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lundi, 04 février 2008

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Sarkozy dans

            « Qu‘est-ce que les lumières? ».

Sur Sarkozy et la religion.


Kant dans « Qu’est-ce que les lumières » affirme que l’homme reste prisonnier de sa « minorité » par conformisme. Il est difficile pour l’individu isolé d’atteindre sa propre « majorité », car il laisse aux institutions en charge le soin de la penser à sa place. Mais il ressort qu’avec la société, avec l’assentiment des autres individus, et vis-à-vis d’un public au sens large, cet individu peut faire un usage de sa raison c'est-à-dire l’expression de son entière liberté. Opposant un usage de la raison libre au sein « du public » et un usage de la raison limitée au sein « du privé », Kant penche pour la forme publique comme possibilité de l’évolution progressive des lumières, en deçà de tout barrage qui pourrait enfreindre le bon usage ou le mauvais usage d’une raison libérée, aux prises avec les conventions disciplinaires dont les effets contradictoires pourraient mettre à défaut toute critique trop directe envers elles. C’est aussi en tant que savant que Kant voit l’individu réaliser l’expression critique au sein de l’usage public de la raison, critique qui dans son espace privé disciplinaire ne passerait pas. Choisissant un exemple qui personnifie cet esprit éclairé, Kant choisit le roi  de Prusse Fredéric II comme incarnation exemplaire des lumières : « un prince qui ne trouve pas indigne de lui de dire qu’il tient pour un devoir de ne rien prescrire aux hommes en matière de religion, mais de leur laisser en cela pleine liberté, qui décline par conséquent jusqu’à l’attribut hautain de tolérance, est lui-même éclairé ».

Sarkozy est-il vraiment savant lorsqu’il affirme en conférence de presse, devant un parterre de personnalités de la société civile et de l’espace public, en dépit de l’ordre Laïque instaurant la séparation symbolique et réelle de l’église et de l’Etat, qu’il n’est rien en dehors du catholicisme qui soit prépondérant en Europe, et que rien d'autre ne lui serait en quelque sorte substituable. Si l’on se réfère au modèle des Lumières, Sarkozy ne lui est pas du tout fidèle, puisqu’il ne se fait pas un devoir de ne rien prescrire aux hommes en matière de religion, restreignant la liberté de s’orienter vers une religion quelconque, ou même de ne pas s’orienter du tout. Devant qui cherche-t-il à s’exprimer, sinon dans le domaine privé d’un ordre privé? Qu‘en est-il de donc de l’athéisme, ou du fait de ne croire en aucune religion mais de croire, ne serait-ce qu’au moins à la possibilité qu’il existe quelque chose plutôt que rien ? Serait-ce dire que la nation ne reconnaîtrait pas ses nouveaux hérétiques qu’elle montrerait désormais du doigts?

Alors pourquoi se réclamer d’une « politique de civilisation », inspirée des grands auteurs de l’Europe des lumières, et faire un contresens magistral de la pensée des lumières dont Sarkozy voudrait propager la foi, en bon samaritain? Exercer un manichéisme à la Bush en inventant de toute pièce une situation post-11 septembre alors qu‘elle n‘a pas encore eu lieu en France n’est-il pas aventureux? Les aventures de G. Bush avaient au moins l’alibi de l'attentat majeur pour "filer" sur la ligne de "l'axe du mal" le discours du bien contre le mal. Sarkozy n’en a aucun, c’est encore pire. Seulement si répondre de la peur d’un attentat en France est de faire jouer une provocation anti-laïque et anti-islam, soit une méthode dualiste de différenciation, cette approche ne pourrait-elle pas attiser par des propos commis à la va-vite le contexte fatal d’un autre «11 septembre» posé avant septembre?

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