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jeudi, 27 mars 2008

Le sourire et l'art

(je continue... suite à l'article et aux réactions intempestives qui ont alimenté le débat sur Delire de l'art

Le sourire comme forme de sentimentalisme, il n'y a pas mieux pour distraire les artistes du souci politique. On entend de ci de là que Gilbert & George auraient mis le sourire au goût du jour, mais Gilbert & George font aussi de l'art scato, me semble-il? Loin les sourires des rois du gag, des fous chantants, des artistes qui devraient peut-être faire des sketches chez Patrick Sébastien pour susciter le rire, il faudrait adopter le sourire à l'art, car on peut s'y sentir bien, l'art serait plaisant. Je préfère le rire.

Un musée du sourire pourquoi? Je ne vois pas l'enjeu du sourire dans l'art? Le sourire est une manière d'accepter les enjeux de notre époque, le sourire est silencieux, tandis que le rire ne l'est pas. L'enjeu de l'idiotie, pour notre époque, plus ok. Les artistes idiots sont plus subversifs qu'un artiste à l'épreuve du sourire. On sourit à quoi, au drolatique, au pathétique, au sens? Le scandale de Manet du Déjeuner sur l'herbe faisait plutôt rire un public déchaîné, pas du tout convivial. C'était un rire dévastateur. Mais le musée du sourire? ok mais de quel sourire? Il faudrait que les artistes soient des gentils GO, des ouvreuses disciplinées qui attendent leurs pourboires, avec sourire de circonstance.


Afin de dépasser le conformisme du sourire, il faudrait lui associer sa contradiction, et au musée du sourire fournir sa propre critique :

_ Si on regarde les portraits officiels des principaux Présidents des Etats Unis d'Amérique, on peut constater qu'à partir de Jimmy Carter, tous les présidents qui lui succèdent vont sourire, alors que ceux d'avant avaient un panache, une attitude rectiligne, un port altier typique de Ben Laden par exemple, lorsqu'on peut le voir filmé en vidéo sur ses terres d'Afghanistan. Il ne passerait pas à vidéo gag.

_le sourire du happy-end où tout se passe bien est très bien orchestré à la pub, au sourire de tout ce qui cherche à vendre. La BNP disait sur ses pub des années 80 "Votre argent m'intéresse", ce qui est une belle perversité, aujourd'hui plus que l'argent le sourire rassure, il attire mais aussi repousse. Il existe une fascination du rictus. Aujourd'hui, la police va communiquer en souriant, va vous filmer en vous demandant de sourire : "souriez, vous êtes filmés" est toujours le mot d'ordre de la convivialité dans les endroits publics. La surveillance se fait convivialité, pour faire oublier le classement, et le travail de fichier qui prête en définitive moins à sourire, mais d'avantage à une tragédie heureuse d'elle-même.

Après avoir écouté la brève interview sur France Inter d'"Alexia", j'ai bien la confirmation - car silence radio sur son site - que le discours critique et "intello" sur l'art et le sourire est rejeté. Comme si le sourire était quelque chose de tellement pur que rien ne pourrait le souiller, et surtout pas la critique. "Alexia" avance l’idée que le grand public doit être amené à l'art d'aujourd'hui sans fioritures, ni justifications compliquées. Ce rejet attardé -- et somme toute déguisé contre l'art conceptuel et de l’art en tant que critique de l’art -- et du discours à propos de l’art revient toujours sur le devant de la scène. Le projet de site virtuel sur le sourire d’"Alexia", doublé de son rejet de tout autre discours qui ne soit pas ludique, c’est à dire de tout discours critique, revient à dire en somme que l’art aurait pour seule fonction de divertir, comme l’industrie culturelle et l’intertainment. Je ne dis pas que ce qui est abscond et confus est forcément bon, mais que l’espace public qui existe aussi bien dans la presse que sur le net, espace permettant l’interaction des publics sur un blog par exemple, ou sur un musée virtuel, est prit dans un dispositif fantastique qui permet l’échange de points de vus. Il est dommage de rejeter les critiques qu’on peut faire même sur le sourire dans l’art, en tant qu'objet d'étude comme un autre. Le thème du sourire, ou de tous les sourires imagés de l’Histoire de l’art n'est pas intouchable parce qu'il serait pur et innocent. Si Marcel Duchamp a gâché le sourire de la Joconde avec LHOOQ, c’est bien pour critiquer la fonction de l’art et du sourire.

Que le texte soit tributaire parfois d'une œuvre, et qu'"il n'y a pas de hors-texte", si l'on suit Derrida, élargit le texte en tant qu'art. Je pense à un travail de Mike Kelley sur l’écriture en tant qu’art, où un banal texte de type sociologique écrit par l’artiste dérive à un moment donné en délire institutionnel. La confusion principale du texte réside en ce que quelque part dans le texte, le lecteur ressent une gène, car il ne sait pas vraiment où le texte commence à décliner et devenir malade d’autre chose que ce dont il parle. Les discours sont tributaires des images, des mots, aussi confus soient-ils. Les rejeter sous prétexte que c'est trop complexe, trop compliqué pour le grand public qui voudrait "comprendre" revient à censurer, à cadrer et mettre au pas, au lieu que les échanges deviennent des échanges de points de vus.

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