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lundi, 14 janvier 2008

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Dimanche 13 janvier 2008, café philo des Phares, thème du jour :

 

commence et où s’arrête la normalité ?

 

L’entre-guillemet de la « normalité ».

 

 Il me semble que le préjugé du sujet, son sens commun réside dans la distinction évidente qui semble jouer à partir des termes « normal », « anormal ». Or, en aucun cas les deux termes ne s’opposent, ils sont pour ainsi dire d’une même famille, issus d’un même système de valeur. On peut considérer par conséquent que c’est la normalité qui décide de ce qui est anormal, dans un rapport de force, une domination entre les deux termes. Même l’anormalité est normée. Dès que le terme « homme » est donné comme norme, aussitôt les féministes revendiquent et demandent réparation contre l’effet négatif produit par le terme dominant. Charles Taylor a montré que la politique identitaire réside principalement par la revendication des minorités sociales pour obtenir une reconnaissance du terme dominé par le terme dominant. Si une minorité ne se reconnaît pas comme telle, c’est qu’elle n’a pas eu le loisir de se définir, elle demande donc, de la part des institutions, réparation. C’est aussi à la fameuse injonction de Michel Foucault « que les parlers parlent ! » que fait état cette injustice structurale d’un sujet dominé. Walker Evans a pu chercher dans un tout autre domaine à photographier et à « faire parler » de ce dont on parle, lors de la célèbre mission FSA aux Etats-Unis pendant les années 30, où le gouvernement Roosevelt cherchait à évaluer les effets de la crise de 1929. La prise en compte de la misère paysanne, de la vie ordinaire de sujets victimes de la crise morale et économique devait se faire selon une posture éthique qui précédait déjà celle de Foucault lorsqu’il chercha à questionner les « parlers » de l’univers carcéral. Evans laissait aux sujets la possibilité de se mettre en scène, sans la domination ou la normalité d’un photographe assuré. Il expulsait la mise en scène dominante qui ne se souciait pas du désir  et des revendications des sujets dont elle voulait rendre compte. Le photographe qui aurait agit autrement aurait intégré sans le savoir l’effet de la domination, soit la norme en bon éduforme. Si l’anormal est décrétée par la norme, on peut donc penser que l’anormalité est la conséquence construite d’un pouvoir légitime auquel la « normalité » qui est sienne instaure et désigne ce qui est ressort du pathologique, sans demander son avis au « pathologique », sans questionner ceux dont on parle, sans se soucier de leurs propos, voire de leurs conditions d’existence, pour ainsi dire. Elle nie ce dont elle veut parler en parlant à sa place. Ce à quoi les deux termes s’opposent, où le « normal » et « l’anormal » ne font en fait qu’un seul et même terme, est l’anomie.

 

Est anomique ce qui est hors règle, hors définition, ce qui n’appartient pas au registre catégoriel mis en place par la norme. L’histoire de l’art a vu des périodes anomiques, dans des contextes de crise, où des mouvements historiques entraient en déficit de reconnaissance, aussi bien de la part du public que des historiens, lorsqu’une apparition nouvelle, une forme incongrue apparaissait. Aussi bien la notion de « génie » entrait en crise en occident quand la religion perdait son caractère central, après une période révolutionnaire qui avait « liquidée » non pas « Mai 68 » mais la « monarchie éclairée ». L’inspiration divine n’avait plus de légitimité, l’homme ne devait se contenter que de son caractère fini. Sans religion, il devait puiser son génie dans l’acte créatif, le fruit de sa créativité. Le Romantisme décrit principalement cette situation anomique du sujet devant le monde métaphysique, tétanisé par le caractère sublime d’une combinaison incongrue d’un sentiment de peine et de satisfaction, que lui procure la nature déchaînée. Le sujet romantique reste suspendu devant l'indicible de la nature, paralysé à un jugement indéterminé qui ne vient pas, dans une irrépressible époché. Aussi bien devant la nature que devant l'art agît cette suspension du jugement, c'est peut-être le seul point commun entre un fait culturel et un fait naturel, s'il en reste encore de possible. Ces époques instables ne durent que très peu de temps avant d’être rattrapées par le devenir style, ou la stylisation de leur incongruité. On peut penser que Marcel Duchamp est apparu dans un moment anomique de l’art, où la peinture d’Histoire était entrée en crise depuis un siècle, devenue défunte de son savoir-faire perdu. La possibilité de l’existence d’un Duchamp dans un champ de l’art en crise d’identité était une occasion à prendre et il a tenté le coup. Duchamp apportait avec le Readymade la possibilité d’instaurer une nouvelle pratique pour reconsidérer le statut de l’art autant que le statut de l’objet, dans un monde où la reproduction mécanisée mettait en crise l’unicité de l’œuvre d’art et des objets quotidiens.

 

A l’anomie de l’hart répond le Sublime de l’anomie terroriste, avec l’avènement du « 11 septembre », dont Stockhausen a pu dire que la performance de Manhattan était « la plus grande œuvre qu’il n’y ait jamais eu dans le cosmos », malgré le drame en vie humaine qu’elle a suscité. Il est évident qu’un sentiment sublime surgit à l’image lors de la destruction de deux tours, incarnations dupliquées et virales de la mondialisation, et qui se « suicident » d’une certaine façon. Nous étions en tant que spectateur fascinés par l’image sublime de la catastrophe. Fascinés comme la victime du crash on l’imagine, qui a pu aussi voir venir l’évènement en direct sur son poste de télévision. La profusion interprétative qui a suivi l’évènement au début du 21ème siècle a montré aussi que nous étions dans un monde en phase anomique, qui à la suite de « l’attentat » du Readymade dans le champ de l’art du 20ème siècle, était en passe de se redéfinir non pas artistiquement, mais politiquement dans le champ du capitalisme triomphant. Un monde touché de plein fouet par le symptôme du déclin. Le défunt capitalisme poussait en fait à reconsidérer les positions politiques que l’hégémonie du capitalisme d’après-guerre froide, c’est-à-dire de la fin du communiste avec le happy-end de la chute du mur de Berlin, avait instaurée. A l’hégémonie digitale, financière, mondiale, poussée dans sa volonté de définir le normal et l’anormal, l’inclusion et l’exclusion, répondait l’anomie d’une société en crise. Le caractère singulier du kamikaze surgissait : prêt à perdre sa vie, entretenu par la maîtrise et le contrôle que lui procurait la technologie moderne, appuyé par l’internet et le réseau invisible de la clandestinité.   

 

  

 

Commentaires

Salut Michel,

c'est ta collègue de l'ANPE ramus.
J'ai vu une annonce d'emploi sur le site de la cinémathéque: www.cinematheque.fr
Ils cherchent un technicien "photographie et traitement de l'image"
Voilà.

A +

Caroline

Écrit par : Leriche | mercredi, 16 janvier 2008

merci pour ton aide Caroline, je vais voir l'annonce...

A la semaine prochaine,

Michel

Écrit par : indfrisable | jeudi, 17 janvier 2008

Les commentaires sont fermés.

 
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