Avertir le modérateur

lundi, 10 mars 2008

..

Infantilismes et pouvoirs.

 

Le pouvoir aujourd’hui est disséminé. D’après Michel Foucault, un gardien d’immeuble ou un homme politique, un administratif, ont un rapport presque égal au pouvoir. Si ce gardien d’immeuble sait faire jouer de son influence, c’est parce qu’il sait gérer le sort des récalcitrants et des conciliants. Cet homme est tout aussi concerné par le problème posé par l’exercice d’un pouvoir, aussi mineur soit-il. Mais l’exercice du pouvoir a régressé. Cette régression est liée à la dégradation de la fonction souveraine du pouvoir lui-même pour un pouvoir réduit au pouvoir policier. A quoi sert d’avoir le pouvoir aujourd’hui si ce dernier a perdu sa fonction principale de modèle?

Autrefois, l’aristocratie s’octroyait le rôle de légateur testamentaire du pouvoir divin dont les anges était littéralement les ministres divins du partage des pouvoirs. Mais lorsque cette aristocratie auto suffisante fût tombée en crise, les philosophes des Lumières se sont chargés de faire passer son exercice vers la raison et l’espace public, dont Kant considérait que par lui s’exprimait la nécessaire liberté de vérité. La raison devait assurer l’accès de la minorité à la majorité, que les logiques disciplinaires n’entraveraient plus. La condition du pouvoir républicain s’exercerait dès lors au grand jour préfigurant l’interdépendance théorique des pouvoirs actuels : le pouvoir présidentiel, les pouvoirs législatif et exécutif, chapotés par les « sages«  de la Cour (suprême) Constitutionnelle.

A la fin du vingtième siècle, la corruption du pouvoir s’exprime tous les jours, à tous les instants. Même l’art n’a pas échappé à une corruption sensible lié à un abus de pouvoir étatique octroyé par une politique protectionniste de FRAC et de DRAC sous Jacques Lang, qui ont fragilisé la pertinence de l‘art dit français vis-à-vis de l’art international. Mais Paris avait par ailleurs perdu sa place de capitale culturelle de l’art dès l’après-guerre et l’exode aux Etats-Unis du Surréalisme. Si l’art contemporain, du point de vue de l’espace public et de l’opinion, a souvent été l’objet d’un soupçon vis-à-vis de son cynisme et de son ironie injustifiée, ce n’est pas tant à cause de son incapacité critique, mais aussi à cause de son protectionnisme abusif assuré. Dès que les conditions de production sont facilitées, le risque de la qualité se trouve posée. Le jazz a connu le phénomène similaire : lorsque la durée des plages de disque vinil s’est vue augmentée du soixante dix huit tours au quarante cinq tours, la qualité des solos s’est vue racornie, à cause paradoxalement d’une durée d’action rendue plus confortable pour le musicien. De même, l’émission phare de la Star Académie démontre à elle seule que lorsque les conditions de production sont trop bien encadrées, avec un système dont la fonction est de capter tous les sens à des fins consuméristes -- vue, ouïe, gestuelle, attitude --, avec l’assentiment des parents, le contenu se vide de qualité originale. A l’instar des Académies des Beaux Arts du reste, qui ont suivi les mêmes sorts avant l’avènement de la peinture moderne à la fin du dix neuvième siècle. L’artificialité d’un art trop protégé -- comme une espèce en voie de disparition -- par un système étatique ou tout autre système financier -- M6 produit la Star Académie -- fragilise sa production et son authenticité. On ne cesse de rester quelque part marxiste quand on persiste à penser que les conditions de production sont tributaires d’un contenu, et on a très probablement raison

Il est aussi probable que les formes de régressions marquées masquent des régressions plus générales. C’est en d’autres termes ce qu’affirme Jean Baudrillard sur l’Amérique quand il avance que les parcs d’attractions du type Disneyland masquent que toute l’Amérique est infantile. De même, les processus de l’infantilisme et de l’idiotie au sein de l’art contemporain masquent leur réalité générale par la production de thèmes redondants qui ont la même forme que le symptôme dont-ils sont touchés, ce pour faire oublier des formes similaires plus générales et plus problématiques contaminées par l‘infantilisme. Ces thèmes majeurs de diversion et de dissuasion de l’art contemporain occidental pendant les années deux mille (les rhétoriques liées à l’idiotie, l’infamie, l’infantilisme, voire diverses régressions académisées, tel le body art technologique) ont été en quelque sorte la préfiguration de l’infantilisme comme thème ou contenu pour masquer l’infantilisme technologique latent et global qui contamine aujourd’hui le champ politique avec l’impact du marketing et de la communication, voire aussi bien toute la société. A l’instar de l’idée affirmée par Jean-Charles Masséra selon laquelle la société de consommation serait entièrement orientée vers les enfants, la société de consommation d’hier a générée une société d’aujourd’hui infantile. Bernard Stiegler affirme quant à lui que « nous sommes dans une société de l’infantilisation ». Cet infantilisme au pouvoir est une forme de corruption qui double une corruption financière fabuleusement relevée avec le club financier Picsou. Elle plombe la légitimité internationale du rôle de digne représentant.

.

 

 

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu