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samedi, 29 décembre 2007

Belleville, Paris, décembre 2007

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vendredi, 14 décembre 2007

...La volonté vide des signes (3)

3/ Volontés télécratiques.

  1. On oppose souvent la télévision au monde de la culture noble, à l’art ou la littérature. Une « République mondiale des lettres et des Arts » s’opposerait aux marchés télévisuels aussi bien qu’aux marchés de l’art. En dehors de l’activité de l’art, la production principale de la télévision pour ainsi dire est non pas l’information, mais les séries télé et la télé réalité, soit deux modes d’appréhension de la fiction et du « réel », deux manière spécifiques de la télévision de donner une certaine perception du monde(1). L’information est en définitive un fond travaillé parmi d’autres médias qui utilisent ce même fond d’agences de presse, un fond commun relayé aussi par les radios et les journaux,. La série aurait remplacé donc le cinéma à la télévision, et avec elle toute ambition non pas de faire une télévision artistique mais de montrer tout simplement de l’art à la télévision. L’art est l’inconscient latent que l’organe télévision n’atteint plus . Ce constat qu’il n’y a quasiment plus d’art à la télévision, chacun peut le faire lorsqu’il consulte la grille des programmes des chaînes généralistes. Le rôle de la télévision est admis pour tous, elle a pour fonction de divertir un public d’actifs fatigués de leur journée de travail, de détendre une classe moyenne en somme relativement dépressive. Le débat actuel sur le pouvoir d’achat montre de façon politique ce spleen du consommateur désorienté. Un consommateur fatigué de quoi ? Aussi, il est une autre opposition moins admise. La télévision s’opposerait davantage à l’internet qu’à l’art. Ainsi, elle aurait perdu sa fonction de retenir tout ce qui passe de culture de masse en direction des spectateurs fatigués pour se transformer avec l’interactivité en télévision plus dynamique, par le biais du net. Cette logique d'une télévision duelle de l'internet est nouvelle, elle prend une nouvelle fois en otage le "spectateur fatigué" pour chercher à le réveiller, se substituant à sa volonté. La volonté vide des signes et la démission de la volonté des hommes devant la force d’autonomie des machines « intelligentes » et des logiciels hégémoniques ont permis l’imposition d’une nouvelle logique politique qui n’aurait pas été assez prise au sérieux par les dirigeants politiques. Un phénomène qui aurait dû rester incontournable et qui apparaît avant la révolution internet semble aujourd’hui majeur. En somme, les politiques gouvernementales n’auraient pas pris en compte sérieusement les bouleversements causés par le moment télévisuel, qui à partir de 1968 d’ailleurs, est passé d’un devoir de mission culturelle à un but commercial, relativisant la défunte mission culturelle qu’elle aurait dû relever, et dont André Malraux avait lancé le programme en tant que ministre de la Culture.  La télévision est devenue ainsi le milieu d’une lutte acharnée pour s’approprier entre les chaînes généralistes des parts de marchés -- et ce à partir de la privatisation de TF1 en 1986 --  les parts d’audiences propres à la nouvelle logique commerciale du fonctionnement de ce champ... Et la véritable menace d’internet, parce que les effets de la télévision n’auraient pas été assez pensés, serait que la « toile » soit remplacée tout simplement par la défunte télévision analogique, que nous regardons muter sans grande inquiétude en télévision numérique. Selon Bernard Stiegler, un travail de dé-subjectivation est induit par la télévision (une véritable « télécratie ») et l’industrie des savoirs. Cette transformation de la circulation des savoirs prédit selon lui une catastrophe démocratique qui pourrait se décliner en guerre civile. Ce kidnapping de la conscience individuelle empêche l’individu d’accéder non seulement à sa conscience mais aussi à son désir. L’individu ne peut plus s’individuer, ne peut plus s’approprier la langue de l’autre dans une pratique mais seulement dans un mode d’emploi, dans une langue appauvrie (on peut percevoir aisément ce symptôme d’appauvrissement de la sensibilité par les simples expressions entendues autour de nous… :« je n’arrive plus à regarder un film d’auteur, je préfère me prélasser devant ma série télévisée », ou "j’ai vu quelque chose à la télévision hier mais je ne me souviens plus ce que c’était"). Au lieu d’accéder à un désir qui passerait par une réflexion, l’individu est plaqué simplement au caractère pulsionnel de l’existence. Avec les industries qui modifient la conscience individuelle, c’est simplement la pulsion des individus qui est sollicitée. Aussi pourrions-nous faire en appartée, la remarque contradictoire que l’hyper-président actuel veut montrer dans son action qu’il agit spontanément, presque de façon pulsionnelle, alors que tout est savamment calculé pour imposer une diversion continuée des faits politiques -- avec la complicité des médias généralistes qui ont besoin un structurel de renouveler leurs infos afin que le scoop de la journée fasse suite au scoop de la veille --. Est alors plaqué sur nos consciences la simulation d’un flux de réponses adaptées au rythme des évènements successifs et dont on ne peut se détacher. Les médias comme les politiques suivent  docilement le cours des évènements sans les contredire, car ils ne peuvent en arrêter aucun. C’est alors l’analyse qui entre en crise. Même l’analyse politique répond à l’impératif qui est que doit se succéder chaque un nouveau thème pour rendre crédible le fait qu’on agit, alors que tout passe par des effets de discours, des annonces sans actes. Seules les annonces répressives sont suivies d’actes, car l’Etat met tout son pouvoir et son budget pour des moyens répressifs – plutôt que préventifs -- afin de faire respecter ses conditions ou les promesses que certains électeurs ont néanmoins acceptés. Il n’a que le bras armé de la politique, mais pas la volonté de changement, de « rupture » même.
  2. La télévision est aujourd’hui en passe d’être hégémonique. Elle est l’outil, la colonne invertébrée du « mondial » qui est le centre névralgique de l’hégémonie. Son hégémonie cherche non seulement à avaler l’internet qui risque à terme de devenir ni plus ni moins qu’un simple poste de télévision à but commercial, le décorum de nos salons kitch. On peut évoquer les domaines qui échappent à sa production et ceux qui en sont le fruit pour comprendre que l’hégémonie télévisuelle n’est pas un simple organe de diffusion, mais surtout un mécanisme viral de production de contenus culturels dirigés vers le bas, vers la baisse des productions de l’esprit. Il est généralement facile de comparer la qualité entre un groupe qui se produit en autodidacte sur Myspace par exemple, qui forge son public à partir de son travail singulier, et les chanteurs produits par la Star Académie, malgré la démonstration de force spectaculaire que ces derniers font avec toute l’infrastructure de poids et d’encadrement dont ils bénéficient. Ils intègrent passivement l’esthétique et le goût télévisuel : esthétique de paillette, esthétique du recyclage qu'il ne faut pas confondre avec celle de l'appropriation, avec une technique et un style télévisuels digne des canons des Académies de peintures qui imposaient leurs lois arbitraires au 18ème siècle, dans toute la production picturale. Ces Académies de peintures sont aussi en partie la cause de l’apparition d’une modernité picturale, car elles sont devenues au 19ème siècle, au fur et à mesure, déliquescentes, compte tenue des règles qui fonctionnaient comme des critères suffisants pour définir l’œuvre d’art[2]. Cette stratégie défunte a créée sa propre anomie, où un autre champ pouvait permettre l’ouverture à de nouveaux paradigmes en art. Manet, Duchamp  et les peintres abstraits sont les pionniers de cette aventure vers de nouveaux territoires. Le principe opératoire de la « télécratie » à la télévision rejoue l’ordre de la « définition de l’art » avec critères, qui est une forme esthétique de domination, dans le territoire de la sensibilité. Cette sensibilité sécurisée, pour ainsi dire, nourrie une pulsion de réussite et d’enrichissement facile, sans passer par l’expérience de la créativité ou de l’art. En télévision, il est clair qu’aucun art ou véritable artiste n’y peut trouver de moyens d’expressions pour présenter son travail. Il tenterait de le faire qu’il verrait son travail réduit à un produit comme un autre[3]. En télévision une créativité clef en main est normée, rendant impossible l’ouverture sensible vers d’autres horizons. L’hégémonie sensible de la « télécratie » repose sur un modèle télévisuel, qu’il faut intégrer pour faire partie de ceux qui réussissent. Car passer à la télévision est un signe de réussite. Il n’est pas très original de dire qu’aussi bien les artistes que les hommes politiques sont soumis à cette loi de la visibilité médiatique. Celle où c’est seulement la volonté de visibilité qui s’exprime -- soit la volonté d’être perçu dans le paysage audiovisuel –, sans œuvre réelle ni rien de consistant. Une volonté encore une fois, vide. Ce que disait Jean Baudrillard de l'art en 1996 lorsqu'il dénonçait la connivence de l'art contemporain avec le système circulaire des valeurs artistiques peut comme il le dit si bien s'étendre à tous les domaines culturels. Là où l'artiste, le politique, le médecin, le sdf cherchent à loucher avec l'institution, ils ne peuvent que se précipiter vers une finalité nulle ou de "nullité" tout court. C'était en art comme en politique la préfiguration de notre nullité nationale, aujourd'hui il s'agit d'une nullité mondiale des valeurs, où il n'y a plus de possibilité d'échange entre elles.


(1) On peut concevoir que le monde politique d’aujourd’hui prend pour principe une communication politique basée à partir d’une narration fictionnelle de la réalité, et se met en scène comme la télé réalité en temps réel. Ainsi, toute la construction simulée prend le pas sur cours naturel des évènements et de l’Histoire. Il n’y a plus d’Histoire, il n’y a plus que de l’évènementiel

[2] Pour Kant, il est inconcevable de considérer que le « beau » comme catégorie esthétique contient ses propres critères. Le beau naturel pour lui est sans critère mais il est le produit d’un sentiment collectif. C’est l’assentiment de tous qui fait qu’un accord sur le beau est possible entre tous, qu’un accord à partir de cette chose est possible pour révéler la faculté culturelle de chacun de juger d’un goût en général sur le beau, à une époque donnée. L’antinomie du jugement de goût pose les jalons d’un art sans critère à partir du beau naturel. Aujourd’hui, le beau est dépassé en tant que nature et art pour revenir sur cette catégorie esthétique. On ne peut pas juger collectivement d’un beau, sinon rejouer les canons de la Star Académie qu’un large public consent à accepter sans condition. Les canons de jugement imposés par le jury de la Star Académie montrent surtout que le produit culturel de la « télécratie » reprend le principe opératoire d’un art reposant sur des critères, et qu’une définition facile peut réduire en toute simplicité à un produit clef en main, c'est-à-dire à consommer. En revenir à un art qui reposerait à partir de principes clairs est une forme de la réaction esthétique asservissant les publics et surtout une jeunesse innocente.

[3] A l’instar d’Adorno qui trouvait grotesque que les personnages de cinéma puissent se trouver réduits à quelques centimètres dans un poste de télévision.

...

2/La volonté vide des signes

 

Les signes ne sont pas plus les faits volontaires des hommes associés aux lois de leurs cultures et à leurs interprétations que des objets volontaires avec qui ils vivent. Les objets ne sont pas des choses inertes, ils seraient aussi doués d’une volonté, en l’espèce d’une volonté objectale, une volonté objective dirigée vers l’homme. Ils nous font signe pour signifier cet état des choses. Une réversion ou réversibilité des choses fait que les objets émettent des signes d’interprétation du public, tels que « la télévision nous regarde » comme sujet autant que les hommes la regarde. Ces objets sont en quelque sorte volontaires, comme agits d’une volonté commune, celle de la communauté des objets -- une autre forme de communautarisme en but à une reconnaissance totale? --, pris dans une interaction infinie et apparemment duelle avec l’homme.

 

« 2001 l’odyssée de l’espace » de Stanley Kubrick est une parabole réalisée de la rupture et du « commencement » de cet état renversé du monde, ce moment limite où les machines pensent toutes seules contre l’homme. La volonté machinique s’exprime fatalement contre lui, il va y perdre sa destinée. La fatalité vient remplacer allègrement son destin, qui était une valeur liée à celle de la nature, vécue pour l’homme comme une dramaturgie de l’existence. Désormais, la volonté digitale commet le rapt de la destinée de l’homme. Le témoin et le personnage clef de l’histoire, le cosmonaute, va se retrouver jeté dans l’espace comme un déchet singulièrement idiot. Idiot, à bord de son vaisseau de liaison, devant l’incongruité de l’intelligence digitale qui a choisit par un acte volontariste et assumé son exclusion du vaisseau, à son corps défendant, sans autorisation ou ordre préalable. Situation grotesque mais possible aujourd’hui avec les logiciels intelligents. Ne peuvent-ils pas détecter le moindre mouvement avant de tirer ? A partir de cette autorisation même simulée, la logique de l’autonomie technologique ne peut-elle pas faire naître des comportements imprévisibles et pathogènes plus sournois? N’est-elle pas même, avec la mondialisation des technologies d’échange et d’interactions intensives, complètement actuelle ? Devant l’hégémonie d’exclusion du mondial, nous serions devenus comme ce cosmonaute, ce pionnier des nouveaux mondes, les idiots de la technologie volontaire digitale.

 

Malgré sa bonne volonté et sa ruse, l’homme réussira tout de même à entrer dans le vaisseau pour se venger de la désobéissance de Hal 9000, mais nous étions au moment où le film est sorti au début des années soixante dix, cet état des choses était à cet instant une prévision loufoque de science-fiction. Il s’appliquera méthodiquement à l’amputation musclée des mémoires de Hal 9000, jusqu’à l’exploration de la période infantile de l’ordinateur, pour nous faire voyager jusqu’au moment de sa gestation. Gestation faite de sonorités informes annonçant la période infantile incontournable où s’affirme la promiscuité immorale de notre gestation des forces destructrices et constructrices. Freud l’a bien montré. La perversion polymorphe de l’enfance est familière de confusions et de séductions innommables. Pourquoi ne le serait-elle pas aussi pour le logiciel, s’il a été conçu comme pour l’homme ?  Cette confusion de l’âme et de la technique est ici hétéronome aussi bien pour l’homme que pour celle de la machine. La relation anthropomorphique est patente, on peut en convenir. Toujours est-il que la volonté machinique prépare ici nos sociétés de consommation qui s’intensifient avec le film aussi bien, ces sociétés dont Jean Baudrillard aura magnifiquement dévoilé les processus opératoires. Ceux d’un  système cohérent d’objets et implacable, où l’homme est pris inconsciemment dans une logique régressive consumériste, bien sûr, mais aussi séductrice et obscène, tout comme la parabole de l’enfance polymorphique et confusionnelle des commencements de Hal 9000. Si la machine dans son développement a été conçue comme et pour l’homme, comme un être vivant et non inerte à l’image du mythe de Prométhée, s’il est possible de revenir comme une Time line jusqu’aux commencements de l’être, alors cela signifie que l’homme est non seulement capable de régression mais surtout en possibilité de gérer et de contrôler sa propre phase régressive, éprouvée comme un plaisir, actualisable quand il veut, comme il veut[1]. De là la force des jeux vidéos à destination en somme, d’un public spécifiquement adulte[2], qui lui font ouvrir son âme à sa propre régressivité. L’homme serait devenu, à cause de sa capacité au perfectionnement technologique, dépossédé de sa propre volonté d’une part, et réduit à jouer avec son passé, à descendre comme un condamné jusqu’à cette quête régressive vécue comme un ultime plaisir. La volonté se serait inversée, incapable d’avenir. C’est aussi ce cri, quoique slogan hyper conformiste, que posait en substance le No futur des prophètes de la religion Punk.

 

Ne sommes-nous pas en passe d’être exclus du monde par la volonté des logiciels eux-mêmes ? La trilogie « Matrix » décrit l’après « 2001… », ce temps où le logiciel réussit à imposer au monde réel son hégémonie la plus conviviale. D’une autre façon, nous avons eu avec le « 11 septembre 2001 » notre « 2001 ...», notre exclusion du monde par le monde des objets inertes mais volontaires : la ceinture bourrée d’explosifs du kamikaze, dernière tendance. Volonté de destruction mortifère pour la figure du kamikaze qui se détruit en détruisant, volonté par là-même d’exclusion de l’homme de son humanité conviviale et civilisée pour un retour à son inhumanité fondamentale. Le « 11 septembre » est ce moment où on fait le saccage dans l'habitat de Hal 9000 des éléments constitutifs de sa mémoire en y revenant obstinément. C’est la façon que nous avons aussi de rabâcher l’évènement comme un rituel mnémonique, confrontés à son point fatal et non plus destinal, à son intensité maximale médiatisée.

 

 

Mais avec le 11 septembre, le principe de dualité classique s’est trouvé menacé dans sa réalisation et avec elle, le principe de volonté politique entier. Si la volonté a toujours été le principe philosophique qui a structuré nos démocraties occidentales, il interdisait la responsabilité collective de s’exercer. La volonté collective s’est vidée de tout contenu. La politique est devenue un constat d’impuissance devant l’économie politique. La défunte volonté collective de l’état protecteur  qui prenait en charge ses « irresponsables »   pour racheter la violence de la loi économique des marchés est résolue. Désormais on jette la suspicion sur les parias du social et de leur échec improductif parce qu’ils sont responsables. C’est ainsi que tendanciellement, la responsabilité individuelle influence la plupart des états démocratiques faisant peser sur l’individu seul les effets de ses actes déraisonnables; même s’ils se situent en dehors de sa raison. On voit que la justice aujourd’hui en France est prête à donner à celui qui est victime d’un état de démence une responsabilité partielle relevant de sa personne. De même en art, il y a eu rupture au 20ème siècle entre une volonté duelle, qui avait certes, un bon ou un mauvais usage, et une volonté dissuasive dont la puissance avait disparue visuellement pour devenir plus sournoise, plus invisible. Si la dualité classique se résolvait avec un gagnant et un perdant, la dissuasion ne résout rien, tout passe par l’ambiguïté laissé à l’imagination de l’autre. On serait donc passé en art d’un paradigme de l’usage à un paradigme de la dissuasion;  d’une volonté d’usage à une volonté dissuasive, comme la géopolitique de la guerre… Il existe un art dissuasif comme  en politique. La dissuasion en art commence avec le moment duchampien ou « c’est le regardeur qui fait le tableau », moment fait d’ambiguïté et de doute, devant lequel la responsabilité de chacun est portée à son maximum de risque. L’arbitraire du jugement -- comme l’arbitraire du signe détaché de son référent -- est ce moment de doute qui n’a plus l’assurance des Académies de peintures, ou les canons assuraient l’éloquence et la virtuosité de l’œuvre de façon réglée. Mais la question que pose la volonté aujourd’hui est celle de son lieu. Si elle est sans cesse mise en scène dans une dramaturgie élargie au monde et au banal, fictionnée sans cesse par les appareils politiques ou les gouvernements en place, où se joue-t-elle ? Où désormais se trouve la scène des échanges ?



[1] C’est que qu’ont apporté les drogues diverses telles que le LSD, expérimentées de façon massive pendant la guerre du Vietnam, et importées à partir de cette guerre aux Etats-Unis pour occuper une jeunesse angoissée et désoeuvrée. Les drogues signifient ainsi pour une société la capacité de gérer sa propre régression. A chacun sa dose illicite. Bernard Stiegler considère que l'addiction massique d'aujourd'hui ne passe pas tant par le biais des drogues classiques, au sens d'une substance ingérable par le corps, mais tout simplement affirme que la drogue des temps actuels est culturelle, et transmise principalement par la télévision, par un principe imposé par une nouvelle télécratie de l'existence.

[2] Ce qui permet de considérer une autre lecture de la signification sociale du jeu vidéo qui, contre toute idée reçue, aurait été conçu non pas pour l’enfant mais pour l’adulte. Contrairement à la glose qui invoque la dangerosité du jeu vidéo envers l’enfance, c’est vers les adultes qu’il commet davantage de dégradations. Les jeux vidéo ne prennent leurs sens que si l’on considère qu’ils sont d’abord orientés vers la seule catégorie adulte des consommateurs. On peut contredire cette thèse par l’idée selon laquelle la société de consommation est totalement orientée vers les enfants pour augmenter sa force de séduction. Mais l'adulte, vis à vis du jeu et de sa séduction ludique, de par sa dimension interchangeable illimitée, n'est-il pas réduit à un enfant sans cesse sollicité? La thèse de l'orientation totale de la société de consommation vers l'enfance devient, devant cette situation inédite, tenable. Cela revient à dire que toute la société est constituée d'enfants et ceci concerne aussi bien la classe politique que Casimir ou Sarkozy, pour parler d'un personnage à l'heure actuelle Culte. A l’instar des parcs d’attractions, des jeux vidéos ou de l'Etat, l'apparente tournure régressive circonscrite à leurs seuls comportements infantiles fait oublier, comme un détournement savamment orchestré, que c’est toute la société et ses publics qui sont infantiles... Ce n'est pas tant la limite fixée par le masque des parcs d’attractions, le masque des machines de jeux vidéo ou de l'Etat qui nous épargnerait de toute contagion.

vendredi, 07 décembre 2007

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Avant la mondialisation...
ou la nostalgie du signe et de son référent.

Il est amusant de faire jouer les deux termes que Jean Baudrillard a proposé lorsqu’il a décrit en 2001 la situation actuelle mondiale. Selon lui,  un ordre du « mondial » aurait succédé à l"ordre de « l’universel ».

 

 Le « mondial » ne serait plus du même ressort que l’aliénation, principe historique classique propre aux systèmes totalitaires ou démocratiques, mais aurait pour principe celui d’un fonctionnement hégémonique. Au lieu de partager et d’unifier, le « mondial » diviserait les sociétés et les individus. Baudrillard conçoit les propriétés de ces termes comme inclusif et exclusif, divisant le fonctionnement d’un monde qui aurait changé de nature depuis les effets préoccupants de la mondialisation. Si « l’universel » avait pour visée de réunir toutes les civilisations vers un même mode politique __ la politique coloniale occidentale __, le « mondial » a désormais pour fonction d’arrimer vers lui certaines catégories de populations sous un même mode économique. Le « mondial » aurait pour conséquence de soustraire les flux aux flux, de séparer les exclus des classes moyennes ou des classes « actives » économiquement, d’ignorer les populations qui rejettent l’impératif technologique de la proposition à l’échange intégral mondialisé.

 

Seulement pour lire d’une façon plus irrationnelle la chose, il faudrait aussi prendre en compte la nature des significations qui ont elles aussi changées par rapport à la valeur du référent en général ou des référents qui en découlent. Il y a eu entre temps une crise du référent. Avant la mondialisation, avant l’internet, avant les marchés financiers, la valeur des signes avait plus ou moins un référent fixe (l’étalon or en est un parmi d’autres); après , ils se perdent dans une multitude de référents virtuels, aussi contradictoires et contraires les uns les autres, pris dans une confusion entre les termes. Seulement, depuis que la valeur de l'universel a perdu son référent initial pour sembler s’échanger dans l’euphorie des signes, sinon l’orgie des signes qui constitue notre postmodernité, c'est dire si sa principale finalité qui avait pour tâche d'unifier les civilisations à partir d'une même partition voit son dessein aujourd’hui transformé en son contraire, un échec planétaire. L’unification prétendue ne peut désormais se réaliser en propre comme au virtuel que dans la division.

 

L’universel a perdu son principe unificateur à cause de la perte de sens de ses référents. Si bien que l’analyse rationnelle, sociologique, presque toutes les sciences humaines, semblent désarmées aujourd’hui devant un système qui n’a que faire d’une logique toujours partielle en définitive. Et la logique partielle de la mondialisation nous revient comme un boomerang, comme une vache folle qui conçoit son virus elle-même dans l’ombre de sa scientificité naturalisée, pour se venger de sa « queerification » marchande. La mondialisation est virale d’ailleurs, sournoise dans son événement. Nous payons aujourd'hui ce fiasco par le terrorisme qui est un effet de cette logique sournoise. Ainsi, le "mondial" a remplacé et secondarisé tout référent unique, il fonctionne désormais à partir d'une profusion de signes qui se valent autant et ne peuvent plus s’échanger. Internet, Sarkozy, les crashs financiers en sont des exemples. On peut d’ailleurs échanger les termes des signes entre eux, le sens ne se perd pas, il fonctionne... :

 

--le « crash Sarkozy » pour l’idée classique de politique.

