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lundi, 07 janvier 2008

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Funeste remise en forme, derniers sursauts de la volonté[1].
Certes, le citoyen occidental s’était depuis longtemps laissé hypnotisé au progrès, à l’ère du ré-enchantement technologique conséquemment dû à la faillite des idéologies religieuses, réduites à un irrationnel douteux devant les avancées progressistes de la science. Décevant toute autre croyance métaphysique, il s’était longtemps laissé hypnotisé au salut par la technique. Il vivait ce ré-enchantement d’un point de vue symbolique mais ne s’enchantait pas moins de sa nouvelle Twingo, de ses formes régressives et attendrissantes[2]. L’hypnose s’est restreinte jusqu’à la réception des objets dans un système bien huilé[3], comblant le retard que le procès du capitalisme avait laissé au niveau de la production. Ce citoyen acceptait néanmoins tant bien que mal la régression par les objets. Actuellement c’est réellement et politiquement, à tous les niveaux de la société, que ce ré-enchantement nous revient comme un contre coup, par contre, de mauvaise augure. Les toons, les Plutos, les Pinocchios nous reviennent en chair et en os, encore plus réels que dans les contes, et sans le déguisement apparent qui pourrait nous les rendre décelables. La galaxie des Envahisseurs[4] se rejoue en vrai après la débâcle du « 11 septembre », date phare de ce retournement. Le retour en force de l’individualisme total, marqué politiquement et historiquement par l’arrivée de Sarkozy au pouvoir, et dirons-nous, de Sarkozy en visite officielle à Disneyland[5], renforce cette impression : on a parlé durant la dernière campagne présidentielle en France trop personnellement aux électeurs, aussi bien à droite qu’à gauche, on a dit sans cesse « tu », « toi », au lieu de « vous ».
Nous sommes entrés aujourd’hui entrés dans le désert de la réalité[6], où le symbolique n’a plus aucune fonction, ni même celle de nous former, de nous structurer en tant qu’individu entier, complet, en tant que citoyen, simplement. La parabole symbolique a muté en antenne parabolique, l’Histoire s’est transformée en vecteur, en média connecté, en réseau prévisible. Si l’individu entier s’est divisé, les hommes politiques, heureusement constitués de chair et d’os, n’ont pas été épargnés par ce transformisme. Ils n’ont pas été épargnés du travail de déshumanisation entreprit par la technique. Si les ordinateurs ont passé le cap de se trouver émancipés de la volonté humaine[7], les hommes sont devenus logiciels. Et si un sursaut de méthode Coué tente de poindre de ci de là, c’est pour masquer l’urgence à laquelle personne encore parmi le personnel politique n’a la capacité de répondre. Les débats écologiques autour de la survie humaine dans un monde menacé masque que l’homme est déjà perdu en tant qu’homme, simplement, en dehors de toute considération de milieux. Ces succédanés de pessimisme ré-enchanteurs laissent entendre que l’homme est toujours une forme intégrale, alors que ce dernier est pris fatalement dans une dépossession intégrale de son existence et de son corps. Les "cutters" expriment cette pathologie d'une réalité perdue à retrouver, quitte à ouvrir son corps pour en trouver la moindre trace perceptible . Le citoyen n’a plus de destiné propre. La brutale montée d’optimisme de notre Premier Ministre F.Fillon ne masque pas la crise qui s’annonce beaucoup plus grave qu’on veut bien nous le laisser entendre. Et ce ne sont ni les ré-enchantements « disneyland » ni les distractions people qui pourront détourner nos yeux de la réalité tonitruante qui arrive
La volonté vide des signes joue aussi de la présence d’un Président, dans la manière et le souci d'incarner la plus haute fonction d'état. Si celui-ci ne donne qu’un effet d'incohérence et d'improvisation, où est sa volonté derrière sa meute de conseillers en com' ? Où est-elle derrière ses idéologues contradictoires? A tout prendre et tout redistribuer dans le désordre, on mêle confusion et absence funeste.
