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jeudi, 27 mars 2008

Plages

(sans images)


Plages

La plage de Pescara en "hors saison" est un atelier à ciel ouvert. Rien que ça... La plage reste artisanale, le peu d'employés qu'on y croise ont la charge de raccommoder les parasols dépareillés, réparer les accessoires qui n'ont pas résisté à la corrosion, au vent, aux assauts touristiques. La plage est presque un lieu inactivé, quelquefois arpentée par quelques promeneurs. La plupart des sportifs qu'on voit faire leur jogging ne savent peut-être pas que le sable est meilleur pour les articulations, mais l'asphalte reste malgré tout le terrain d'entraînement principal pour garantir la bonne altération de ses genoux. Courir sur le sable doit constituer un effort plus constant pour l'athlète.

La plage est un organisme fait de mosaïques en tout genre, de morceaux séparés, usés, hétéroclites. Ce champ n’a rien de naturel, la plage passe de long de la ville, et absorbe tous ses déchets volontaires ou involontaires. Pourtant elle reste cet espace et ce moment interstitiel qui fait le vrai charme d'une plage balnéaire. Le décor est planté, recomposé pour la prochaine cession. Y passe tout l’imaginaire de la société de consommation. Ses travers, ses régressions. Des grands jouets en plastiques jonchent les zones racornies presque effacées, et font l'incongruité de cette plage. Sa désertion semble soudaine, comme si ses usagers avaient du l'abandonner brutalement en pleine activité.
Aucune trace aucune victime.

La démocratie est une mosaïque faite de multiplicités, de différentes identités qui cohabitent, se confrontent, ou s’acceptent, parfois s’aiment. La démocratie est une forêt, un voilage chaotique que William Eggleston a évoqué avec son bel ouvrage "The democratic forest". La photographie permet de faire ressurgir ce magma, avec toutes ses contradictions. Elle est l'outil objectif de la démocratie. En prenant ce mur, un couple s’est retourné, a attendu que je finisse la prise de vue, est revenu ensuite sur ses pas pour regarder ce qui avait du être digne d’être photographié. L’étonnement allié à la simplicité. Pourtant, si cette photographie semble bien cadrée, on voudrait la parfaire en retournant sur le lieu, et la décadrer, la tordre, de manière à lui donner sa promiscuité initiale. Car si désirer photographier est un acte purement occulte, photographier est aussi un acte de normalisation de l'image par le territoire.

La photographie numérique à une grande capacité, une réserve beaucoup plus vaste que la simple bobine de film 24x36. Or, à l’ère du numérique, on s’étonne toujours de la validité d’un sujet, en dehors de toute considération de coût, car à produire, un cliché ne coûte quasiment rien si on a l’écran et l’ordinateur. Y aurait-il des sujets interdits, des sujets indignes d’être pris en considération ? L’ordinaire, le banal font partie de l’avant scène, d’avant le spectacle. Alors que le moment extraordinaire de la scène activée, le moment du spectacle le plus ordinaire en fait, le début et la fin, le banalise. Ce spectacle, auquel la plupart des regards sont dirigés semblerait digne d’être repris, réorganisé dans le souvenir imagé du hors scène, en dehors de la scène et de son moment spectaculaire.

Ici un Saloon, au souvenir d’un Monde Ouest presque réel, sans ses touristes désabusés. Les glaciers sans papiers du mois d'août hantent ce lieu car il renvoie à leur dépareillement, à leur abandon et leur errance. Si le héros du film pénétrait dans ce saloon, il n’aurait pour objet duel qu’un sceau, un tuyau d’arrosage, une plaque minéralogique, juste assez pour le détourner de l’histoire.

Cet arbuste, plein de son étrangeté, trône au milieu de l'image, me fait face. Les accessoires urbains ne l'empêche pas de persister. Il témoigne que la nature aura toujours le dessus sur l'homme, même armé de son pouvoir de séduction massive, l'architecture éphémère.

La protection systématique des arbres locaux est presque grotesque. Pourquoi se protéger contre les intempéries? La nature devrait se protéger contre la grêle. Dame Nature devrait être protégée contre un autre phénomène naturel, et non pas contre les phénomènes technologiques? La pollution humaine rate sa diversion, elle cache ses bouc émissaires comme pour les asphyxier.

Ce parc d'attraction urbain concurrence aussi bien la ville que la nature. Ce qui les concurrence est le paradigme du ludique, du jouet. Le pétrole transformé en plastique, lui même métamorphosé en jeu de plage... La chaîne consumériste est un travestissement des âges, une infantilisation généralisée de la ville, des échanges. Il ne s'agit plus à l'instar de Gilles eleuze de se demander sur les devenirs, comment un enfant peut-il devenir un enfant, mais à la limite comment un adulte peut-il devenir un enfant, en dehors de toute considération consumériste, de captation des consciences...

La plage est un rangement, un protectionnisme de la propriété plastique, alors que les objets égarés jonchent la plage. On sait qu'un chantier doit se protéger du vol nocturne, moment propice pour que des pilleurs s'approprient des outils ou des instruments de travail que jamais ils ne pourraient utiliser. Si le plastique n'est pas une matière première recyclable comme le cuivre, le plastique a une qualité décorative, il génère l'imaginaire du factice. C'est un acte de vol pur, un jeu simulé d'un acte transitoire, comme l'enfance....

Le décor est posé, il échappe aux intentions des employés, car le chantier doit changer, doit évoluer vers sa fin, son aboutissement, sa nouveauté en tant qu'espace. Le neuf est la fin du plastique. Le plastique est parmi les rares matériaux un de ceux qui garde la même apparence, au fur et à mesure des années. Il devient un masse intemporelle, expulsée de son époque. Seule sa forme retient le style de son époque, mais le matériau deviendra de plus en plus intemporel. Avec le temps, il ne se dégradera pas. Les bouteilles vides qui jonchent les plages traduisent pour les touristes que nous sommes un écœurement devant un tel retour, une telle éternité de la matière plastique. Sauf si nous habitons cette ville. Les photos de Martin Parr sur les plages de Liverpool, où ses habitants profitent d'une éclaircie pour se baigner à proximité des immondices, montrent que faute de mieux, on se contente de soleil et d’ordures, on lange son bambin entre quelques frites disputées avec les mouettes.

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