 

 --le travestissement qu’on peut adopter avec les nouveaux médias.

 

--le travestissement politique de Sarkozy avec l’idée d’ouverture.

 

...mais on ne peut plus échanger les signes aux référents qui leurs correspondent. La « fonction-objet » de Sarkozy dans le jeu croissant de la politique fait qu’on ne peut pas l’échanger contre un Mitterrand ou même un Chirac. Il est autre chose, à l’instar de Berlusconni : une anomalie politique. Et ce au~delà du phénomène populiste classique qu’il donne l’apparence de figurer, phénomène de foire qui avait auparavant en lui d’ailleurs toutes les formes classiques de l’aliénation d’un tribain à son objet de séduction, sa référence visée : son peuple. A l’instar de Berlusconni , Sarkozy est   le prototype même du « mondial », un flux opérationnel qui obéit à ses lois…

 

Si l’utopie de l’universel était inclusive, le mondial est lui exclusif. Il charrie son lot d’exclus au regard de la masse de flux considérables qui sont en demande d’intégration. Aussi la frustration par exemple de ceux qui, ayant travaillés toute une vie dans une même entreprise, ne comprennent pas la situation précaire du travail aujourd’hui, considérant que ceux qui ne travaillent pas profitent cyniquement de la situation. Le décalage entre les générations d’avant et d’après la mondialisation semble insurmontable. Le choc des civilisations est interne à chaque nation, et en particulier en France. Ce "choc" n'a pas pris en compte suffisamment les différences générationnelles, "verticales", en se profilant sur une géographie de surface, "horizontale". Pour cette raison confusionnelle, les politiques en général rejettent les concepts de droite et de gauche parce qu’ils ne veulent pas parler de concepts "verticaux" ou historiques que la mondialisation rejette du fait de l'impératif qui réside en l’importation de son réenchantement technologique, politique d'une façon relativement neutre. Nous semblons baigner dans une convivialité de village planétaire, et ce principe de "plaisir horizontal", en manque de "plaisir vertical" quand même, amoindrit notre sentiment de finitude, le dope.

 

Mais malgré tout, nous ne vivons pas les signes comme il se doit alors que nous sommes encore dans une civilisation du signe. C’est dire aussi que, dans notre système inassumé du signe, nous serions comme un poisson[u1]  dans l’eau qui ne se poserait pas la question de savoir comment il respire. Par contre si nous n’assumons pas les signes, nous avons besoin de référents même s’il sont, à cause de l’arbitraire des signes, vides. Si la modernité tenait encore à donner une équivalence entre le signe et son référent, la postmodernité est débordée sur son référent. Il se pare de toutes les formes pour justifier d’une action. Aujourd’hui, un homme de droite peut se réclamer de gauche, prôner l’ouverture, mais refuser sans se justifier des propositions de lois venant de sa gauche.

 

Car si les signes circulent à profusion et semblent fort bien adaptés aux technologies des post-médias, les référents eux sont bloqués. Il sont sans cesse travestis et cachent qu’ils restent unique, aussi bien dans la personnalité médiatique en général que dans l’objet devenu gadget. La monde politique est plus constitué de « gadgets » que d’hommes intelligents. Au lieu d’avoir une vision universelle de l’avenir, il n’en n’ont qu’une vision discriminante et exclusive, adaptée au lois sécuritaires dernière tendance. L’homme politique est devenu fonctionnel, adapté aux lois de la circulation imposées par le mondial. Moins l’homme politique est incarné par une idée, plus il est mouvant, mélangé au flux, conditionné dans un univers de paillettes et de circulations occultes, mêlant corruption et droit de l’homme dans un même geste en apparence conciliateur. Si bien qu’aujourd’hui en 2007, le culte de la personnalité avec son lot de florilèges attendrissants se porte si bien. La montée des narrations et des fictions à partir de faits réels sont les effets de cette situation pour le moins embarrassante.

 

 

mardi, 04 décembre 2007

Faces...

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Paris, 2007.


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Paris, 2007.

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Aubervilliers, 2006

 
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