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vendredi, 28 septembre 2007

Cool attitude, un art du retrait

Est-ce une constante pour l'art que de se produire par secousse, par tremblement sensible, renvoyant au dépassé ce qui faisait "tradition", tant l'art cherche peut-être toujours à échapper à sa propre identité, aussi confortable soit-elle. Mais comment alors l'art peut-il alors cohabiter avec son double transgressif alors que son identité est amplement reconnue, et fêtée avec la proximité immédiate de cette dimension scandaleuse? Il semble parfois que ce qui est latent scandalise, et elle peut prendre la forme d'une indifférence. L'exemple qui suit montre que le public lui aussi n'est plus tant scandalisé mais souvent indifférent à l'art ou à une attitude artistique qui mériterait d'être plus amplement discutée.

La visite touristique. Ce fait ordinaire est accessible n’importe où, dans une grande ville quelconque où un phénomène de masse est inscrit aux pourtours des monuments . Il suffit pour s’en convaincre de faire le test. Je suis à St Michel près de la Fontaine. Deux attroupements sporadiques mais contrastés : des danseurs de hip hop entourés d’une foule attentionnée à la performance gestuelle qui a lieu. A Dix mètres, trois autres danseurs un peu plus isolés, ils n’ont pour public qu’une dizaine de personnes. Pour le premier groupe, on assiste à une succession de figures élaborées, robotisées, démontées… Tout rappelle la technologie, ce fléau qui envahit nos vies jusque dans notre corps. Mais la seule critique identifiée se perd aussitôt dans l’esthétisme tant la manière de la présenter se réduit à ses propres critères. L’attitude critique que le corps (du visage ?) pourrait avoir vis à vis d’elle a disparue. Etrangement, les badauds sont plus attirés vers un phénomène vidé de son contenu critique. Et munis de leurs appareils « digital » ils font des images en masse d’un événement nul. L’image doit-elle devenir par conséquent forcément nulle ? Sauf ce groupe isolé, dont l’un des danseurs adopte une attitude de retrait, le visage impersonnel, vidé de toute expression liée à la (non)performance qu’il sait donner. Il semble absent de ses gestes, mais l’allure malséante traduit à elle seule toute la critique induite envers l’aspect technologique de son geste qu’il aura su faire avant ça en toute ingénuité. Sa virtuosité rangée au placard. L’attitude « cool », il abonde devant l’indifférence du public qui passe, mais nous ravit.

"Tout existe merveilleusement dans une indifférence totale".
Jean Baudrillard.

Regarder et découvrir un fait artistique, est-ce le fruit d’une évaluation qui découle de la technique ou d’un geste qu’un homme ordinaire non rompu à cette « art de faire » ne pourrait faire, ou bien à autre chose ? Comment aborder à partir de cette façon de relativiser tout geste technique la technologie ou les arts d’un point de vue non technique ? Comment et pourquoi vouloir sortir de cet impératif de la performance technique pour aller au-delà de ce qui fait imposture ? Sortir de la technique c’est réussir à avoir une attitude en dehors de notre actualité hégémonique qui la met à toutes les sauces. Comment voir la technique qui nous immerge avec un œil neuf, dépourvu de son aspect techniciste ? Comment sortir de sa séduction alors que son objet principal est la séduction technique ? C’est peu dire si nous regardons en permanence la performance qui est générée en chaque chose. Pourquoi donc généraliser autant, pourrai-je autant parler pour moi avec si peu d’éléments?

Georges Bataille (1) avait ouvert cette piste tellement reprise dans l'art contemporain (on peut songer au cinéaste ilatien Miguel Antonioni (2) mais à d'autres qui explorent au creux du réel), ce qu'il appelait une "opération", un retrait de la chose considérée comme la résonnance d'une dent creuse. Il avait donné pour initiateur de cette "esthétique" du retrait Manet avec "L'assassinat de l'empereur Maximillien", de cette "confusion" entre ce qu'il pouvait y avoir comme écho entre un régime de la représentation ou de la mimésis et ce qui en dehors de l'art tenait lieu de la vie ordinaire (pour reprendre les régimes posés par Jacques Rancière). Aussi bien Courbet avec "L'enterrement à Ornan" reprenait le thème du retrait par l'ordinaire -- la trivialité d'un enterrement de campagne -- venant miner la peinture d'histoire, c'est-à-dire le format spectaculaire de la peinture digne d'être présentée en grand format en tant qu'Istoria. Depuis notre troisième régime "esthétique" selon Rancière, l'art contemporain s'émancipe de toute convenance. Et l'opération de Bataille semble aujourd'hui ternie, usée en esthétique confusionniste. Devenir style qui rassure on s'en doute l'assurance de notre inspirés de la dernière heure, venant un peu garnir notre "Nuit blanche" institutionnelle. Les roadies d'un dispositif institutionnel qui permet de poursuivre une convenance soit disant inexistante comme le constate J. Rancière. Cette forme de l'artiste roadie venant décorer les espaces d'exposition tue toute transgression. Seul ce qui n'appartient pas à l'art a en lui toute la ressource de survivre à cette esthétique de la disparition. A l'attitude de la disparition, aucune théâtralité à l'œuvre non plus...

Notes
1/ On songe au "Manet" de Georges Bataille.
2/ Miguel Antiononi appartient pleinement à l'art contemporain parce que certains des artistes phares de la french touch en art s'inspirent indirectement de lui en venant interroger la présence réelle des êtres et des objets en modifiant l'appréhension que nous en avons avec des dispositifs jouant avec des durées formelles : Pierre Huygues, Philipe Parreno, etc....

 
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