Cette confusion générale à une source, sa raison. Elle prend sa force dans un infantilisme d’état qu’a rendu possible, c’est mon hypothèse, l’élargissement de la société de consommation à toutes les sphères de la société, aussi bien managériale que politique. Les paternalismes politiques et entreprenarial avaient en tant qu’espace quelque chose d’une incarnation, d’un sacré laïque. Si aujourd’hui les politiques doivent de plus en plus justifier devant l’église et leurs électeurs leur appartenance religieuse, comme c’est le cas aux Etats-Unis, c’est que la foi religieuse s’est substituée à la foi laïque, retournant le phénomène de « ré-enchantement du monde » décrit par Max Weber au 19ème siècle de la deuxième révolution industrielle, en ré-ré-enchantement ou désenchantement religieux. Les radicalismes religieux aussi bien que Disneyland ne font que confirmer et prendre part depuis 2001 à cette situation renversée du rapport à l’Autre. A défaut de divinité, Al Quaïda n’est que l’Autre de Disneyland. C’est autour de ces pôles que peut s’inscrire une analyse de l’infantilisme mondialisé dans l’ère de la Globalization. Au ludique répondait le tragique, au tragique répond l’infantile. Parce que rien n’est pire pour un occidental que de perdre la vie[8], pour néanmoins se donner en sacrifice, il ne peut que se sacrifier par la farce et l’humiliation, parodiant sa personne et son environnement pollué comme ultime moyens d’échange culturel. Les parcs d’attractions sont non seulement des formes « dégénérées »[9] de la culture mais aussi des formes parodiques New age à grande échelle de ce que diffusaient au 19ème les caricaturistes de presse dans des formes de diffusion plus confidentielles, et ce, selon un mode quasiment inconscient. Le lapsus culturel laisse passer la dégradation de la culture sous les traits de l’acceptation cynique et désenchantée. Nos politiques qui se rendent à Disneyland en amoureux ne sont que la marque dépravée de l’homme politique qui s’amuse, que trahit par ailleurs chaque sourire de photo officielle à chaque nouvelle législature. A cela répond le port altier et fier de Ben Laden , contrepoids sérieux aux politiciens ludiques de l’occident. La tragi-comédie de la mondialisation radicale est à l’œuvre.  
D ’abord nous chercherons à distinguer ce qui est du ressort de la régression et de l’infantilisme avant de parcourir un voyage réel et non plus utopique dans l’incroyable « disneyland » que devient notre pays. Première piste : Jean Baudrillard donne aux parcs d’attractions et à Disneyland les fonctions de masques. Pour lui, Disneyland cache que l’infantilisme est total, inscrit à toutes les sphères de la société américaine[10]. Qu’elle est alors la forme du masque élargit  que cache à son tour notre infantilisme diffus? Que cache-t-il ? De quelle genre est-il l’heureux géniteur ?
Infantilismes/régressions.
Aujourd’hui ; le paysage entreprenarial déborde de personnels dont le devoir est d’expertiser chacun d’entre nous, de nous évaluer au plus proche de notre fonction exigée dans le monde du travail. Cette fonction évaluative et légitime était auparavant attribuée à l’enseignement pour éduquer et cadrer les enfants préparant leur entrée dans le monde des adultes. Mais il ressort qu’aussi bien le monde des actifs que des consommateurs[11] est évalué sans cesse, à l’insu parfois de leurs volontés, comme si tout le monde était resté en quelque sorte des enfants. A l’inverse, le désir des enfants est sans cesse évalué et calculé par une société de consommation prédatrice en information sur la question. On peut même affirmer sans trop de précaution que la société entière est dirigée vers l’enfance, car les goûts des adultes sont produits d’une part à partir de réminiscences olfactives et visuelles recyclées (les séries télé etc), et trouvent leur satisfaction vers des instances lointaines vécues en provenance de saveurs de l’enfance. On joue à l’espion ? : Les banques mettent en place et font circuler des fichiers internes en toute impunité sur chacun d’entre nous pour maximiser une clientèle plus sûre. On joue au travail ? Jusqu’aux « Drh » qui se cachent derrière une multitude de critères pour l’évaluation à juste titre du candidat idéal[12] On joue à l’interrogatoire ? En Angleterre, on sanctionne les chômeurs au détecteur de mensonge. Puisque la mode en est actuellement à l’évaluation à tout crin, pour ainsi dire à l’infantilisation de l’identité dans les rôles préétablis issus d’un jeu de dupe, -- des ministres, des chômeurs, etc--, il faudrait ajouter une variable supplémentaire pour évaluer au plus juste la qualité infantile préalable aussi bien du citoyen lambda que de nos dirigeants. Ceci afin de s'approprier une lecture efficace des comportements dysfonctionnels, curieux et incompréhensibles pour la plupart des esprits marqués inconsciemment par l’époque de la Civilisation des Lumières et de Kant, à des fins exploitables. La variable au critère « d’infantilisme » ou « d’infantilité » justifierait la majorité quantitative (le peuple français responsable du choix de) d’une minorité qualitative (le Ministre infantilisé donc devenu mineur). C’est dire si la majorité qualitative (l’adulte responsable n’ayant à justifier d’aucune évaluation) est une vertu rare, comme qualité qui ferait preuve de majorité en nature de maturité (voir Kant : Qu’est-ce que les Lumières ?). Cette nouvelle variable en infantilité semble nécessaire pour la prise en compte d’une caractéristique factuelle liée à un infantilisme d’Etat[13].
