Avertir le modérateur

samedi, 29 mars 2008

Quartier de Belleville, Paris

95cd07fe8753497c19723183f0f0d26f.jpg9e0bf9bf5fd4b506f32f3e9f1eab74d8.jpgd8fb869c61bc2ee48437a3278fda239a.jpgcaf4477c4d192012b8dbcbee70d4b8e2.jpg14069726da6e33b76af4f8bcc85fffb8.jpg

Au Père L.achaise, Paris

5df79b8bd3ed364a248522f84283d190.jpg43da0b0e98964d8f271b6f577bd9d283.jpg1b5509f2a76694b7fc35ff304370f0a0.jpg

f5fde0e4fc041cd02afc5214065b7825.jpg52df1412d049c20285ac41b9c20ee1aa.jpg1e49c1fe7d1746c4513fc98cc6fca028.jpg0167da72e21fc73d3241120b5d50cbed.jpge14f9b6e47da080effda384525399e44.jpg6ba0d29e03273b82b16a10179af82b72.jpg

Le père Lachaise est un terrain fertile en détails. Comme si, par temps couvert et sans personne aux abords des tombes, le photographe cherchait à investir la mémoire des pierres. L'envie réflexe qui consiste à chercher à chaque fois un modèle vivant pour le portraiturer s'affaisse pour satisfaire aux désirs des objets. Les pierres parlent. Le Père Lachaise est un paysage de pierres. Il n'est pas encore souillé par la technologie. Ni webcam ni caméras de surveillance, alors que le reste de la ville en est truffé. Pourtant il s'en passe des choses la nuit au Père Lachaise. Le jour où le cimetière sera filmé 24 h/24, on aura profané ce qui reste de sacré dans la ville. Là où chaque seconde du territoire sera enregistré, il n'y aura plus rien à optimiser, tout sera une source potentielle de renseignement. Pourquoi les Gothiques viennent se ressourcer dans les cimetières? Est-ce le signe d'un rejet violent des valeurs de notre société? Ou bien la recherche d'un nouveau romantisme qu'une recherche nostalgique de l'identité française rattrappe? A l'entrée du cimetière, le vendeur de souvenir a son drapeau français planté sur sa musette...b1a30793e17108b374467dba6dd703a3.jpg

 

 

jeudi, 27 mars 2008

Le sourire et l'art

(je continue... suite à l'article et aux réactions intempestives qui ont alimenté le débat sur Delire de l'art

Le sourire comme forme de sentimentalisme, il n'y a pas mieux pour distraire les artistes du souci politique. On entend de ci de là que Gilbert & George auraient mis le sourire au goût du jour, mais Gilbert & George font aussi de l'art scato, me semble-il? Loin les sourires des rois du gag, des fous chantants, des artistes qui devraient peut-être faire des sketches chez Patrick Sébastien pour susciter le rire, il faudrait adopter le sourire à l'art, car on peut s'y sentir bien, l'art serait plaisant. Je préfère le rire.

Un musée du sourire pourquoi? Je ne vois pas l'enjeu du sourire dans l'art? Le sourire est une manière d'accepter les enjeux de notre époque, le sourire est silencieux, tandis que le rire ne l'est pas. L'enjeu de l'idiotie, pour notre époque, plus ok. Les artistes idiots sont plus subversifs qu'un artiste à l'épreuve du sourire. On sourit à quoi, au drolatique, au pathétique, au sens? Le scandale de Manet du Déjeuner sur l'herbe faisait plutôt rire un public déchaîné, pas du tout convivial. C'était un rire dévastateur. Mais le musée du sourire? ok mais de quel sourire? Il faudrait que les artistes soient des gentils GO, des ouvreuses disciplinées qui attendent leurs pourboires, avec sourire de circonstance.


Afin de dépasser le conformisme du sourire, il faudrait lui associer sa contradiction, et au musée du sourire fournir sa propre critique :

_ Si on regarde les portraits officiels des principaux Présidents des Etats Unis d'Amérique, on peut constater qu'à partir de Jimmy Carter, tous les présidents qui lui succèdent vont sourire, alors que ceux d'avant avaient un panache, une attitude rectiligne, un port altier typique de Ben Laden par exemple, lorsqu'on peut le voir filmé en vidéo sur ses terres d'Afghanistan. Il ne passerait pas à vidéo gag.

_le sourire du happy-end où tout se passe bien est très bien orchestré à la pub, au sourire de tout ce qui cherche à vendre. La BNP disait sur ses pub des années 80 "Votre argent m'intéresse", ce qui est une belle perversité, aujourd'hui plus que l'argent le sourire rassure, il attire mais aussi repousse. Il existe une fascination du rictus. Aujourd'hui, la police va communiquer en souriant, va vous filmer en vous demandant de sourire : "souriez, vous êtes filmés" est toujours le mot d'ordre de la convivialité dans les endroits publics. La surveillance se fait convivialité, pour faire oublier le classement, et le travail de fichier qui prête en définitive moins à sourire, mais d'avantage à une tragédie heureuse d'elle-même.

