui a perdu son aspect mythique (mythe d’une recherche et d’une quête), mais qui n’a gardé de son aspect que le rituel. Vide, désactivé, le jeu est à la poursuite du mythe qui le hante. Se met-on assez à la place des paparazzis? Dans leur laborieuse recherche de l’image choc, les paparazzis sont confrontés à ce qui les oppose. Le labeur du tacherons contre la richesse. Il sont encore au front et représentent les derniers vestiges d’un contact réel, l’ultime front de la lutte des classes. En doutent-ils?

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