Cette dimension infantile ne touchait pas auparavant de plein fouet nos clases dirigeantes avant le 11 septembre[14], mais elles ont suivi comme tout le monde le train de l’infantilisme, elles s’en sont contaminées pour justifier leur incompétence, acceptée par le peuple de toute manière, faute de mieux. Dans quelle mesure leur immaturité d’Etat primerait sur sa maturité supposée. Maturité qui est pour Kant le propre de l’entrée dans l’âge adulte, c'est-à-dire dans l’âge historique des Lumières. Ce qui n’a rien à voir avec l’âge ou une limite liée à l’âge.  Si bien que l’infantilisme n’est pas tant régressif qu’immature. C’est-à-dire qu’il ne s’agit pas d’avoir été mature pour régresser ensuite dans l’immaturité, mais de ne jamais l’avoir été. L’être infantile n’a en fait jamais été mature. Il n’a absolument pas en lui de caractère régressif. Il n’a tout simplement jamais grandi complètement, ou n’est pas arrivé, comme le célèbre poisson non fini, à son terme.

 Les périodes de fascisme ont souvent été précédées dans l'histoire de moments grotesques voire comiques. Avant la tragédie, on a une farce en quelque sorte. Les médias d’ailleurs contribuent à la diffusion de la farce médiatique et son autant responsables que leur interprète. Disneyland a plusieurs fois été dans au cours du 20ème siècle le socle libidinal de régressions d’état, un peu comme les cutters ou ce personnage blasé de la classe moyenne recherchant dans la fessée masochiste non seulement une référence maternelle idéalisée mais aussi le point de contact où un seuil de réalité lui réponde. L’exposition Au-delà du spectacle a montré au centre Pompidou une pièce importante de Paul Mac Carthy qui avait comparé visuellement le chalet de Berghof de Hitler dans les Alpes bavaroises et le monde enchanté de Disney, plus précisément celui de la Belle au bois dormant, détails qui avaient tous un même point de convergence avec le voyage de Sarkozy à Disneyland : l''infantilisme sous-jacent de nos dirigeants.



[1] Nous partons du principe qu’il faut mettre en pratique l’attitude régressive pour comprendre et peut-être mieux interpréter l’infantilisme qui nous occupe. Il ne s’agit pas tant d’un registre propre au philosopher-studio qui est ici convoqué, comme le ferait l’actor-studio afin de mieux entrer dans le rôle qui doit être un temps habiter. Simplement il s’agit, en toute modestie, de faire l’expérience infantile de telle façon que nous pourrions penser en lui ce qui nous dé-pense. Tel l’expérience contradictoire de Hall 9000 dans 2001 l’odyssée de l’espace, où devant l’initialisation progressive et la réduction des capacités mnémoniques que lui impose le cosmonaute rescapé de ses caprices, Hall 9000 se trouve destitué de tout statut viable, aussi bien en tant que machine réfléchissante que comme volonté émancipée. Faire l’expérience de l’infantilisme, c’est convoquer dans un acte régressif les personnages de son enfance pour comparer en sensation et satisfaction l’infantilisme actuel foisonnant diffusé et joué par le personnel politique et médiatique. Jean-Charles Masséra a cherché à expérimenter l’infantilisme théorique dans une régression quoique simulée, rattrapée par l’analyse sérieuse au terme de son article sur l’infantilisme (Cf. Catalogue d’exposition Présumés innocents, L’art contemporain et l’enfance, Bordeaux, 2000). A l’instar de la séduction, où est posé la difficulté de la situer dans un monde de séduction où tout est fait de séduction, comment situer l’infantilisme aujourd’hui ailleurs que dans les lieux dits régressifs, les parc d’attraction, la télévision, les talk show, etc… ? Nous verrons plus loin que régression et infantilisme ne véhiculent pas des mêmes attitudes.
[2] Voir sur ce point les performances régressives de Paul Mac Cathy, en l’occurrence le Pinocchio et sa voiture       jouet, la Twingo.
[3] Cf. Baudrillard, Jean, Le système des objets, Gallimard, 1971.