Après avoir écouté la brève interview sur France Inter d'"Alexia", j'ai bien la confirmation - car silence radio sur son site - que le discours critique et "intello" sur l'art et le sourire est rejeté. Comme si le sourire était quelque chose de tellement pur que rien ne pourrait le souiller, et surtout pas la critique. "Alexia" avance l’idée que le grand public doit être amené à l'art d'aujourd'hui sans fioritures, ni justifications compliquées. Ce rejet attardé -- et somme toute déguisé contre l'art conceptuel et de l’art en tant que critique de l’art -- et du discours à propos de l’art revient toujours sur le devant de la scène. Le projet de site virtuel sur le sourire d’"Alexia", doublé de son rejet de tout autre discours qui ne soit pas ludique, c’est à dire de tout discours critique, revient à dire en somme que l’art aurait pour seule fonction de divertir, comme l’industrie culturelle et l’intertainment. Je ne dis pas que ce qui est abscond et confus est forcément bon, mais que l’espace public qui existe aussi bien dans la presse que sur le net, espace permettant l’interaction des publics sur un blog par exemple, ou sur un musée virtuel, est prit dans un dispositif fantastique qui permet l’échange de points de vus. Il est dommage de rejeter les critiques qu’on peut faire même sur le sourire dans l’art, en tant qu'objet d'étude comme un autre. Le thème du sourire, ou de tous les sourires imagés de l’Histoire de l’art n'est pas intouchable parce qu'il serait pur et innocent. Si Marcel Duchamp a gâché le sourire de la Joconde avec LHOOQ, c’est bien pour critiquer la fonction de l’art et du sourire.

Que le texte soit tributaire parfois d'une œuvre, et qu'"il n'y a pas de hors-texte", si l'on suit Derrida, élargit le texte en tant qu'art. Je pense à un travail de Mike Kelley sur l’écriture en tant qu’art, où un banal texte de type sociologique écrit par l’artiste dérive à un moment donné en délire institutionnel. La confusion principale du texte réside en ce que quelque part dans le texte, le lecteur ressent une gène, car il ne sait pas vraiment où le texte commence à décliner et devenir malade d’autre chose que ce dont il parle. Les discours sont tributaires des images, des mots, aussi confus soient-ils. Les rejeter sous prétexte que c'est trop complexe, trop compliqué pour le grand public qui voudrait "comprendre" revient à censurer, à cadrer et mettre au pas, au lieu que les échanges deviennent des échanges de points de vus.

Plages

(sans images)

Lire la suite

mercredi, 26 mars 2008

La plage

43f0c9d1c8972a71a84266d1d0fcaa2f.jpgLa plage de Pescara en "hors saison", est un atelier à ciel ouvert. Rien que ça... La plage reste artisanale, le peu d'employés qu'on y croise ont la charge de raccommoder les parasols dépareillés, réparer les accessoires qui n'ont pas résisté à la corrosion, au vent, aux assauts touristiques, des enfants insupportables. La plage devient un lieu inactivé, quelquefois arpentée par quelques promeneurs. La plupart des sportifs qui font leur jogging ne savent peut-être pas que la plage de sable est bien meilleur pour les articulations, mais l'asphalte reste malgré tout le terrain d'entraînement principal pour garantir une bonne altération de ses genoux. Courir sur le sable devrait demander un effort plus constant pour l'athlète qui a garé pas trop loin son 4x4. Il peut néanmoins bronzer en même temps qu'il court.

5d2ba13afaed3d6b0ab57f5a7aac22e6.jpg

La plage est un organisme fait de mosaïques en tout genre, de morceaux séparés, usés, hétéroclites. Ce champ n’a rien de naturel, la plage passe de long de la ville, et absorbe tous ses déchets volontaires ou involontaires. Pourtant malgré ses déchets, elle reste cet espace et ce moment interstitiel qui fait le vrai charme d'une plage balnéaire. Le décor est planté, en recomposition pour la prochaine cession. Y passe tout l’imaginaire de la société de consommation. Ses travers, ses régressions. Des grands jouets en plastiques jonchent les zones racornies presque effacées, et font l'incongruité de cette plage. Sa désertion semble soudaine, comme si ses usagers avaient du l'abandonner brutalement en pleine activité. Aucune trace, aucune victime.

