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vendredi, 01 février 2008

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Un esprit du gore.

On assimile en général toute forme spirituelle à quelque chose d’élevé, de haut placé dans le monde des idées. Platon n’aurait semble-il, à l’encontre de Georges Bataille, pas considéré une seconde l’abjection. La décomposition pour Platon est une division qui ne laisse aucun reste. Selon le Timée , Platon prend l’ordre des quatre éléments qui se décomposent les uns dans les autres pour circuler et se transformer. Mais pour lui il est vital de chercher les causes premières, causes intelligentes qui sont l’éternité de l’âme, car des causes secondaires ou passagères, les substances matérielles qui circulent entre elles ne sont pas dignes de considération, comme le sont pour lui les essences. l’abjection n’est pas prise en compte pour Platon car il n’y a aucune altération possible de toute substance :

« Un corps ne peut produire en lui aucune altération, ni en éprouver aucune de la part d'un être avec lequel il a une entière ressemblance; au contraire, tant qu'un corps étranger se trouve contenu dans un autre, et combat contre plus fort que soi, il ne cesse d'être attaqué (dissous) ».

En somme pour Platon, il n’est aucune essence de l’abjection qui, en tant que forme résiduelle altérée, ne peut s’assimiler nulle part dans le monde transcendantal des idées. Or, la fin du vingtième siècle a montré qu’après la Shoah, après le temps d’un impossible événement présentable, autant sous une forme poétique qu’artistique, le cinéma et l’art contemporain auront été la forme idéale pour représenter l’abjection (1) sous une forme suggérée ou explicite, que le cinéma de l'abjection gore a signifié. Ceci en dépit de catégories honteuses qui ont caractérisé le gore, tantôt classé au registre du cinéma de série B ou de cinéma bis. Même si la Shoah à bien laissé des « restes » indirects, des témoignages filmés de la vaste entreprise d’effacement ethnique que la Solution finale nazie escomptait, ces restes sont-ils abjects au sens platonicien du terme dirons-nous, au sens d’un esprit de l’abjection ? Et ce malgré les volontés historiques, négationnistes et nazies qui ont voulu effacer ces traces de traces de leurs procédés abjects. A partir du constat tenu par Théodore Adorno sur l’impossibilité de faire un quelconque art après Auchwitz, ni la poésie ni l’art ne pouvaient rendre compte d’une esthétique ou d’un art de l’abjection. Sauf peut-être le contexte plus vaste et plus trivial que la productivité consumériste acceptait de valoriser, sous les hospices d’une société de consommation qui se mettait en place, et qui faisait émerger à partir des années trente et quarante en Occident une nouvelle catégorie esthétique : le kitsch ou la camelote de l’industrie culturelle. Jean-Yves Jouannais remarque que le nain de jardin apparaît avec l’essor de la société de consommation en Allemagne pendant les années trente. Un nain de jardin porte en lui toute l’abjection non matérielle du dégoût culturel qu’il inspire aux classes rejetant son mauvais goût inhérent et sa contre originalité de reproduction mécanisée, son esprit. Ce nain de jardin reproductible à l’infini reflète la critique que faisait Walter Benjamin sur la disparition de l’art et de son aura depuis l’apparition de la photographie comme instrument de la reproduction mécanisée. Fin de l’unicité de l’œuvre d’art, reproduite et dupliquée dans n’importe quel endroit du monde.

Notes
1/ Shoah de Claude Lanzman montre que l’indicible peut être non pas représenté mais suggéré, par les quelques témoignages des survivants des camps. La vidéo, procédé hybride entre le cinéma et l’art contemporain prend ici un caractère symptomatique.

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