[4] Dans la série américaine qui en porte le nom, les Envahisseurs ne sont reconnaissables qu’à partir de leur auriculaire, resté raide. L’allusion phallique ne manque pas d’humour si elle reste active et en vigueur qu'à ce niveau dirons-nous indirectement concerné.
[5] C’est bien l’évènement majeur significatif du Président Sarkozy, depuis huit mois de pouvoir.
[6] Cf Zizeck, Bienvenue dans le désert du réel, Ed. Flammarion, Paris, 2005.
[7] L’ordinateur Hall 9000 de 2001 l’odyssée de l’espace est une perception prémonitoire issue de l’association concertée de Stanley Kubrick et l’industrie hollywoodienne cinématographique, où ont été expérimentés en l’occurrence dans le voyage interstellaire graphique les premiers effets spéciaux du prototype Photoshop. Certes, nous n'avons pas attendu Photoshop pour truquer les images, qui de tous temps ont été l'objet de malversation devant la vérité objective. Mais la nouveauté de Photoshop réside quand même à l'effet special majeur qui est qu'on peut se passer de référent avec le digital, contrairement à la photographie classique qu'un Réalisme socialiste usait et abusait pour construire une vérité subjective
[8] Bien que la « guerre 0 morts » ne prenne pas en compte les victimes civils, les guerres post-modernes non considérées comme actes terroristes, ainsi que le terrorisme asymétrique sont essentiellement dirigés vers les civils, transgressant les législations en vigueur, ignorant d’un côté ou de l’autre la Convention de Genève en toute impunité.
[9] Ceci pour parodier « l’art dégénéré » cher aux théoriciens politique du nazisme.
[10] Cf : Baudrillard, Jean, Simulacre et simulation, ed. Galilée, Paris, 1981.
[11] Consommateurs proto-passifs devenu interactifs pour satisfaire aux avancées des théories média-tactiques.
[12] Comme chacun sait, l’employé idéal dans une société est un mythe. On peut aussi considérer qu’à partir d’un échec assuré, le drh est d’emblée une fonction imparfaite voire inutile, prétexte au placement et à un service supplémentaire de sous-traitance. Il faudrait d’avantage s’appuyer sur les défauts que sur les qualités de chacun pour faciliter une embauche moins idéalisée.
[13] Les décisions prises par le Premier Ministre F.Fillon dès Janvier 2008 pour évaluer le travail de ses Ministres à partir d’une multitude de critères fait penser à un infantilisme en acte. Si on soupçonne un Ministre d’incompétence alors qu’on l’a choisit dans son groupe, on le réduit à une forme immature qui perd de fait toute responsabilité, son devoir et son statut de Haut Fonctionnaire. En somme, les ministres sont réduits à des écoliers virtuels et au bachotage, voire à l’obéissance réelle. Les critères sont aussi bien en politique qu’en art des fausses pistes qui invariablement conduisent vers une non-définition, une confusion de la qualité des personnes. Le caractère antinomique du jugement sur le beau kantien montre que les critères nécessaires et suffisants pour l’expression du beau manquent toujours leur but. Le beau, l’art, ou une forte personnalité sont toujours au-delà des définitions nécessaires et suffisantes qui les font préexister. L’art échappe à ses règles, il apparaît toujours là où on ne s’y attend pas.
[14] Pour Slavoj Zizek, le « 11 septembre » est contemporain, voire le déclencheur de la prise de conscience médiatique du caractère inauthentique des talk shows, télé réalité : « C’est au moment où nous avons vu sur les écrans de télévision l’effondrement des deux tours qu’il est devenu possible de saisir le caractère faux des émissions de téléréalité : même si ces émissions sont « pour de vrai », il n’en reste pas moins que les participants « jouent », quand bien même ils ne jouent qu’à être eux-mêmes »(in Zizek, Slavoj, Bienvenu dans le désert du réel, Ed. Flammarion, Paris, 2005).  Le désormais paradigme contemporain de la post-histoire, celui de la fin des grands récits en tant que pratique stratégique universitaire, d’abord cantonné aux universités et campus américains, prend peu à peu la forme de micro récits médiatiques, politiques, sortis de zones protégées des risques de la vie réelle et économique. Si bien que le modèle principal des narrations politiques émanent aussi bien des contributions de l’industrie du cinéma hollywoodienne pour conçevoir les réponses militaires au « 11 septembre » que des stratégies politiques  de communication divertissantes utilisées à des fins de diversion. Divertissement et diversion se complètent dans la pratique agressive de guerre économique. Les petits récits subjectifs télévisuels auraient remplacé la nécessité historique des grands récits. J.F. Lyotard revisite cette situation dès les années 80 dans La condition post-moderne.

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