4d5c1ba4d2edccea2eaad44683d408aa.jpgLa démocratie est une mosaïque faite de multiplicités, de différences identitaires qui cohabitent, se confrontent, ou s’acceptent, parfois s’aiment. La démocratie est une forêt, un voilage chaotique que William Eggleston a évoqué avec son bel ouvrage "The democratic forest". La photographie permet de faire ressurgir ce magma, avec toutes ses contradictions. Elle est l'outil objectif d'une démocratie toujours en friche, toujours à venir. En prenant ce mur, un couple s’est retourné, a attendu que je finisse la prise de vue, est revenu ensuite sur ses pas pour regarder ce qui avait du être digne d’être photographié. L’étonnement allié à la simplicité. Pourtant, si cette photographie semble bien cadrée, on voudrait la parfaire en retournant sur le lieu, et la décadrer, la tordre, de manière à lui donner sa promiscuité initiale. Car si désirer photographier est un acte purement occulte, photographier est aussi un acte de normalisation de l'image par le territoire.b0e5d46e0ddef35c5042797a5696c648.jpg

La photographie numérique à une grande capacité, une réserve beaucoup plus vaste que la simple bobine de film 24x36. Or, à l’ère du numérique, on s’étonne toujours de la validité d’un sujet, en dehors de toute considération de coût, car à produire, un cliché ne coûte quasiment rien si on a l’écran et l’ordinateur. Y aurait-il des sujets interdits, des sujets indignes d’être pris en considération ? L’ordinaire, le banal font partie de l’avant scène, d’avant le spectacle. Alors que le moment extraordinaire de la scène activée, le moment du spectacle le plus ordinaire en fait, le début et la fin, le banalise. Ce spectacle, auquel la plupart des regards sont dirigés semblerait digne d’être repris, réorganisé dans le souvenir imagé du hors scène, en dehors de la scène et de son moment spectaculaire. 

4a6eeadab8ce83cb18a0671c5731df6a.jpg
Ici un Saloon, au souvenir d’un Monde Ouest presque réel, sans ses touristes désabusés. Les glaciers sans papiers du mois d'août hantent ce lieu car il renvoie à leur dépareillement, à leur abandon et leur errance. Si le héros du film pénétrait dans ce saloon, il n’aurait pour objet duel qu’un sceau, un tuyau d’arrosage, une plaque numéralogique, juste assez pour le détourner de l’histoire.

174c202969fb6ef012e6e932b16cafa6.jpg

Cet arbuste, plein de son étrangeté, trône au milieu de l'image, me fait face. Les accessoires urbains ne l'empêche pas de persister. Il témoigne que la nature aura toujours le dessus sur l'homme, même armé de son pouvoir de séduction massive, l'architecture éphémère.
ce1163b61d7a391e58eca3fa06bdcbec.jpg

La protection systématique des arbres locaux est presque grotesque. Pourquoi se protéger contre les intempéries? La nature devrait se protéger contre la grêle. Dame Nature devrait être protégée contre un autre phénomène naturel, et non pas contre les phénomènes technologiques? La pollution humaine rate sa diversion, elle cache ses bouc émissaires comme pour les asphyxier.


6854bb1327f7550f5597c55cccf043af.jpg

Ce parc d'attraction urbain concurrence aussi bien la ville que la nature. Ce qui les concurrence est le paradigme du ludique, du jouet. Le pétrole transformé en plastique, lui même métamorphosé en jeu de plage... La chaîne consumériste est un travestissement des âges, une infantilisation généralisée de la ville, des échanges. Il ne s'agit plus à l'instar de Gilles Deleuze de se demander sur les devenirs, comment un enfant peut-il devenir un enfant, mais à la limite comment un adulte peut-il devenir un enfant, en dehors de toute considération consumériste, de captation des consciences...

450452cae26de87647cde2a28f3d6c28.jpg

La plage est un rangement, un protectionnisme de la propriété plastique, alors que les objets égarés jonchent la plage. On sait qu'un chantier doit se protéger du vol nocturne, moment propice pour que des pilleurs s'approprient des outils ou des instruments de travail que jamais ils ne pourraient utiliser. Si le plastique n'est pas une matière première recyclable comme le cuivre, le plastique a une qualité décorative, il génère l'imaginaire du factice. C'est un acte de vol pur, un jeu simulé d'un acte transitoire, comme l'enfance....


92eca807643c85ba7c13c229d5fc4607.jpg

Le décor est posé, il échappe aux intentions des employés, car le chantier doit changer, doit évoluer vers sa fin, son aboutissement, sa nouveauté en tant qu'espace. Le neuf est la fin du plastique. Le plastique est parmi les rares matériaux un de ceux qui garde la même apparence, au fur et à mesure des années. Il devient un masse intemporelle, expulsée de son époque. Seule sa forme retient le style de son époque, mais le matériau deviendra de plus en plus intemporel. Avec le temps, il ne se dégradera pas. Les bouteilles vides qui jonchent les plages traduisent pour les touristes que nous sommes un écœurement devant un tel retour, une telle éternité de la matière plastique. Sauf si nous habitons cette ville. Les photos de Martin Parr sur les plages de Liverpool, où ses habitants profitent d'une éclaircie pour se baigner à proximité des immondices, montrent que faute de mieux, on se contente du soleil et des ordures, on lange son bambin entre deux frites disputées avec les mouettes.

93c08217de3009bd4f762c25e4c8b2d8.jpg

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu