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jeudi, 10 avril 2008

Freaks are contagious

222ae76692d7b018573629a58c634f0b.jpg"The freak show", l'exposition spectacle qui a eu lieu de juin à août 2007 au Musée d'Art Contempain de Lyon, vient s'installer et faire son show au Musée de la Monnaie de Paris. Chose étrange, peut-être a-t-on affaire à une monstrueuse exposition, dont le thème a contaminé la fonction intiale de l'Institution patrimoniale de la monnaie. Une monnaie d'échange encore plus monstrueuse que celui du thème de la monstruosité appliquée au vivant, car il s'agit cette fois de la monstruosité de l'objet. A la différence du vivant, de l'Autre, du singulier, de l'idiotie des formes, y a-t-il vraiment un rapport possible de monstruosité avec un Musée dédié à la monnaie, encore plus avec les objets? Il s'agirait ici d'avantage de la métamorphose de l'Institution respectable à l'Institution déviante. D'une Institution monstrueuse, imprévisible.

Un objet n'est pas vivant, il reste inerte. Au mieux il est moche, beau, quelconque. Le monstre restera toujours fascinant parce que malgré tout, il réussit à vivre. Le mythe de Frankenstein repose sur cette force vitale. Mais il reste un mythe. Si l'objet était vivant, il devrait répondre à la question du "comment réussir à vivre ainsi?". C'est la question de l'euthanasie et du handicap (aussi que de l'effet de sa propre image sur les autres dans une société fondée sur la normalité). Les objets ne sont pas "handicapés", pas plus qu'ils ne sont "born-freaks". ils sont conçus pour fonctionner. Même ceux exposés au Musée de la Monnaie du reste, ça fonctionne en tant qu'exposition, dans une grande Institution, que Delire de l'art ne manquera pas de signaler parce que c'est l'Institution qui fonde la légitimité de la norme et du pathologique. L'exhibition (exposition) au sein de l'Institution normalise un contenu prévisible, en voix de normaiisation, de vente, d'échanges. Quoi de plus convenu?

Utiliser le terme "The freak show" pour ne parler que des objets est le signe d'un tabou, d'un fantasme. Car cette expression était destinée aux monstres de foire qui étaient largement utilisés pour l'exhibition de phénomènes humains singuliers, des écarts de la nature dits "anormaux", et non pas des écarts de l'artisanat ou d'une industrie "exotique". Le phantasme progresse de voir se réaliser un jour une exposition humaine, comme au bon vieux temps des "zoos humains". L'anthropologie du musée n'est-elle pas nostalgique du temps des revival et yéyés, parce qu'elle arrive de moins en moins à parler des nouveaux thèmes qui fondent notre actualité? C'est faire ainsi se retourner dans leurs tombes ces acteurs naturels qui se sont résignés peut-être à jouer le jeu du décalage humouristique entre les acteurs hollywoodiens et les Autres. L'emploi abusif d'un terme peut soustraire le sens initial du "monstre", voire le rendre plus fréquentable parce que réifié. Notre société culturelle pleine de moralité et de bons sentiments est-elle encore capable de regarder ses propres enfants en face? Il s'agit bien encore une fois d'Indicible, d'Irreprésentable, sous couvert d'exhibition chic et tendance.

Diane Arbus ne fait pas partie des artistes exposés, elle aurait du en faire partie, c'est le socle qui fonde l'art contemporain et la photographie à "parler" à leur place, si tant est que ce terme de parlers, mis en avant par Michel Foucault pour faire en sorte que les parlers parlent, est toujours plus d'actualité. A la limite, cela revient à se demander comment parler de ceux dont on parle, à leur place? Qui aura le courage institutionnel de présenter seule et sans fioriture la série "Freaks" de la photographe américaine Diane Arbus pour que ça nous parle?

Lorsqu'on jette un oeil aux objets exposés au Musée de la Monnaie, on ne peut manquer d'être étonné par la funesterie de l'exposition. Quel est le rapport entre les "monstres" représentés? Qu'ils soient représentés de manière disproportionnée ou hybride (les ballons de foot en punching ball), les objets n'ont rien de particulièrement monstrueux, ils restent tout juste "exotiques". La part du monstrueux dans les objets nous échappe plutôt, ils feraient même partie de notre environnement proche. Cette monstruosité est celle contenue dans nos objets quotidiens, ceux qui nous habituent à leur présence ordinaire. Le monstre est ordinaire aujourd'hui. Un radar autoroutier, une connectique trop indiscrète exhibée dans son salon...

 
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(recadrage de Freaks, produit par Tod Browning;
direction artistique, Cedric Gibbons; 1932)

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