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vendredi, 10 août 2007

Technologie numérique et accidents.

Quels impacts ont sur nos consciences l’apogée actuelle des nouvelles technologies numériques qu’on devrait peut-être annoncer comme classiques aujourd’hui, tant elles se sont traduites en habitudes culturelles fraîchement et patiemment intégrées ?

Il est certain que ces involutions technologiques modifient notre rapport au monde et aux objets, tant la dématérialisation des choses devient prégnante à quasiment tout ce qui fait notre environnement et notre quotidien. Bientôt, pour éviter des crashs si tragiques pour notre peur perpétuelle, nous voyagerons entièrement virtuellement grâce à ces modifications dûes à la technologie de l’immatériel… On pourrait avancer dès lors avec J. Baudrillard que la réalité ayant complètement disparue, de même le quotidien doit de toute manière entrer fatalement dans un processus de virtualisation, perdant avec ça sa valeur matérielle. Une dématérialisation se voit activée par l’augmentation accrue par exemple des offres de services qui se substituent aux objets que nous avions l’habitude de nous approprier pour soi. La mise en place du système écolo-urbain (ou réseau public ?) Vélib’ à Paris illustre bien cette modification structurelle de notre rapport aux objets que nous utilisons sans qu’ils nous appartiennent ni que nous les ayons achetés ou volés.

Mais si nous ne pouvons les voler, nous pouvons néanmoins les altérer. Ces objets sortis du capitalisme classique n’auront à terme que l’alternative d’ailleurs de l’altération prévisible, ce qui leur fera peut-être redevenir des objets dans le sens le plus classique du terme. Le bon vieil usage fera retour uniquement dans cette phase régressive de notre relation à l’objet réel, et ce dans la destruction ou l’altération factuelle simple et efficace. L’usure classique de l’objet que la société de service s’évertue si bien à faire disparaître, avant que l’objet ne soit usé, reviendra tout simplement sur la scène de l’accident (ce qui n’est pas le cas de la location de voiture par exemple : les véhicules sont retirés du service bien avant la fin de la période de rodage du produit). Et Antonioni avait bien mis en avant ces phénomènes de dysfonctionnement d’une usure avancée sur la psyché provoquée par l’arrivée massive et quotidienne d’une modernité industrielle et urbaine. D’une modernité imaginée devenue fatalement à l’avant poste réel de la mise en place de la société numérique sous la forme de réseaux et services bien implantés comme il se doit.

Cette re-matérialisation de l’objet s’avère aujourd’hui rejoindre peut-être -- tout comme le terrorisme qui n’est qu’un aventuresque succédané de cette résistance de l’objet intégral -- l’option classique de son usure naturelle et initiale, de son usure propre… A toute forme de re-matérialisation possible, le terrorisme constitue la réponse radicale contre le principe bien rodé de ré-enchantement stratégique psycho-industriel de l’ère numérique. Le fait du retour à une chose qui puisse se détruire ou se détériorer fait partie contre toute attente de l’utopie actuelle, c’est-à-dire à un excès de liberté forcement refoulé. Désir de mourir sans numérique, désir de corps et d’inscription dans la chair, etc…

Les chiens.

J'ai vu bébé chien hier faire la fête à maman chienne. Pourquoi lorsque petit chien regarde insensiblement devant lui quand il marche et qu’il fait sa promenade il part d'un coup en furie parce qu'il voit l'autre exemplaire de son espèce égal ou supérieur en hauteur? A part le prétexte d'une agressivité naturelle de l’animal, il peut sembler triste que quelque part dans Paris tout chien passablement énervé doit souffrir d’un manque de place là où il habite, et que cette charge agressive lui permet enfin de décharger l'énergie liée au ressentiment réprimée à l’intérieur d'un environnement trop étroit, hors de tout instinct de domination…

C'est un peu comme lorsque nous faisons du tourisme… on est petit français aux Etats-unis, un peu perdu, et quand nous rencontrons des touristes parlant le français, nous sommes submergés par une irrépressible familiarité due au plaisir éprouvé de l’appartenance mutuelle, à quelque lieu géographique commun. Nous sommes pris d’un coup comme petit chien d’un attrait violent pour ceux de son « espèce ». Alors que si nous rencontrions les mêmes personnes dans la capitale par exemple, nous serions complètement indifférents à leurs paroles. Aujourd'hui dans Paris j'ai croisé un tas de français mais personne ne m'a paru enthousiaste lorsqu'on s'est aperçu que je l'étais. Pourtant je parlais à voix haute… Trop fort et on m’aurait pris pour un psychopathe. Sauf si le témoin lumineux de ma batterie trahissait la garantie connection, et rassurait.

Si entre touristes à l’étranger nous nous reconnaissons plus que lorsque nous vivons dans notre environnement pourtant familier, ce doit être parce que nous apprécions le rare moment que procure la reconnaissance d’un être de sa fratrie. L’inverse de l’instinct nationaliste latent. Il ressort que les animaux se comportent dans leur quotidien comme des touristes lorsque ils sont immergés dans des conditions de vie extraordinaires. Le point commun entre homme et animal est cette curiosité touristique, comme un bavardage. Ainsi, de ces animaux homminisés, peut-on pour autant les considérés comme des touristes?

L’étrangement est cette notion que l’art contemporain utilise beaucoup pour réenchanter le quotidien terne de la vie urbaine et hyper individuelle. Cette notion part d'une vision singulière de l’existence à partir d'un l'infra-ordinaire pour poser la question du point de vue, ou de la taille pour l’exemple chien. Ce n’est pas tant pour leur ressemblance que les animaux s'attirent mais parce qu’ils se différencient, parce qu’ils diffèrent pour une même espèce, race ou olfaction. Voir un individu ou entendre et reconnaître une langue familière à notre oreille ne semble pas ressortir d’un même élan de ressemblance…

Si les animaux sont familiers entre eux, c’est parce qu'ils ont la joie de voir autre chose que des parties d’hommes alternés de pneus et de jantes chromées, de bruit divers, de pieds qui les frôle sans arrêt. Le chien aime retrouver en fait un autre personnage de son espèce qui soit individué à la même taille que lui et qui ne soit pas partiel. Une roue, une jante, un bruit d’ambiance, une chaussure sont des objets que nous pourrions dire « partiels » pour un regard situé à 20 centimètres de hauteur. Même si cette zone partielle permet toutefois de respirer au mieux en cas d’incendie, en dehors de ça, quel est l’intérêt à vouloir profiter par le bas de la vie quotidienne ? C'est une satisfaction que N. Sarkozy pourrait aussi ressentir du fait de sa petite taille, car il a justement saisit par le bas le culot de sa réussite. Et nous n'avons jamais eu aucun plaisir à éprouver la même chose que lorsque nous sommes sensiblement tous de taille presque identique. Sauf quand nous rencontrons une personne de même taille et quelle est une femme, alors là nous sommes comme petit chien tout excité. Nous la regardons émerveillé, et pour certaines femmes, nous en rêvons la nuit...

 
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