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samedi, 26 janvier 2008

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Abjection et Cinéma gore.

Un esprit du gore.


On assimile en général toute forme spirituelle à quelque chose d’élevé, de haut placé dans le monde des idées. Platon n’aurait semble-il, à l’encontre de Georges Bataille, pas considéré une seconde l’abjection. En somme pour Platon, il n’est aucune essence de l’abject qui, en tant que forme résiduelle négative, ne peut s’assimiler nulle part dans le monde transcendantal des idées. Or, la fin du vingtième siècle a montré qu’après la Shoah, après le temps d’un impossible événement présentable, autant sous une forme poétique qu’artistique , le cinéma et l’art contemporain auront été la forme idéale pour représenter l’abjection. Ceci en dépit de catégories honteuses qui ont caractérisé le gore, tantôt classées au registre du cinéma de série B ou de cinéma bis. Il n’en demeure pas moins que le cinéma gore et l’art contemporain, subsumés dans un genre gore, a réussi à contaminer les deux domaines en un seul. Un gore qui a su s’assimiler en tant qu’esprit afin de séduire la vertigineuse consommation de masse. Esprit adapté au consumérisme des images de l’horreur, que l’information en général ne parvenait pas à esthétiser suffisamment pour faire oublier la loi d’une répétition de l’Histoire inquiétante. L’art contemporain a influencé le genre gore, tels le terrorisme ou les conflits mondiaux ont influencé le gore, afin que l’imprésentable soit intégrable dans le monde ordinaire. Nous verrons qu’un esprit gore est insufflé avec les drames. Esprit gore qui relativise notre appréhension des évènements vers une sensation esthétique du monde telle que nous avons plaisir à le voir défiler quand certes, ces évènements « existent » sans être représentés (on pense surtout à la censure des corps au pieds des Towers center que l‘armée américaine n‘a pas laissé échapper, malgré la reprise en boucle et de l‘effondrement cataclysmique devenu en temps réel un évènement sans corps planétaire), à l’image de ces morts que le cinéma ne cesse de représenter sous forme de fiction, de fables paradigmatiques du « film d‘action » d‘une réalité sans action et spontanée, sauf dans bien des faits divers, nous rappelant à notre réalité immanente. Esprit qui rend d’autre part possible aux médias de développer et d’impacter une banalisation du gore vers son esthétisation. Et ce jusque dans des domaines du reportage ou de l’analyse journalistique qui n’a pas, à priori de légitimité particulière pour rendre compte des manières esthétiques de représenter la réalité. On imagine mal un article au sujet de la "chartérisation" d'un immigré clandestin, où s'ajuste la dissertation sur l'harmonie des couleurs de la photographie du reporter que ce dernier aurait réussi à glaner. Or, aussi bien le journaliste que l’artiste dans le domaine des arts plastiques œuvrent vers une même direction esthétique de la représentation. Esthétique non pas de contenu, mais de manière de faire, de représenter, de tenir un discours esthétique tout fait adapté à l'évènement. L’esthétique n’est pas du tout un domaine situé hors du champ politique, comme l’affirme Jacques Rancière, il est une esthétique en tant que telle politique. Il est un esprit gore comme un esprit du terrorisme. Jean Baudrillard a rendu manifeste la formulation presque hégélienne que si l’histoire a un sens et un esprit qui s’incarnent l’un l’autre, l’événement du 11 septembre a bien représenté cet esprit du terrorisme. Si Hegel à vu dans Napoléon l’incarnation de l’esprit de l’histoire, Jean Baudrillard situe la nouveauté d’un esprit particulier à notre temps un certain 11 septembre, ce moment où d’une certaine façon les deux tours, symbole de la duplication digitale, se suicident. L’esprit du terrorisme qui annonce notre temps est défini comme une singularité que le monde hégémonique incarné par les Etats-Unis n’a pas voulu voir ni assimiler cette abjection en tant que signification critique du capitalisme plausible, car la stratégie a visée la surenchère guerrière et technologique. Ces formes spirituelles des évènements couvrent aujourd’hui d’une chape de plomb notre sensibilité et ajoutent à notre croyance ordinaire un doute profond sur la validité du progrès technologique. Car les techniques de communication de l’internet servent par exemple d’appui stratégique et logistique de réseaux dormants pour missionner certains groupuscules de projets à visée apocalyptique, mais contredisent aussi la croyance d’un point de vue tout simplement religieux, car quelle religion affirme explicitement l’extermination de ce qui n’est pas elle sans aide matérielle ni armes produite en ce bas monde? Aussi bien la religion ne peut se passer de technique, que la technique ne peut se passer de religion, c’est-à-dire de cause idéologique qui détermine son combat.

 

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