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vendredi, 07 décembre 2007

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Avant la mondialisation...
ou la nostalgie du signe et de son référent.

Il est amusant de faire jouer les deux termes que Jean Baudrillard a proposé lorsqu’il a décrit en 2001 la situation actuelle mondiale. Selon lui,  un ordre du « mondial » aurait succédé à l"ordre de « l’universel ».

 

 Le « mondial » ne serait plus du même ressort que l’aliénation, principe historique classique propre aux systèmes totalitaires ou démocratiques, mais aurait pour principe celui d’un fonctionnement hégémonique. Au lieu de partager et d’unifier, le « mondial » diviserait les sociétés et les individus. Baudrillard conçoit les propriétés de ces termes comme inclusif et exclusif, divisant le fonctionnement d’un monde qui aurait changé de nature depuis les effets préoccupants de la mondialisation. Si « l’universel » avait pour visée de réunir toutes les civilisations vers un même mode politique __ la politique coloniale occidentale __, le « mondial » a désormais pour fonction d’arrimer vers lui certaines catégories de populations sous un même mode économique. Le « mondial » aurait pour conséquence de soustraire les flux aux flux, de séparer les exclus des classes moyennes ou des classes « actives » économiquement, d’ignorer les populations qui rejettent l’impératif technologique de la proposition à l’échange intégral mondialisé.

 

Seulement pour lire d’une façon plus irrationnelle la chose, il faudrait aussi prendre en compte la nature des significations qui ont elles aussi changées par rapport à la valeur du référent en général ou des référents qui en découlent. Il y a eu entre temps une crise du référent. Avant la mondialisation, avant l’internet, avant les marchés financiers, la valeur des signes avait plus ou moins un référent fixe (l’étalon or en est un parmi d’autres); après , ils se perdent dans une multitude de référents virtuels, aussi contradictoires et contraires les uns les autres, pris dans une confusion entre les termes. Seulement, depuis que la valeur de l'universel a perdu son référent initial pour sembler s’échanger dans l’euphorie des signes, sinon l’orgie des signes qui constitue notre postmodernité, c'est dire si sa principale finalité qui avait pour tâche d'unifier les civilisations à partir d'une même partition voit son dessein aujourd’hui transformé en son contraire, un échec planétaire. L’unification prétendue ne peut désormais se réaliser en propre comme au virtuel que dans la division.

 

L’universel a perdu son principe unificateur à cause de la perte de sens de ses référents. Si bien que l’analyse rationnelle, sociologique, presque toutes les sciences humaines, semblent désarmées aujourd’hui devant un système qui n’a que faire d’une logique toujours partielle en définitive. Et la logique partielle de la mondialisation nous revient comme un boomerang, comme une vache folle qui conçoit son virus elle-même dans l’ombre de sa scientificité naturalisée, pour se venger de sa « queerification » marchande. La mondialisation est virale d’ailleurs, sournoise dans son événement. Nous payons aujourd'hui ce fiasco par le terrorisme qui est un effet de cette logique sournoise. Ainsi, le "mondial" a remplacé et secondarisé tout référent unique, il fonctionne désormais à partir d'une profusion de signes qui se valent autant et ne peuvent plus s’échanger. Internet, Sarkozy, les crashs financiers en sont des exemples. On peut d’ailleurs échanger les termes des signes entre eux, le sens ne se perd pas, il fonctionne... :

 

--le « crash Sarkozy » pour l’idée classique de politique.

 

 --le travestissement qu’on peut adopter avec les nouveaux médias.

 

--le travestissement politique de Sarkozy avec l’idée d’ouverture.

 

...mais on ne peut plus échanger les signes aux référents qui leurs correspondent. La « fonction-objet » de Sarkozy dans le jeu croissant de la politique fait qu’on ne peut pas l’échanger contre un Mitterrand ou même un Chirac. Il est autre chose, à l’instar de Berlusconni : une anomalie politique. Et ce au~delà du phénomène populiste classique qu’il donne l’apparence de figurer, phénomène de foire qui avait auparavant en lui d’ailleurs toutes les formes classiques de l’aliénation d’un tribain à son objet de séduction, sa référence visée : son peuple. A l’instar de Berlusconni , Sarkozy est   le prototype même du « mondial », un flux opérationnel qui obéit à ses lois…

 

Si l’utopie de l’universel était inclusive, le mondial est lui exclusif. Il charrie son lot d’exclus au regard de la masse de flux considérables qui sont en demande d’intégration. Aussi la frustration par exemple de ceux qui, ayant travaillés toute une vie dans une même entreprise, ne comprennent pas la situation précaire du travail aujourd’hui, considérant que ceux qui ne travaillent pas profitent cyniquement de la situation. Le décalage entre les générations d’avant et d’après la mondialisation semble insurmontable. Le choc des civilisations est interne à chaque nation, et en particulier en France. Ce "choc" n'a pas pris en compte suffisamment les différences générationnelles, "verticales", en se profilant sur une géographie de surface, "horizontale". Pour cette raison confusionnelle, les politiques en général rejettent les concepts de droite et de gauche parce qu’ils ne veulent pas parler de concepts "verticaux" ou historiques que la mondialisation rejette du fait de l'impératif qui réside en l’importation de son réenchantement technologique, politique d'une façon relativement neutre. Nous semblons baigner dans une convivialité de village planétaire, et ce principe de "plaisir horizontal", en manque de "plaisir vertical" quand même, amoindrit notre sentiment de finitude, le dope.

 

Mais malgré tout, nous ne vivons pas les signes comme il se doit alors que nous sommes encore dans une civilisation du signe. C’est dire aussi que, dans notre système inassumé du signe, nous serions comme un poisson[u1]  dans l’eau qui ne se poserait pas la question de savoir comment il respire. Par contre si nous n’assumons pas les signes, nous avons besoin de référents même s’il sont, à cause de l’arbitraire des signes, vides. Si la modernité tenait encore à donner une équivalence entre le signe et son référent, la postmodernité est débordée sur son référent. Il se pare de toutes les formes pour justifier d’une action. Aujourd’hui, un homme de droite peut se réclamer de gauche, prôner l’ouverture, mais refuser sans se justifier des propositions de lois venant de sa gauche.

 

Car si les signes circulent à profusion et semblent fort bien adaptés aux technologies des post-médias, les référents eux sont bloqués. Il sont sans cesse travestis et cachent qu’ils restent unique, aussi bien dans la personnalité médiatique en général que dans l’objet devenu gadget. La monde politique est plus constitué de « gadgets » que d’hommes intelligents. Au lieu d’avoir une vision universelle de l’avenir, il n’en n’ont qu’une vision discriminante et exclusive, adaptée au lois sécuritaires dernière tendance. L’homme politique est devenu fonctionnel, adapté aux lois de la circulation imposées par le mondial. Moins l’homme politique est incarné par une idée, plus il est mouvant, mélangé au flux, conditionné dans un univers de paillettes et de circulations occultes, mêlant corruption et droit de l’homme dans un même geste en apparence conciliateur. Si bien qu’aujourd’hui en 2007, le culte de la personnalité avec son lot de florilèges attendrissants se porte si bien. La montée des narrations et des fictions à partir de faits réels sont les effets de cette situation pour le moins embarrassante.

 

 

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